LIVRE SIXIÈME
de valeurs qui étaient de l’or la veille, et qui n’ont plus été le lendemain que du papier. Il a fallu que l’État subventionnât extraordinairement les théâtres et distribuât à une multitude de gens de lettres et d’artistes des secours en argent, qu’en des temps moins déplorables la dignité de leur profession ne leur eût pas permis de recevoir, et surtout de solliciter. Les propriétaires enfin ne pouvaient ni toucher leurs loyers ou fermages, ni vendre leurs propriétés, ni emprunter sur première hypothèque à un intérêt de 9 ou 10 p. cent. Souffrir était devenu l’occupation universelle. C’était là, surtout, le travail forcé, la dure tâche de la portion de la classe ouvrière dont l’égarement et les prétentions violentes avaient amené cette situation, qui n’avait gâté celle de ses chefs qu’en aggravant surtout la sienne, et qui était réduite à expier plus cruellement que personne, comme une inexorable justice le voulait, des maux qui étaient surtout son ouvrage, et dont elle ne pouvait accuser, après elle-même, que les fous dangereux et les pervers dont elle avait consenti à accepter les directions.
Complice de ces directions fatales, au moins tant que le gouvernement provisoire a duré, l’État ne pouvait manquer de ressentir, comme les particuliers, l’effet de la détresse qui a suivi l’essai de république démocratique et sociale, et si, faute de lumières ou de courage, il a pu souffrir que des insensés troublassent l’action naturelle du travail et des transactions, le châtiment ne s’est pas fait attendre. Les preuves de ce châtiment sont venues se dérouler, en chiffres éloquents et sévères, dans les livres de perception du fisc. Le travail et les transactions s’arrêtant, les perceptions indirectes auxquelles donne lieu leur activité ont dû immé-
diatement se ralentir. Dès le premier mois qui a suivi l’essai d’organisation socialiste, dès le mois de mars, les perceptions du timbre, de l’enregistrement, des droits réunis et de la douane, ont baissé de plus de quatorze millions. Le mois suivant, clics ont baissé de plus de dix-sept millions. En mai, la baisse a été plus forte encore, et telle a été, dans les neuf premiers mois de l’année, l’inactivité du travail, des transactions et des relations commerciales, que le Moniteur, rendant compte, à la date du H octobre, de l’état des revenus indirects, pendant les trois premiers trimestres et les comparant aux perceptions de 4847, durant la période corres- |K)ndaute, a dû avouer une perte de plus de 102 millions. La réduction sur le seul produit des droits d’enregistrement a été de près de 58 raillions. Elle a été de près de 8 raillions sur le timbre, de très-près de 20 millions sur les douanes. Le surplus de la perte est venu de réductions dans le produit des impôts de consommation, du sel, du sucre, des tabacs, des boissons. Obligé de prévoir que cette décroissance des revenus indirects continuerait encore, on a estimé que le déficit, à la fin de l’année, ne serait pas de moins de 140 à 145 millions, et, comme il y avait tous les ans une augmentation régulière de 25 à 50 raillions, qui ferait également défaut, il a fallu porter la perte entière à environ 175 millions, et elle n’a guère, en effet, été inférieure que de bien peu à cette forte somme ’. D’un autre côté, on a dû prévoir qu’il y aurait dans le produit des contributions directes, des patentes surtout, des surcroîts de non -valeurs , que le
’ Le rapport du comité des finances de l'assemblée consliluanle sur le projet du budget rectifié de 1848 fixe cctie perte à 173 millions 340 mille fr. Voir la page 74.