LIVRE SIXIÈME
comité des finances de l’assemblée nationale n’estimait pas à moins de 20 millions; plus dans le produit des forêts, une réduction supérieure à 12 millions De sorte que le résultat pour l’État de l’essai de république démocratique et sociale allait se trouver, h la fin de l'année, et au milieu de l’accroissement de toutes les dépenses, une réduction totale, dans les recettes ordinaires, de plus de 208 millions. C’était là la part de l’État dans les effets ressentis par tous de la morne inaction qu’il avait eu l'habileté de produire, et de la détresse universelle qui avait immédiatement suivi cette inaction.
■ Ajoutez que ces maux, déjà si grands, ont été fort aggravés par la nature des expédients dont on a usé pour y porter remède.
En présence des pertes énormes qu’éprouvait le trésor et de la rapide décroissance de scs perceptions indirectes , ce qu’il y avait, financièrement, de mieux à faire, c’était, sons contredit, d'agir sur les causes qui tarissaient ainsi les sources jusqu’alors si abondantes de ces perceptions, de renoncer au système qui venait d’arrêter si brusquement et avec un si déplorable succès la marche des affaires, et, en s’appliquant de toutes ses forces à restituer aux personnes , à la propriété , aux transactions , aux entreprises industrielles, la sécurité et la liberté qu’elles avaient perdues, de rendre au travail son activité et aux perceptions du fisc leur ancienne abondance. Mais qu’a-t-on fait, au lieu de suivre une marche si clairement indiquée? On n’a pas pris une mesure qui n’abondàt plus ou moins dans le sens
> Voir le rapport précité, pages 70 et 75.
des inventions socialistes qui étaient en train de tout perdre. On a demandé ii l’impôt direct ce que ne donnaient plus les contributions indirectes , et on a empiré par de nouvelles charges l’état d’une population dont, en arrêtant le travail, on venait de réduire tous les revenus. En haine de la propriété, on s’est attaqué surtout à la propriété foncière, la moins féconde et la plus maltraitée de toutes, et on a accru de 4 d p. iOO les charges dont elle était déjà grevée.' On a décrété d’aliéner des biens domaniaux qui, dans l’état de dépréciation où l’on avait fait tomber toutes choses, ne pouvaient être vendus qu’à vil prix. On a imaginé , contre tout droit, de faire payer à qui la demanderait la permission de défricher des bois, et l’on s’est attribué 25 et 50 p. 100 de la plus-value qu’un homme donnerait à son bien en en transformant ainsi la culture. On a conçu l’idée de mettre la main, sous prétexte d’utilité publique, et, en réalité, dans un but de fiscalité et de pure spéculation financière, sur de certaines classes de propriétés, telles que mines, canaux, chemins de fer, entreprises d’assurances, dont on se réserverait d’indemniser comme on pourrait les possesseurs, et, en menaçant ainsi ces propriétés , déjà fort amoindries par 1a dépréciation qu’avaient subie toutes choses , on a contribué d’une manière toute spéciale à en faire baisser encore la valeur. On a , le plus qu’on a pu , grevé les capitaux , comme les propriétés, de nouvelles charges, et, par exemple, on a imaginé de frapper d’une taxe de 1 p. 100 les placements d’argent sur h)q)othèque, ceux qui, d’ordinaire, donnent l’intérêt le plus bas et le plus mal servi. Au crédit naturel, qu’on avait détruit, on a entrepris de suppléer par un crédit factice, dont les contribuables devaient faire les