‹ La révolution du 24 février (volume 2)Chapitre 3 sur 111 · LIVRE PREMIER. K · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. K

l’ombre d’un appui, a tout à coup disparu du pays sans y laisser de son autorité la moindre trace ; et telles ont été la surprise, l’émotion, l’épouvante de l’Europe, que la révolution accomplie à Paris, et par cela même dans toute la France, s’est propagée , comme la flamme d’une traînée de poudre, de Paris à Berlin, à Vienne, à Munich, à Milan, et, sans que nous eussions rien à faire pour cela , de française, ou même de simplement parisienne qu’elle était, est devenue presque subitement européenne. *

Comment ce prodige s’est-il accompli ? Quelle irrésistible force a produit tout à coup des effets si foudroyants et si vastes? Et, pour nous restreindre, dans cette recherche, au fait principal, à la catastrophe qui a déterminé toutes les autres, pour réduire ici la question au fait qui ne regarde que nous, comment est-il arrivé que notre gouvernement ait disparu, ainsi qu’il l’a fait, devant une émeute qui n’avait pas même été tentée avec l’espoir, que dis-je? avec la pensée de le détruire? qui ne croyait pas cette penséë susceptible encore d’être réalisée? Le fait a été si extraordinaire qu’il ne paraissait pas intelligible, même à ceux qui en avaient été les témoins ou les acteurs, et que, sans chercher à en pénétrer les causes, en se bornant à le considérer en luimême et seulement par son côté matériel, on ne parvenait point à s’en rendre compte. Chacun interrogeait ses souvenirs ; on se demandait ce qui s’était passé , quelle défaite avait subie le gouvernement, quelle victoire avaient remportée scs adversaires. On cherchait, avec une curiosité impatiente et irritée, dans les récits les plus favorables aux émeutiers vainqueurs, quelque chose qui pût expliquer tant soit peu raisonnablement leur prodigieux triomphe. On

clierchait, hélas! bien en vain, Ni alors, ni depuis n’ont été découverts dans ces tristes journées de février, qu’aucun historien , à coup sûr, ne sera tenté de qualifier de glorieuses, ni bataille, ni combat qui en puissent expliquer le dénoûment plus qu’étrange, et, avec quelque faste qu’cn aient longtemps parlé les triomphateurs, on peut hardiment les défier de le rattacher à un fait d’armes quelconque dont le monde sache le nom. Voici, en effet, tout ce qu’on découvre en se livrant à l’examen attentif et circonstancié des événements de ces trois jours , dont le résultat a été à la fois si subit, si inattendu, et parait encore si inexplicable.

Le premier jour, le 22 février, des rassemblements sur des points nombreux, des promenades ou, si l’on veut, des mouvements, sans dessein apparent bien déterminé, vers la chambre des députés, la place de la Concorde, les Champs- Élysées, la Madeleine. Quelques tentatives de barricades dans divers quartiers. Des postes isolés, de quelques hommes, désarmés par des bandes nombreuses. L’un de ces postes pris et brûlé , aux Champs-Elysées. Quelques boutiques d’armuriers pillées. Quelques coups de fusil échangés entre des gardes municipaux et des émeutiers au centre de la ville, et, dans la rue Beaubourg notamment, une tentative pour enlever à la garde municipale quelques prisonniers , qu’elle conserve après un échange de plusieurs coups de fusil avec les assaillants. C’est le seul engagement de la journée qui ait un caractère meurtrier. La troupe a eu à faire diverses charges pour dissiper les rassemblements, mais sans être obligée de se servir de ses armes , et surtout de scs armes à feu. A l’arrivée de la nuit, tout rentre dans l’ordre sur les points qui avaient été le plus agités durant le

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