LIVRE SEPTIEME
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Il est des hommes pour qui les mots sont tout. J’en connais bon nombre de cette espèce qui ne doutent point, par exemple, qu’un pays n’ait fait la meilleure, la plus riche, la plus merveilleuse des conquêtes quand il a conquis un gouvernement bien ou mal baptise République ! Ceux qui se piquent d'un peu de bon sens et de lumières ne se montrent pas si accommodants, lis regardent au fond des choses ; et, sans s'informer du nom que porte leur gouvernement, des couleurs qu’il arbore, des légendes qu’il a fait inscrire sur ses bannières ou au frontispiee des monuments publics, ils examinent avec soin, quand ils en veulent faire une appréciation intelligente et juste , quels sont au vrai les avantages dont il fait jouir le pays qui l’a adopté.
Imitons ce judicieux exemple. Précisons les résultats de la révolution. Ouvrons à cet événement, que tant de causes
déjà nous ont permis de qualifier de déplorable, un compte à la fois moral et matériel. Créditons-le de ce qu'il peut avoir produit d’avantages ; débitons-le de ce qu’il a eu d’effets désastreux, et voyons en somme comment le compte SC balance.
En réalité, il ne s’agit ni d’exalter, ni de déprimer le régime que la révolution a produit. Il s'agit de l’apprécier comme il mérite de l’étre, de le comparer, sans partialité comme sans faiblesse, à eelui qu’il a si violemment et si inopinément remplacé, et de voir ce que la France a gagné au change.
Quels étaient les griefs reprochés au gouvernement déchu? Il n’est pas un homme doué d’un peu de sens et de bonne foi qui ne soit obligé de reconnaître que la France, sous ce gouvernement, jouissait d’une sécurité profonde, d’une grande somme de prospérité, d’une liberté relativement considérable, qu’il dépendait d'elle d’accroître par les voies régulières et sans bouleversement nouveau, et qu’en résultat, les dix-huit années du dernier règne ont été les meilleures et les plus favorables à son avancement qu’il lui ait encore été donné de passer sous aucun régime. Mais, comme s’il était possible de lui faire un crime des violences qu’il a si longtemps subies et de l'abandon absolu dont il a finalement été l’objet, on observe que jamais gouvernement, poursuivi d’agressions plus vives, plus acharnées, plus implacables, n'a été, en définitive, plus mollement défendu, ni plus facilement détruit, et la raison qu’on en donne, c’est qu’il était corrompu et corrupteur; que, dans l’intérêt de cette corruption, à la fois subie et pratiquée, il travaillait sans cesse à étendre ses attributions, à se créer