‹ La révolution du 24 février (volume 2)Chapitre 36 sur 111 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

On ne peut nier qu’elle n’ait été pour beaucoup dans le développement qu’ont pris ces passions et dans le rôle qu’elles ont joué. Sa seule présence dans l’entreprise a puissamment contribué à déterminer la conduite si regrettable qu’y a tenue la population de Paris ; et l’attitude de celte population, celle notamment de la garde nationale, ont eu, on le sait assez, une influence décisive sur le résultat du mouvement.

Au moment où a commencé la discussion qui devait amener ce terrible résultat, elle se serait peut-être bien passée de toute manifestation extérieure à la chambre qui pût passionner le débat au delà de ce qui était necessaire pour amener la dissolution du cabinet; mais ce n’était pas le compte des partis extrêmes, qui voulaient, eux, au contraire, que les choses fussent poussées aussi loin qu’il serait possible de les conduire. Aussi le premier soin de ces partis, sitôt que la discussion sur la réforme eut commencé, fut-il d’annoncer un banquet réformiste ; et, le gouvernement, qui sentait le danger qu’aurait à Paris, en un tel moment et au point où les choses eu étaient venues, une semblable manifestation, ayant annoncé qu’il serait obligé de l’interdire , l’opposition constitutionnelle , qui avait assisté à de nombreuses réunions de ce genre et qui se sentait liée par ces précédents, ne crut pas pouvoir se dispenser de protester contre la résolution que le gouvernement avait prise, et de prendre contre lui, au profit des passions anarchiques, fait et cause pour le banquet annoncé.

C’était là une situation fort grave. Les chefs de l’opposition constitutionnelle le sentaient, et, pour éviter qu’elle

ne se dénouât par un conflit violent, dont il n’était pas possible de calculer les suites, ils avaient paru consentir à ce que la manifestation annoncée se passât assez simplement pour ne donner lieu qua un débat devant l’autorité judiciaire. Mais ceci était encore moins le compte des partis exaltés, qui ne voulaient pas que la grande émeute qu'ils avaient mis six mois à préparer n’aboutit qu’à un misérable procès devant la police municipale ; et, tandis que maints députés de l'opposition auraient voulu qu’on se renditindividuellement à la réunion projetée, les partis anarchistes, observant qu’une telle manière d’agir ne serait qu’une indigne comédie jouée au profit du ministère, annoncèrent avec fracas que les députés de l’opposition, des pairs de France, des magistrats, un grand nombre de gardes nationaux en uniforme et précédés de leurs officiers, les jeunes gens des écoles, etc., formant un immense cortège, se rendraient solennellement au banquet; et, poussant ainsi le ministère dans ses derniers retranebements, ils le mirent en demeure de faire ce qu’il avait annoncé qu’il ferait, et le forcèrent à interdire formellement la manifestation. Il ne leur en fallait pas davantage. L’émeute était prête à faire explosion; il ne lui manquait qu’un prétexte, et le prétexte venait d’étre fourni. Dès lors la manifestation annoncée devenait inutile, et les meneurs y renoncèrent immédiatement. Ils ne voulaient pas (dirent-ils, au moment même où ils allaient ensanglanter Paris, et avec une bonne foi et une innocence de cœur bien dignes de l’esprit révolutionnaire), ils ne voulaient pas exposer les citoyens à des collisions certaines el sanglantes; le patriotisme et V humanité leur prescrivaient d’éviter de telles extrémités... Ils laissaient

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