LIVRE QUATRIÈME
disait-il, devancé la proposition si on l’avait laissé parler, il articulait la proposition convenue, et demandait quil fût comlitué un gouvernement provisoire dont la principale mission serait de prendre les mesures nécessaires pour consulter le pays, le pays tout entier, la garde nationale tout entière, et qui ne préjugeât rien du gouvernement quil plairait an pays de se donner, quand il aurait été consulté
Ainsi l’argumentation des orateurs révolutionnaires et le point de départ de la révolution, touchant le gouvernement que le pays devait avoir, était qu’il fallait ne rien précipiter, ne rien décider par acclamation, ne rien préjuger sur les vœux du pays, mais connaître ces vœux, connaître les vœux du pays tout entier, et, pour les connaître, se borner d’abord à créer un gouvernement provisoire dont la mission essentielle serait de le consulter.
Ces affectations de régularité étaient excellentes tant qu’il ne s’était agi que de battre en brèche la régence de madame la duchesse d'Orléans, qui, ne s’appuyant sur aucune loi, ni sur la manifestation régulière d’aucun vœu public, général, universel, ne pouvait, en effet, être immédiatement établie que par une sorte d'acclamation. Mais ces protestations de respect pour le vœu public allaient être inCniment moins commodes pour procéder à la subite improvisation d’une république à laquelle presque personne n’avait songé, même parmi ceux qui allaient la fonder , puisque l’un de ces illustres fondateurs a déclaré hautement que le 24 fé-
' Voir, dans le Moniteur du 25 février 1848, le compte rendu de lu séance révolulionnaire de la veille. Ce compte rendu contient quelques erreurs assez graves touehant les faits qui se sont passés A la séance, mais il est, je suppose, fort exoet quant aux paroles qu'on y a prononcées.
9i RÉVOLUTION DU U FÉVRIER.
trier, à midi, il n’y pensait pas encore, et qu’il allait s’agir de la proclamer sur-le-champ
11 semble qu’une telle démarche aurait dû paraître d’autant plus difficile au gouvernement provisoire qu’elle jurait ouvertement avec la mission même qu’il venait de se donner, avec toutes les déclarations qu’il avait faites; qu’il n’y aurait plus moyen de demander au pays quel gouvernement il entendait se donner, si l’on commençait par lui donner la république sans avoir pris la peine de lui adresser aucune demande, et qu’en un mot on ne pouvait passer outre à l’exécution de ce hardi dessein , sans faire , dès le premier pas, l’accroc le plus violent aux grands principes qu’on venait de proclamer en phrases si sonores et si solennelles.
Il faut rendre aux auteurs de la révolution la justice de reconnaître que leur conscience politique n’a pas vu à cela l’apparence d'une difficulté. Les grands principes furent oubliés tout net dans le court trajet de la chambre des députés à l’hôtel de ville ; et les mêmes hommes qui venaient de dire, à propos de la proposition de la régence : •< Un peu de patience, un moment, nous vous en supplions, procédons d’une manière régulière; on ne pourrait sans usurpation rien précipiter, rien préjuger, rien décider par acclamation touchant le gouvernement que voudra se
’ Il n'est pas inutile de remarquer que celui des Tundaleurs de la république qui a fait cette célèbre déclaration qu'il ny pensait pas encore te 24 février à midi, et qui n’en était pas moins devenu un de ses plus fermes soutiens à une heure, était précisément celui qui, dans la discussion de la chambre, avait le plus dit qu'il ne fallait rien précipiter, qu’on s'était beaucoup trop hâté en 1830, qu'il fallait agir régulièrement, fortement, etc.