‹ La révolution du 24 février (volume 2)Chapitre 92 sur 111 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

partialité que les exclusions si nombreuses, qu’il sera forcé de donner, perdent tout caractère d’offense.

Et, d’un autre côté, forcé de donner l’exclusion à tant de monde, il devra se faire une loi plus impérieuse encore de ne maintenir, au profit des appelés ou des conservés, rien de véritablement abusif ; d’arriver, au contraire, ne fût-ce que par un sentiment de justice envers les exclus, à la suppression sagement ménagée des services et des dépenses non necessaires, et de faire en sorte, ainsi, que le sacrifice imposé aux non appelés porte avec lui sa compensation, de s’arranger, en circonscrivant, par la suppression des abus, le domaine des services publics, pour agrandir le plus possible celui de l’activité particulière, et pour rendre toujours plus libre et plus accessible l’exercice de toutes les professions.

Ces règles sortent des nécessités de la situation avec un caractère tellement impérieux, qu’il serait vraiment étrange qu’on n’en voulût point tenir compte. Je doute qu’il soit désormais au pouvoir de personne de les violer impunément. Nous avons fait de tels progrès dans l’industrie des l’évolutions et dans l’art de fomenter des troubles, les nombreux partis qui se disputent le pouvoir sont devenus à la fois si habiles et si ardents, qu’il n’en est pas un, même au nombre des plus considérables, qui, ayant réussi à s’emparer du pouvoir, parvint à s’en assurer la possession s’il voulait lui conserver le earactère oppressif et dispendieux que nos soixante ans de luttes d’ambition et de cupidité lui ont fait prendre. Tous les autres lui feraient une guerre si cruelle qu’il serait bientôt jeté bas. D’où je tire cette conclusion, que l’heure présente est bien près d’être deve-

nue l’heure des résolutions désintéressées, l'heure des réformes que depuis si longtemps les amis de la liberté poursuivent, et que, puisqu’il n’est plus possible de constituer une domination au profit de personne, il serait temps, peut-être, et grand temps, de songer à fonder un gouvernement raisonnable au profit de tous; je veux dire un gouvernement dont les attributions et les dépenses fussent enfin ramenées à des proportions plus justes et plus sensées.

Rien n’est assurément plus louable que de songer à i

licencier les partis. Mais, pour y réussir, il faut téchcr de ,

les désintéresser, et pour cela deux choses, dis-je, sont '

indispensables :

1“ S’imposer la loi, en ne prenant dans les myriades d’aspirants qui accourront vers le gouvernement de tous les points de l’horizon qu’un petit nombre d’élus, de faire ses choix avec une extrême justice ;

Et â**, en donnant aux non appelés la satisfaction de ne se voir préférer que des hommes véritablement dignes, leur procurer, en outre, à titre de réparation, l’avantage de voir devant eux un champ plus vaste et moins embarrassé, où leur activité se puisse déployer plus à l’aise, obliger le pouvoir à restituer graduellement au domaine de l’activité privée tout ce qu’il a été conduit à lui dérober de liberté et d’espace pour satisfaire aux exigences de plus en plus grandes des masses d'hommes que nos luttes j

révolutionnaires ne cessaient d’attirer dans les voies de I

l’ambition.

11 est absolument indispensable d’entrer dans quelques développements sur chacune de ces deux conditions de salut, et d’abord sur celle qui est relative aux choiX' i

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