‹ La révolution du 24 février (volume 2)Chapitre 75 sur 111 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

est assez nombreux pour qu’il n’y ait pas craindre qu’il s’y forme des coalitions dangereuses, et que des intérêts de classe y deviennent prédominants. Bon, contre la pensée de ses auteurs, pour les circonstances extraordinaires où il a eu à fonctionner depuis un an, et où il s’agissait de défendre la société contre des entreprises d’une inexprimable folie, le suffrage universel pourrait bien n’étre babituellement qu’un instrument plus que médiocre, et non-seulement il a été institué à mauvais dessein, mais il est possible qu’il se montre ordinairement inférieur au régime électoral dont il a pris la place. Il y aurait donc double raison pour l’inscrire comme une perte au débit du compte que nous dressons.

L’esprit de la révolution s’est trahi dans la réforme parlementaire, plus ouvertement encore que dans la réforme électorale. On n’a pas oublié, sans doute, qu’elle, était ici sa plainte contre le dernier gouvernement. Elle l’accusait de peupler la chambre élective de fonctionnaires qui étaient des hommes à lui, et de ne gouverner qu’à l’aide d’une majorité dépendante. Sait-on comment elle a remédié à cet abus, objet de scs plus violentes accusations? Elle l’a corrige en l’exagérant outre mesure, en le portant aux derniers excès, comme elle en a corrigé beaucoup d’autres; elle l’a corrigé en nommant à la chambre élective beaucoup plus de fonctionnaires que la monarchie ne l’avait jamais fait, et des fonctionnaires que, par une honorable discrétion, celle-ci avait toujours interdit d’y introduire; par exemple, des préfets, ou, mieux que des préfets, des commissaires, c’est-à-dire des hommes appartenant à la classe de ses agents politiques les plus directs, les plus immédiats,

les plus engngés, les plus dépendants, les plus passionnés, les plus compromis; de ceux-là mêmes qu’elle avait chargés de diriger l’opération électorale, et à qui elle avait donné pour cela des pouvoirs illimités. Voilà les fonctionnaires dont elle a autorisé, encouragé l’élection, et qu’elle a fait arriver en foule à la chambre au milieu d'une multitude d’üutres. 11 est vrai que depuis, quand elle a vu d’où soufflait le vent électoral, et combien peu il semblait disposé à enfler ses voiles, elle a elle-même viré de bord, et, passant d’un excès à l’excès directement contraire, elle s’est mise à interdire l’élection de tout fonctionnaire public. Mais ce nouvel excès ne vaut guère mieux que l’autre. S’il y avait abus à introduire à la chambre trop de fonctionnaires, et des fonctionnaires de toute espèce, il n’est pas moins abusif de frapper d’une sorte d’ostracisme politique la classe entière des hommes publics, et de décider qu’aucun fonctionnaire ne pourra participer à la confection des lois. Qu’on la considère donc ici dans l'une ou l’autre des exagérations où elle est tombée, il y a eu aggravation du mal qu’il s’agissait de corriger, ou substitution à ce mal d’un mal nouveau plus grave peut-être, et ici encore, si je ne me trompe, son compte se ferme en déficit.

En somme donc la révolution, faite soi-disant contre la corruption politique, et qui ne poursuivait avec tant d’ardeur la réforme électorale cl parlementaire que pour mettre fin à un si grand mal, la révolution s’est montrée, dans sa fin et dans scs moyens, profondément corrompue et corruptrice. On l’a vue animée d’un violent amour du gain sans travail, d’un désir immodéré d’enrichir par la spoliation ceux au profit de qui elle se disait faite ; et c’est dans l’in-

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