LIVRE HUITIÈME
tuée à ses devancières, toutes, de proche en proche et jusqu’aux plus infimes, tendent à supplanter à leur tour celles qui les avaient devancées, et usurpent, sans plus de vergogne que de titres, tout ce qu’il y a d’important et d’élevé dans la société, il serait difficile de ne pas reconnaître que la grave infraction aux lois de l’avancement qui a eu lieu en 1830 ne peut se passer d’etre réparée.
On observe que, sous la monarchie de 1830, il était parfaitement loisible à la classe que la révolution avait évincée du gouvernement de prendre rang dans le nouvel établissement politique. Sûrement; mais sans ses chefs et en second ordre, mais en se plaçant à la suite de la classe qui l’avait vaincue et supplantée : le pouvait-elle d’une manière honorable? Y a-t-il profit pour quelqu’un à ce qu'une classe quelconque manque à sa propre considération ; et, si l’on a à cœur de les réconcilier toutes, n’est-il pas essentiel de les traiter toutes avec bienséance? Ce fut une grave faute, je le répète, après le triomphe de juillet, que de traiter en vaincue celle qui avait occupé le pouvoir, et de vouloir, une fois encore, la rejeter au second rang. Elle ne pouvait accepter cette déchéance ; et si celle qui venait de prendre sa place ne le comprit pas alors, elle doit le mieux comprendre aujourd’hui que, supplantée à son tour, elle s'est vue menacée d’être rejetée dans les conditions inférieures, et qu’elle a couru un moment le risque d’être aussi maltraitée comme bourgeoisie que sa devancière, dans un autre temps, l’avait été comme noblesse. 11 n’y a qu’une manière de réparer envers celle-ci l’injuste exclusion qui lui fut donnée en i 830 : c’est, en rappelant de l’exil les princes dont elle voulut partager la fortune et avec qui elle descendit noble-
ment du pouvoir, de marquer nettement qu’on n’a plus l’intention de l’exclure.
Il faut même avoir la sincérité d’avouer que la réparation ne devrait pas s’arrêter à cet acte de rappel, et que, pour témoigner d’une manière suffisante à quel point on réprouve aujourd’hui l’esprit révolutionnaire qui la fit écarter, il y a dix-neuf ans, et tout ce qu’il put se mêler è cette détermination de passions ambitieuses et de calculs intéressés, il serait désirable que la nation, sitôt que le permettra la nouvelle constitution à laquelle elle s’est librement soumise, crût de sa justice et de sa sagesse de reporter par l’élection à la tête des aflfaires le chef constitutionnel du gouvernement qui, en 1830 , fut indûment renversé.
Je n’examine pas si, alors ou plus tard, il y aura lieu pour elle de songer à ramener le gouvernement à ses anciennes formes, et de revenir à cet égard sur ce qui s’est passé il y a seize mois. Peut-être. Il est bien difficile, en effet, qu’un peuple qui se respecte et qui sent un peu ce qu’il vaut consente à se soumettre longtemps, au moins sans l’avoir légitimé par un suffisant examen et par un vote régulier et tranquille, à un établissement politique aussi insolemment improvisé, aussi violemment introduit, aussi frauduleusement intronisé que l’a été la république actuelle. Mais ceci est une question à part. II ne s’agit pas précisément à l’heure qu’il est de réaction contre les formes du gouvernement, mais de réaction contre l’esprit révolutionnaire. Il est non-seulement tout aussi permis, mais tout aussi nécessaire sous la république que sous la monarchie d’avoir cet esprit en exécration. Les républiques américaines ne toléreraient pas plus que le czar