LIVRE QUATRIÈME
exécution à l’ouverture des chambres, était préparé contre lui. On n’avait garde d’assigner à ccs luttes aucun objet véritablement utile et sérieux, aucune question générale et importante. On s’attachait au premier fait venu, politique, administratif, diplomatique, sur lequel, en abusant plus ou moins le public, il parût possible de le passionner : au recensement des portes et fenêtres, au droit de visite, à l’indemnité Pritchard, à la question des mariages espagnols, que sais-je? Ces sujets venaient prendre, pendant plusieurs mois dans la presse, et, à l’ouverture des sessions, dans les premiers débats des chambres, une place hors de proportion avec ce qu’ils offraient d’intérêt réel. On s’en occupait avec une persistance et une ardeur que pouvait seul expliquer l’usage qu’on en comptait faire, et la passion allait croissant jusqu’au moment où un vote favorable au ministère, enlevant à scs ennemis l’espoir de trouver dans la question engagée le moyen de le mettre à terre , les en dégoûtait tout à coup, la leur rendait immédiatement indifférente, et venait apprendre à tout le monde l’espèce et le degré d’intérêt que réellement ils y avaient pris. C’était une affaire manquée, voilà tout, et qu’on se hâtait d’oublier, en attendant qu’une nouvelle occasion s’offrit de courir, sur un autre sujet, les mêmes chances.
L’année dernière, celui qui avait été choisi pour défrayer cette misérable lutte périodique était, on s’en souvient, la corruption politique, et la nécessité, comme moyen d’y remédier, d’une réforme électorale et parlementaire. Je n’examine pas jusqu’à quel point cette réforme pouvait être un moyen efiicace de combattre le mal qu’il s’agissait de guérir. L’événement a prouvé, comme on devait s’y attendre,
que l’usnge de ce moyen, même en le poussant aux dernières limites, ne pouvait, en déplaçant le mal, faire autre chose que l’étendre et le rendre plus profond et plus invétéré. Mais qu’importe? Laissons lt\ pour le moment cette question. Il ne s’agissait guère, à dire vrai, ni du mal ni du remède. Il s’agissait de continuer la guerre inexorable qu’on poursuivait contre le cabinet. Or, on ne peut nier que, pour le détruire, le moyen cette fois n’eût été plus heureusement choisi, et qu’en accusant le pouvoir de corruption, on ne l’attaquât par le point où il était le plus vulnérable. Le grief, en effet, n’était que trop sérieux et trop réel. Diverses circonstances d’ailleurs avaient contribué à lui donner un caractère fort grave. Des hommes publics, placés dans les conditions les plus élevées, avaient encouru, pour des faits de corruption de nature à appeler la répression des tribunaux, des condamnations infamantes. Tel autre encore s’était dérobé par la fuite au danger de subir un châtiment judiciaire non moins mérité. Les partis hostiles s’étaient rués avec une joie immodérée sur ces faits coupables, dont ils sentaient tout le parti qu’on pouvait tirer contre le gouvernement. Ils l’accusaient d’avoir, par son relâchement, par son indifférence sur des articles essentiels de moralité politique, par sa disposition à favoriser les passions cupides et certains moyens médiocrement honnêtes de s’enrichir, contribué à faire naître les mœurs dont ces faits odieux étaient le triste symptôme. Ils les avaient colportés partout, en en signalant dans le gouvernement la cause immédiate, et en excitant violemment les populations à avoir raison de la corrtiption politique, qu’ils accusaient de les avoir engendrés.