‹ La révolution du 24 février (volume 2)Chapitre 30 sur 111 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

l’éligibilité les classes de la société les moins instruites : y avait-il dans l’avénement de ces classes de quoi les rassurer beaucoup? Et, s’ils n’avaient pu conquérir encore la majorité dans l’esprit des classes moyennes, leur serait-il plus aisé de l’obtenir dans celui de ces masses populaires, que les oppositions les plus extravagantes et les plus haineuses travaillaient, depuis dix-sept ans, à infester de leurs idées? La révolution, quand elle eût été dans ses vues aussi favorable à la liberté qu’elle lui était profondément hostile, ne leur eût donc encore servi à rien ; et, par cela seul qu’elle les mettait en présence des classes les moins préparées à la recevoir, en présence des classes de la société les plus nombreuses et les moins instruites, il tombe sous le sens qu’elle leur rendait tout progrès plus mal aisé. Je ne sais comment ils ne l’ont pas compris à l’instant même.

Cette révolution, qui a porté le désordre dans tant de choses, l’a mis surtout dans le peu d’idées raisonnables que nous semblions avoir acquises sur la manière de procéder & des corrections d’abus et à des améliorations. Non-seulement elle a imprimé une direction détestable à l’esprit de réforme, mais on dirait encore qu’elle a fait oublier à tout le monde comment et à quelles conditions une bonne réforme se peut accomplir. On a semblé croire qu'il n’etait pas de changements, pour si considérables qu’ils fussent, qu’on ne pût tenter d’opérer immédiatement ; et il y a eu dans ce genre, en effet, des entreprises incroyables, ne fûtce que le fait d’avoir voulu changer subitement la monarchie constitutionnelle en une république à laquelle personne ne songeait, pas même ceux qui l’ont faite, et si on en veut la preuve, la voici : Je déclare hautement , est

venu dire en pleine tribune un de ses auteurs, le If septembre dernier déclare hautement que le 24 février, â midi, je ne pensais pas à la république. » Ce grand réformateur ne pensait pas encore, à midi, à une république qui lui a paru réalisable à une heure ! et dont il n’a pas hésité à favoriser l’établissement de tout son pouvoir !... Un autre, celui-là même qui avait eu le premier l’idée de cette soudaine transformation, ne pouvait dissimuler, dix mois après l’avoir accomplie, que la question de savoir si la république était dans les vœux de notre pays ne fût dans son esprit l’objet d’un grand peut-être. Qu’on juge par ces échantillons, et, s’il y en a eu peu d’aussi étranges, j’en pourrais exhiber une multitude de fort singuliers, qu’on juge, dis-je, par ces échantillons de la capacité, comme réformateurs, de nos révolutionnaires, de leur sagesse et de leur habileté.

Je ne sais vraiment si nous sommes destinés à jamais savoir comment s’accomplissent les réformes, et s’il peut y avoir quelque utilité de dire comment doivent être faites celles au moins qu’on voudrait voir durer un peu. A tout hasard, et pour l’édification de ceux qui ont eu la bonhomie de croire que la révolution était destinée à accélérer parmi nous les progrès de la liberté, je demande la permission de répéter une chose que j’ai cent fois écrite, à savoir que les révolutions n’accélèrent rien ; qu’il n’y a pas moyen de faire à une réforme la courte échelle; qu’elle ne devient possible et ne peut être solidement accomplie que lorsque les idées sur lesquelles elle repose ont acquis

1 Voyez dans le Moniltur le compte rendu de la séance de ce jour.

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