LIVRE SEPTIÈME
intermédiaires de la révolution , et même dans scs régions inférieures. Je pourrais citer certaines orgies du parc de Monceau, et dire ce qui s'est passé dans plus d’une préfecture, au bon temps des commissaires. Les goûts voluptueux, les satisfactions sensuelles, l’amour des rémunérations sans travail sont descendus de proche en proche dans tous les rangs. Ils ont été préchés directement aux classes les moins heureuses. Le socialisme a dit qu’il était bon que le peuple eût des besoins, qu’il contractât le goût des choses chères et des jouissances raffinées ; qu’on ne pouvait trop lui inspirer le désir d’une situation qui rendit ces satisfactions possibles, qui le dérobât aux conséquences d’une vie mal réglée, qui le dispensât des vertus dont n’a été dispensé personne. On a voulu faire connaître les plaisirs du luxe à des classes qui manquaient de pain. On leur a ménagé des soirées de spectacle. On a installé des indigents, sous le nom d’invalides civils, dans la plus splendide des demeures royales, et entrepris l’éducation politique des classes ouvrières sous les lambris dorés du Luxembourg. On a commencé cette éducation en soulevant devant ces classes non des questions de justice, mais des questions d’argent, et en s’adressant à leur cupidité. On a dit que le peuple devait être riche, qu’il voulait l’être et qu’il le serait. On l’a excité à le devenir par les voies les moins honnêtes. On l’a désaccoutumé du travail et tenu pendant plusieurs mois dans un état d’oisiveté soldée. On a excité sa jalousie contre les classes riches ; les richesses de ces classes lui ont été présentées comme le fruit de l’usurpation, et il a été directement provoqué à s’en emparer par la violence. Ajoutons que, tandis que la révolution fomentait ainsi les instincts les moins moraux des
IbC RÉVOLUTION DU 2i FÉVRIER.
classes inférieures, elle ne se piquait pas toujours de se montrer plus désintéressée et plus honnête dans les rangs de ses adhérents d'un ordre supérieur. Dès les premiers moments, le gouvernement a été assailli de sollicitations de toute espèce. On lui adressait de tous côtés et h toute heure des demandes de crédit, des demandes d’ajournement pour le payement de ses dettes, des demandes de subventions ou de primes pour toute sorte d’entreprises et d’établissements, des demandes de places enfin, et celles-ci plus furieuses, plus acharnées, plus innombrables que celles d'aucun autre ordre. Ceci, au surplus, a été public et publiquemeut avoué. Nous étions littéralement assiégés, a dit à la tribune, dans un moment d'épanchement, un ancien ministre du gouvernement provisoire Et encore comment ces demandes nous étaient-elles présentées? On nous parlait la menace à la bouche ; les heures d’existence nous étaient comptées; les solliciteurs faisaient masse, et leurs requêtes prenaient , en quelque sorte, le caractère de l’émeute et de l’insurrection.
Voilà à quel degré s’est montrée pure, honnête, désintéressée, une révolution faite, soi-disant, en haine de la corruption politique. Or, comment nier, en présence de ces faits, que son compte ici ne se balance par une aggravation du mal qu’elle était, assurait-elle, venue corriger.
Presque tout, dans ses premiers actes, s’est ressenti de ce surcroît de corruption. L’esprit qui l’animait à cet égard s’est manifesté jusque dans la plus générale et en apparence la plus populaire de ses réformes , dans l’établissement du
* H. Garnier -Pagis.