LIVRE CINQUIÈME. iiS
la société de manière à assurer au peuple une plus large part dans les biens de ce inonde, de l’intéresser directement à tous les travaux et de substituer l’association à la concurrence ; qu’un bon arrangement de la société devait lui assurer à la fois le travail, les instruments de travail, une part dans le capital, une accession facile à la propriété, l’instruction professionnelle, l’éducation, les droits politiques, etc. On estimait enfin que la destruction de la monarchie et l’avénement de la république devaient lui procurer tous ces biens, et c’était avec la confiance de les voir se réaliser qu’on se lançait dans cette suite d’agressions et d’entreprises factieuses qui toutes avaient pour but la ruine de l’ordre politique établi.
Lors donc que la révolution, après dix-sept ans de luttes, est venue à bout de réaliser ses projets de subversion, il était à peu près inévitable, on le sent assez, que l’esprit socialiste et communiste, dont elle s’était fait depuis longtemps une arme contre la royauté, qui avait profondément pénétré dans les sociétés secrètes, qui avait inspiré la plupart des toasts portes dans les banquets politiques qui l’avaient immédiatement précédée et préparée, qui animait enfin une bonne partie des hommes qui venaient de la faire, entrât avec elle dans le gouvernement, pénétrât aussitôt dans ses actes, et essayât de réaliser les projets de rénovation sociale dont j’ai parlé.
Aussi, à peine était-elle accomplie qu’il fut pris sur-lechamp un petit nombre de mesures qui, à clics seules, auraient amplement suffi pour bouleverser de fond en comble l’ordre économique établi, et pour amener, si elle n’avait pas été naturellement impraticable, la rénovation sociale
extravagante dont on avait l’audace de risquer l’essai.
La monarchie venait d’étre renversée le 124 février. Le lendemain 25, le gouvernement qui l’avait supplantée, s’adressant aux populations ouvrières, avait pris par écrit cet engagement : « J’assure du travail à tout le monde. Je garantis l’existence de tout homme travaillant. Je reconnais que les ouvriers, au lieu de se faire concurrence, doivent s’associer pour jouir du bénéfice de leur travail » Le lendemain 26, le gouvernement fit un second acte : il décréta, pour quiconque voudrait lui demander du travail, l’ouverture immédiate des ateliers nationaux *. Cet acte, quelque grave qu’il fût, n’était qu’une réponse bien misérable aux promesses du premier ; mais il en était la consécration et la conséquence. Enfin, quatre jours après, le 2 mars, le gouvernement prit une mesure destinée à compléter les premières, et qui était bien propre à faire déserter les ateliers particuliers et à achalander les ateliers publics : il décréta, d’autorité, et sans admettre une réduction pro-
* Bulletin det lois de la Bêjmblique, n« 1 , p. 10. Voici les termes mêmes du décret ;
« Le gouvernement provisoire de la république française s'engage 4 n garantir l'existence de l'ouvrier par le travail ; il s'engage à garantir du « travail à tous les citoyens; il reconnaît que les ouvriers doivent s'associer « entre eux pour jouir du bénéfice de leur travail.
K Paris, 25 février 1848.
a Les membres du gouvernement provisoire,
« DdPONT (de l'Eure), LiHARTIRB,CR£MI£UX, Arago , Ledru-Rollin , Garmer-Pacès, Marie, Marrast, Louis Blanc, Flocon, Albert, ouvrier. »
* Jbid., p. 13.