LIVRE HUITIÈME. I9S
d’hommes à faire, et au maniement ou à l’arrangement des partis, la plus vive, sans contredit, et la plus délicate des deux, sinon la plus importante.
Les partis qui occupent chez nous la scène politique, en écartant, bien entendu, la démagogie et le socialisme, monstruosités antisociales qu’il est impossible de faire entrer honorablement dans aucune combinaison, sont au nombre de quatre, qui, bien que rentrant plus ou moins les uns dans les autres, restent assez distincts pour être considérés séparément : la démocratie, le honaparthme on Vimpérialisme, le parti de l’ancienne aristocratie, désigné par le nom de parti légitimiste, et enfin le parti sur lequel s’appuyait le dernier gouvernement, parti qu’on a appelé tour à tour conservateur, orléaniste, et qu’à vrai dire, ne désigne suffisamment aucune de ces appellations.
On sait, assez approximativement, de quelles portions de la nation se compose chacun de ces partis, et ce qui en constitue essentiellement la force. Quoiqu’ils diffèrent beaucoup, par leur nature, leurs moyens, leur importance, ils sont tous assez puissants pour avoir réussi, en se combinant de diverses manières, à s’emparer successivement du pouvoir et à en retenir plus ou moins longtemps la possession. Aussi serait-il impossible d’en écarter systématiquement aucun, et surtout de tenir éloignés de la scène ceux qui sont manifestement les plus considérables, et par exemple les partis légitimiste et orléaniste, en ce moment privés de leurs chefs, et dont le dernier même, disloqué il y a seize mois par l’ouragan révolutionnaire, est demeuré depuis plus ou moins désorganisé. Vouloir constituer quelque chose de solide en tenant à l’écart ces deux partis.
serait la plus extravagante dos entreprises, et cela est si vrai que, bien qu’ils ne figurent point en nom dans rétablissement transitoire qui régit en ce moment notre pays, on peut dire qu’ils ont puissamment contribué à lui donner l’être, et qu’il ne sc maintient, en quelque sorte, que par leur concours. 11 est si vrai que rien de stable ne se pourrait fonder en leur absence, que notre dernier établissement politique est tombé pour une moindre irrégularité, et qu’il a suffi, pour qu’il ne pût se soutenir, de l’éloignement et de l’état d’hostilité où s’est tenue l’ancienne aristocratie territoriale, quelle que fût d’ailleurs, en dehors d’elle, l’importance des classes sur lesquelles le gouvernement s’appuyait.
On ne peut donc s’occuper utilement dans notre pays d'une recomposition du corps politique sans y faire entrer tous les partis désignés plus haut. On ne le peut pas surtout sans y comprendre les deux derniers dont je viens de parler, et la rentrée en scène des partis légitimiste et orléaniste ne saurait être ajournée longtemps. Le rappel plus ou moins prochain des chefs de ces partis, même en faisant abstraction de toute idée de changement dans les formes du gouvernement, est la conséquence naturelle du sentiment honorable qui pousse le pays à réagir avec vigueur contre les passions révolutionnaires qui les ont fait successivement expulser. Le pays a compris qu’au fond de ces odieuses scènes de révolution , auxquelles il assiste depuis soixante ans, se cachaient presque toujours de misérables questions de personnes ; que la grande préoccupation des meneurs était de supplanter les pouvoirs établis, et que ces mutations de pouvoir, déterminées par les motifs