‹ La révolution du 24 février (volume 3)Chapitre 101 sur 112 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

sens favorable à la liberté, le régime administratif que les passions révolutionnaires ont développe parmi nous, de faire un contrôle sévère de ses attributions et de ses dépenses, et d'arriver, avec tout le temps, avec tous les ménagements nécessaires, sans doute, mais avec une inflexible fermeté, à la suppression de ce qu'elles présentent d'excessif.

J'ai grand besoin d'insister ici sur un point si capital et d'exposer les graves raisons qu'il y a , pour que le gouvernement, quel qu'il soit, que le suffrage universel fera définitivement sortir de la crise où nous sommes, se désiste enfin, ne fût-ce d'abord qu'en principe et dans ses tendances, du système d'administration exorbitant et écrasant qui est né, dans le cours de nos soixante ans de révolution, du débordement des ambitions et des cupidités individuelles.

On sait où mène ce système. On l'a assez pu voir, depuis longtemps, et à mesure que des révolutions nouvelles, donnant accès à de nouvelles troupes d'ambitieux et d'hommes avides, ont provoqué des entreprises de plus en plus étendues sur le domaine de l'activité privée, et donné lieu à une extension toujours plus désordonnée des dépenses publiques. Cet abus, déjà criant sous l'empire, et tellement accru par la restauration qu'on ne croyait pas, vers la fin de ce régime , qu'il fût possible d'ajouter encore au nombre des fonctionnaires et à celui des millions qu'il fallait affecter au service public, s'est animé d'un tel surcroît d'énergie à la révolution de 1830 que, sous le gouvernement né de cette révolution, en pleine paix, sans cause apparente, ou du moins sans autre cause que celle que je ne cesse de signaler,

le nombre des fonctionnaires s'est accru d'environ trente-

cinq mille \ et le chiffre des dépenses, matériel et personnel réunis, de plus de 500 millions 2 . Il y a eu toujours plus de choses exécutées par l'État, ou entreprises sous sa direction, et soumises à sa gênante et onéreuse tutelle. Au nom de je ne sais quelle utilité générale abstraite, qu'on eût été fort embarrassé d'expliquer un peu sensément, on a empiété, avec une familiarité chaque jour plus outrecuidante et plus hardie, sur les droits individuels les plus respectables. Il n'est pas de formes sous lesquelles la liberté et la propriété particulières n'aient été attaquées. L'autorité, systématiquement et candidement perturbatrice, a donné à cet égard aux factions l'exemple des plus dangereuses témérités, et ses doctrines administratives, objet de tant d'admiration, mènent si directement au socialisme que, lorsque les événements de février sont venus mettre en scène les sectes socialistes , ces sectes pour essayer de réaliser leurs utopies n'ont eu en quelque sorte qu'à suivre la voie tracée par le régime administratif en vigueur 3 . C'est ainsi qu'à

* Rapport du comité des finances de l'assemblée constituante sur le projet de budget rectifié de 1848.

3 11 parait que, dans ces 500 millions et plus d'accroissement qu'ont pris les dépenses publiques sous le gouvernement de juillet, il y aurait à faire entrer pour environ 63 millions celui qui est provenu de la multiplication des fonctionnaires. Voir le rapport que je viens de citer.

5 II ne laisse pas d'être piquant de voir celui de nos hommes d'Etal qui est le partisan le plus décidé et le gardien le plus jaloux de ce régime être conduit à avouer qu'il nous mène insensiblement au communisme : « En « Angleterre, dit M. Tbiers, on a, à l'égard des hommes, un très-grand « respect pour l'individualité ; et ici, au contraire, on a un tel respect de « tous, et si peu de respect de l'individualité, que cela nous conduit insen- « siblcment au communisme. »» (Discours sur le remplacement militaire, séance de l'assemblée nationale du 21 octobre 1848.) Ce qui n'empêche pas

Page 1