LIVRE QUATRIÈME
au pouvoir la responsabilité des provocations et des violences, etc. Seulement, ils espéraient que l’opposition de la chambre, touchée de tant de modération et de longanimité, voudrait bien demander sur-le-champ la mise en accusation d’un ministère qui venait de conduire la population de Paris au seuil de la guerre civile... qui excitait depuis longtemps le mépris et l’indignation du pays... Et le lendemain, en effet, au moment même où l’émeute venait d’éclater, et où le ministère avait à défendre la société contre l’entreprise révolutionnaire la plus redoutable, cinquantedeux membres de l’opposition avaient l'incroyable courage de demander à la chambre sa mise en jugement ^
On sent l’effet qu’était de nature à produire cet apparent accord de l’opposition constitutionnelle avec l’émeute. Voyant des hommes honorables, appartenant à toutes les nuances de l’opposition, et quelques-uns même d’opinions relativement modérées, prendre ainsi tous ensemble, avec une sorte de concert, fait et cause contre le gouvernement, une partie considérable de lu population de Paris, même dans les classes aisées, cédant à la contagion de l’exemple, avait cru pouvoir, sans s’égarer, manifester pour l’émeute une sorte de sympathie. Cette déplorable disposition s’était surtout trahie dans la garde nationale; et le roi, voyant des fractions importantes de cette force, préposée par la loi
' Les phrases soulignées dans cet alinéa sont extraites des documents publiés par le parti révolutionnaire, à l’approehe des événements. I "un de ces documents, celui par lequel le parti fait savoir qu'il renonce au banquet au moment où va commencer l'émeute, est remarquable, entre tous, par la violence et l'hypocrisie. On peut les voir dans les journaux des 22 et 23 février.
8i RÉVOLUTION DU 24 FÉVRIER.
même à la garde de l’ordre public, s’interposer entre son gouvernement et l’émeute, servir à l’émeute de plastron, crier : FtVe la réforme 1 avec elle, s’était trouvé réduit à une quasi-impossibilité de se défendre, et forcé, en quelque sorte, de disloquer son gouvernement en pleine sédition.
Cette dissolution, obtenue par la violence et au milieu de l’émeute, d’un ministère régulièrement en possession de la majorité, était déjà un fait d'une nature bien grave, et l'opposition constitutionnelle aurait fort approuvé, je suppose, que le désordre sc modérât un peu. Mais ce n’était là qu’une perturbation sans importance pour les chefs révolutionnaires de la sédition, à l’ambition desquels un renversement si limité n’ouvrait aucune perspective, et il s’agit aussitôt pour ceux-ci de pousser plus loin le mouvement. Ils n’avaient travaillé jusque-là que pour les diverses nuances de l’opposition dynastique ; il s’agissait maintenant de travailler aussi pour eux; et, pour cela, ils comptaient bien recourir à l’opposition encore, et se servir d’elle avec le môme succès. Ils devaient déjà à sa coopération si précieuse d’avoir réussi à écarter du roi, au milieu d’une violente sédition, l’assistance de tout conseil responsable. Il s’agissait, après l’avoir fait servir à éloigner du roi le ministère, de l’entraîner, sans qu’elle pût s’en défendre, à enlever au roi le secours de l’armée. Or, deux choses pour cela étaient nécessaires : faire que l’emploi de l’armée devînt très-difficile, et inspirer aux chefs de l’opposition, qui allaient être chargés de la formation d’un nouveau ministère, l’idée qu’ils pouvaient s’en passer; faire que l’emploi en devînt très-difficile, c’est-à-dire la provoquer habilement à quelque acte meurtrier de répression, qui