LIVRE QUATRIÈME
soins ils avaient mis à soutenir sa confiance dans la durée de la monarchie, et à la préserver à cet égard de toute inquiétude ; avec quel scrupule notamment ils avaient observé la principale règle de la théorie révolutionnaire professée à Bourges, et ils s’étaient abstenus de dire k mot de la révolution avant qu’elle ne fût achevée ; par quel heureux mélange, enfin, de ruse et d’audace, de violence et de fourberie, ils avaient réussi jusque-là dans leur entreprise, et ils ont tâché depuis d’en compléter le succès. Quelque explicites qu’ils nient été, il n’est pas douteux qu’ils n’eussent pu s’épancher davantage encore et dire d’une manière plus complète le secret du prodigieux triomphe qu’ils avaient obtenu.
Dans la séance de la chambre des députes dont je parlais tout à l’heure, la révolution avait été accomplie; mais on n’avait pas dit le mot pour lequel elle était faite, et si l’on venait d’ajiprendre que #fé/br»»e voulait dire révolution, on ne savait pas si révolution allait signifier république; ceci , en apparence, était rigoureusement subordonné à la décision du pays ; et, en effet, tous les orateurs révolutionnaires qui avaient pris part au débat s’étaient accordés sur ce point qu’il fallait consulter le pays sur le gouvernement qu’il entendait se donner, et c'était essentiellement pour cet objet qu’ils avaient demandé et que venait d’ètre établi le gouvernement de fait qu’on a appelé gouvernement provisoire. 11 faut être bien fixé sur ce point pour apprécier comme elle doit l’étre la suite des procédés des meneurs de la révolution.
Voici de quels arguments ils avaient fait précéder l’énergique et décisive démonstration qui avait mis fin au débat
de la chambre. Je les emprunte à la relation officielle du J/omVeMr, en ne prenant de cette relation quele plus essentiel.
« On vient, avait dit le premier orateur, de proclamer la régence de madame la duchesse d'Orléans ! Vous avez une loi qui nomme régent le duc de IVemours; vous ne pouvez aujourd'hui faire une loi de régence; c’est certain ; il faut que vous obéissiez à la loi. .Je demande qu'il soit constitué un gouvernement provisoire. » Sur quoi un second orateur aurait ajouté : « :Vows nous sommes fort hâtés en 1850, et nous voici obligés de recommencer en 1848. Agissons avec moins de promptitude. Procédons régulièrement , légalement, fortement. Croyez-nous un peu, nous vous en supplions. Il 7ie s'agit pas seulement de changer quelques hommes. Sachons profiter des événements et ne laissons pas à nos fils le soin de renouveler celte révolution. Je demande qu'il soit constitué tin gou vernement provisoire. » Puis un troisième, insistant sur ces idées •avec la fougue un peu bouffie qui lui est propre, avait protesté au nom du droit contre le projet de régence, déclaré que rien n’était possible, sans usurpation, que par un appel au pays, et il avait flni, comme les précédents, par la demande d’«n gouvernement provisoire. Enfin, un quatrième, le dernier et le plus solennel de tous, examinant iiuelle force pouvait résulter, pour la régence proposée, des acelamations dont elle avait été l’objet, soit dans la chambre, soit au dehors, n’avait pas admis qu’une acclamation spontanée pût const ituer un droit solide. Il avait ajouté que ce que proclamait une acclamation, une autre acclamation pouvait l'emporter; (juc, pour trouver une base inébranlable, il fallait descendre datis le fond même du pays; et, comme ses eollègues, dont il aurait,