‹ La révolution du 24 février (volume 2)Chapitre 52 sur 111 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

vraie charité. On leur faisait de leurs maux des peintures hideuses; et, non content d’en outrer et d’en envenimer la description, on les rapportait, dans ce qu’ils avaient de vrai, à des causes qui n’étaient pas les véritables. On n’avait garde de leur dire à quel point elles seraient fondées k sc les reprocher, et quelle part en pourrait être justement imputée à leur propre conduite. On prenait à tâche, loin de là, de les détourner de la considération de leurs torts personnels, de les rendre indulgentes pour elles-mêmes et pleines de complaisance pour leurs passions. On s'appliquait à leur inspirer des désirs immodérés et des besoins hors de proportion avec leurs ressources. On leur insinuait que si elles ne pouvaient satisfaire ces besoins, c’était, non pas leur faute, mais la faute des classes aisées, c’est-à-dire de celles-là même qui les faisaient vivre, et dont les entreprises intelligentes et fructueuses ouvraient sans cesse de nouveaux débouchés à leur activité. On les représentait comme foulées, comme spoliées par ces dernières classes, à qui souvent elles devaient tout; et, chose étrange! si celles-ci avaient le pouvoir de les opprimer ainsi, c’était à la faveur de la liberté même que chacun avait de disposer comme il l’entendait de ses facultés et de ses ressources. Tout le mal , suivant les utopistes, venait de la liberté du travail , de celle des transactions et des échanges, de l’accumulation des capitaux, de la sécurité trop grande de ceux qui les possédaient, de la trop grande extension donnée au droit de propriété et d’héritage, et enfin de l’organisation sociale qui couvrait tout cela de sa garantie. On demandait, à grands cris, le changement de cette organisation; on menaçait la société, si ce changement n’était concédé, de

lU RÉVOLUTION DU U FÉVRIER.

soulèvements plus dangereux et plus terribles que les anciennes guerres serviles, que les anciennes irruptions de barbares ; et, rappelant des paroles célèbres adressées autrefois, dans les plus mauvais temps de la domination romaine, aux barbares des bords du Danube, on criait aux populations laborieuses : Levez-vous, races opprimées!

J’ajoute que, de leur aveu ou contre leur gré, les prédicateurs de ces doctrines étaient devenus, vtn's le milieu du règne du roi Louis-Philippe, les théoriciens de l’émeute et de l’insurrection. Les conspirateurs de profession avaient enrichi le répertoire de leurs déclamations habituelles des formules du socialisme les plus usuelles et les plus accréditées. C’était sur les principes socialistes que s’appuyaient les sociétés secrètes pour exalter le fanatisme et affermir le dévouement de leurs affiliés ^ On enseignait dans ces associations ténébreuses que les ennemis du peuple aujourd’hui, c’était moins l’ancienne aristocratie, c'était moins le clergé, dont la première révolution, observait-on, avait plus ou moins ruiné le pouvoir, et avec qui d’ailleurs on faisait jusqu’à un certain point cause commune contre la royauté de juillet, que ce n’étaient les adhérents de cette royauté, les hommes de la bourgeoisie, les gens à argent, les banquiers, fournisseurs, propriétaires, agioteurs, et, en général, les riches. On ajoutait que le peuple devait être riche, à son tour, et (comme si les riches étaient, en général, redevables de leur fortune, non à leur travail, mais à des artifices d'organisation sociale) qu’il était temps d’organiser

* Voir les pièces à l'appui du rapporl fait 6 la chambre des pairs sur l'émeute du 1 j mai 1839 (afTaire Barbés et cousorU).

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