‹ La révolution du 24 février (volume 2)Chapitre 8 sur 111 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

cette opposition, si passionnée et si imprévoyante, trouvait dans une partie de la garde nationale et de la population aisée de Paris, le roi, frappé de ce qu’il y avait dans ces manifestations de folie et d’ingratitude, en avait ressenti un chagrin profond, et qu’il prenait par moments les affaires dans un dégoût qu’il ne dissimulait qu’avec peine et qui allait jusqu’au découragement. Celte disposition d’esprit, si nouvelle chez le roi, ne rappelait guère l’énergie calme et mesurée, mais active, intelligente, résolue, qu’il avait toujours opposée aux entreprises de l’ordre de celle qu’il allait avoir à combattre, et il faut convenir qu’elle s’accordait mal avec les graves et impérieuses nécessités de sa situation.

C’est du trône même, cela parait certain, qu’émana spontanément, le matin du 25 février, h la suite des cris que la garde nationale venait de faire entendre rue de Rivoli, sous les fenêtres du château, la pensée de congédier le ministère. << Si M. Guizot est un honnête homme, » aurait dit la reine, cette noble reine qui, dans les derniers moments de cette affreuse crise pourtant, montra tant de dignité et d’intrépide courage, « si M. Guizot est un honnête homme, il se retirera ; » et ces paroles de la reine, qui trahissaient la pensée du roi, et que le roi, en effet, s’abstint de combat- ‘ Ire, furent immédiatement transmises au ministre qu’elles concernaient.

J’ignore jusqu’à quel point M. Guizot et ses collègues résistèrent, dans le conseil, à ce dangereux projet de congédier devant l’émeute, demandant son renvoi les armes à la main, un ministère qui, après tout, avait au sein de la représentation nationale une légitime, une incontestable

majorité, et ce qu’ils firent d’efforts pour détourner le roi de cette mesure ; mesure évidemment tardive ou prématurée, qu’on aurait dû peut-être prendre avant, qu’il serait possible de prendre après, mais qu’oii ne pouvait avoir un moment la pensée d’adopter pendant l’cmcute; qui, adoptée en pleine émeute, ne pouvait servir qu'à augmenter l’audace des plus dangereux ennemis du roi, qu’à leur inspirer une confiance en eux-mêmes qu’ils n’avaient point, ou que du moins ils n’avaient pas manifestée au début de la sédition ; qu’à désorganiser, en même temps que le gouvernement, la majorité parlementaire ; qu’à faire perdre à eette majorité tout courage, en lui enlevant toute direction ; qu'à démanteler enfin l’autorité royale, et, au moment où elle était environnée de graves périls, à lui ravir scs garanties naturelles, un conseil des ministres responsable et une majorité fermement unie à ce conseil... Toujours est-il que le ministère parut se résigner très-naturellement à cet acte de déplorable faiblesse, qui allait laisser le roi en présence de la sédition sans aucun appui véritable, c’est-à-dire sans autre appui que celui d’une majorité désavouée, entre un ministère dissous et un ministère à reconstruire, et qu’il vint annoncer sa retraite à la chambre au beau milieu de l’insurrection.

La majorité, ainsi reniée devant l’émeute et abandonnée * de ses chefs, ne devait avoir que trop tôt l’occasion de montrer qu’elle ne se croyait pas obligée à plus d’énergie que ne venaient d'en déployer les ministres. Cette occasion lui fut offerte dès le lendemain, et nous verrons bientôt comment elle soutint in extremis l’épreuve qu’elle était destinée à subir à son tour. Du moment que les pouvoirs les

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