‹ La révolution du 24 février (volume 2)Chapitre 97 sur 111 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

(lu pays ne lui demandait de l 'être. Celte corruption n’a jamais cessé de le violenter. Ses ministres peut-être auraient pu l’en mieux défendre. Mais il n’en reste pas moins vrai qu’elle n’a cessé de l’assaillir, de le contraindre, de lui imposer ses volontés. Chacun prétendait faire des questions de dynastie du triomphe de scs injustices. Le roi s’est toujours trouvé placé entre deux sortes de séditions : celle des hommes violents et celle des hommes obséquieux, l’émeute des rues et celle des chambres et des antichambres , l’émeute qui lui tirait des coups de fusil et celle qui le poursuivait de ses obsessions, et celle qui l'assiégeait sans relâche de scs placcts... Et, quand il se trouvait dans une situation si difficile et si pénible par l’effet même des travers publics, n’cst-il pas odieux de vouloir lui faire un crime de ces travers qui ont fini par entraîner sa ruine, et d’y chercher des excuses pour le sort qui lui a été fait, pour les amers et inépuisables dégoûts dont fut abreuvé son règne, pour l’exil où on l’a jeté, pour le délaissement et l’oubli qui sont le prix de ses services?... Encore une fois, une telle conduite ne se peut qualifier, et je souhaite, pour l’honneur de mon pays, qu’elle soit suivie d'une réaction qui en répare, s'il se peut, l’abominable injustice ! Plus nous avons été mal pour le roi, et plus ce prince, dont la vie fut si remplie de vicissitudes, a été odieusement renversé, pillé, proscrit, oublié, et plus il est juste que les âmes honnêtes se tournent vers lui, qu’elles l’honoreut, le respectent, le consolent...

Et néanmoins quels que soient les hommages dont l’émotion, la pitié, la gratitude, pre.scrivent de l’entourer, elles profondes sympathies que mérite d’inspirer sa famille, les Hentimenls dont il continuera d’être l’objet ne doivent pas

20i RÉVaLL’TlON DU 2* FÉVRIER.

empêcher de reconnnître ce qu’il y eut d'imprudent et d'irrêgulicr dans l’acte révolutionnaire qui lui délégua le pouvoir, il y a dix-neuf ans, qui, au-dessous de lui, substitua violemment aux classes qui le possédaient des classes nouvelles, qui lurent mises subitement en possession de tous les postes de l’État, et que la nation, revenue des émotions de 1850 et instruite par les événements, sente le besoin de réparer l’usage immodéré qu’elle fit alors d’un très-légitime triomphe, qu’elle réprouve la satisfaction illégitime qui fut donnée aux passions ambitieuses et à l'esprit de révolution, au préjudice d’une classe entière de citoyens, évincée du gouvernement avec les chefs constitutionnels du pays sans aucune nécessité véritable, et qu’elle marque cette réprobation, autant qu'il est en elle de le faire, non pas sans doute en ne rappelant de l’exil que les princes qui furent alors proscrits, mais en les rappelant en première ligne, et en leur restituant, ainsi qu’à la classe exclue avec eux, dans l’acte législatif qui fera cesser toutes ces pro.scriptions odieuses, le rang et la préséance que la révolution leur avait injustement ravis.

Jamais, il me semble, on n’a dû mieux comprendre qu’aujourd'bui à quel point il est nécessaire de veiller à ce que les lois naturelles de l’avancement politique, dans la société, ne soient pas interverties, à ce que les classes et les familles les premières nées à la vie publique et les plus anciennement distinguées ne perdent pas, sans cause légitime, le rang qu’elles avaient légitimement acquis; et, quand on voit quelles sont à cet égard les conséquences d’un premier désordre ; quand on considère avec quelle violence, lorsqu’une classe s'est trop cavalièrement substi-

Page 1