‹ La révolution du 24 février (volume 2)Chapitre 4 sur 111 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

jour. Seulement, vers les huit heures, des rassemblements nombreux dans le quartier Poissonnière et à la porte Saint- Denis paraissent assez dignes d'attention pour qu'une batterie d'artillerie, placée au centre d’un carré de troupes, doive s’installer sur le boulevard Poissonnière et y bivaquer toute la nuit. En somme, la journée s’est passée sans luttes violentes. La nuit, une vive agitation se manifeste dans le quartier des Halles et au Marais.

On s’attendait pour le lendemain à des collisions plus sérieuses. Des dispositions furent prises qui paraissaient avoir pour objet de tenir libres les quais jusqu’à l'hôtel de ville, la rue de Rivoli, la rue Saint-Honoré jusqu’aux halles, le boulevard jusqu’à la porte Saint-Denis, et, par la rue Saint-Denis, la communication du boulevard avec les quais et les balles. Le Carrousel et le jardin du Palais-Royal furent interceptés. On occupa fortement la place Vendôme et 1a place des Victoires. De nombreux détachements de troupes furent distribués sur divers points, notamment sur le boulevard au bas de la rue Poissonnière , aux approches de la porte Saint-Denis, et dans le quartier des Halles. Les abords de la chambre des députés furent gardés. Aux Champs- Elysées étaient réunies des réserves importantes d’infanterie et de cavalerie. De fortes patrouilles enfin sillonnaient les quartiers du centre. Ces précautions paraissaient plus que suffisantes pour parer aux éventualités de la journée; et, dans le cours de la journée, en effet, il ne fut rien tenté qui exigeât des répressions bien vigoureuses. Il y eut cependant, dans les quartiers du centre, des barricades formées sur un assez grand nombre de points, à l’entrée de la rue des Prouvaires, dans les rues de Cléry, Poissonnière, du

Petit-Carreau, Bourbon-Villeneuve, et notamment dans les rues qui traversent la rue Saint-Denis, aux points où elles déboucbcnt dans cette voie de circulation importante. Mais beaucoup de ces barricades n’ëlaient pas même gardées, et, sur aucun point, elles ne furent sérieusement défendues. La fusillade s'engagea, sans se soutenir, en divers endroits, rue de Cléry, rue du Petit-Carreau , vers la rue Meslay, dans le quartier du Temple, dans la rue de Rambuteau, et elle n’eut que des suites peu graves. Il y eut des blessés sur divers points, mais presque point de tués. Les relations que j’ai lues ne font mention que de trois ou de quatre. L’excellente garde municipale de Paris, qui, en sa qualité même de garde municipale, se trouvait naturellement chargée du maintien de l’ordre et de la sûreté dans la ville, et à qui la portion active de la lutte avait été spécialement dévolue, ne perdit pas, dans les deux journées, un seul homme ^ Ce qu'offrirent de plus triste et de plus inquiétant les manifestations de la matinée, ce furent les sympathies de la garde nationale pour l’émeute. Elle souffrit, sur un certain nombre de points, que les séditieux prissent position derrière elle ; elle couvrit leurs cris de sa protection ; elle s’y associa du mieux qu’elle put ; elle fut les faire entendre rue de Rivoli, sous les fenêtres du château, précédée et suivie d’une foule ameutée; bien plus, elle se montra deux fois (place des Petits-Pères) disposée à résister à ce que la troupe tenterait de faire pour les réprimer. Et néanmoins il ne semblait pas qu’il y eût d’exaspération dans les âmes. Ni la garde natio-

’ J'ai sous les yeux un relevé fait au ministère de la guerre des perles que la garde municipale a essuyées dans les journées de février. Tontes ses pertes sont du dernier jour, du

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