‹ La révolution du 24 février (volume 3)Chapitre 46 sur 112 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

et ajourner les décisions d'une fausse représentation nationale. Sachez obtenir de la France qu'elle n'oblige pas Paris à recourir à une telle extrémité , .

Tel était le langage que le gouvernement adressait à ses commissaires.

A côté de cette organisation officielle et ostensible d'un corps d'agents politiques envoyés dans les départements avec la mission spéciale et hardiment avouée défaire vouloir a la France l'espèce particulière de république qu'on se proposait d'établir, et de lui arracher des élections qui exprimassent clairement cette volonté, les auteurs de la révolution approuvèrent qu'il en fût formé une seconde d'émissaires moins officiels, qui fussent chargés daller partout coopérer énergiquement à cette difficile tâche. Cinq à six cents individus choisis parmi ce que renfermaient de plus audacieux les sociétés politiques de Paris, et notamment le Club des clubs et celui des Droits de l'homme, avec lesquels des membres du gouvernement se trouvaient journellement en relation, cinq à six cents hommes, dis-je, munis par leurs chefs de toutes les instructions et excitations nécessaires , furent lancés de Paris dans toute la France , pour aller endoctriner les électeurs et assurer, dans les opérations électorales , le triomphe des partis violents.

Sans être ostensiblement revêtue des mêmes pouvoirs que la première , cette seconde classe d'agents se sentait assez autorisée pour n'avoir point à s'inquiéter de I'irrégu-

1 Voir les circulaires électorales du ministre de l'intérieur sous le gouvernement provisoire.

larité de sa mission. Ses membres recevaient sur le trésor une solde journalière de dix francs. Les instructions et les journaux que leur adressait de Paris le Club des clubs leur arrivaient en franchise par la poste , et ils ne pouvaient douter que le gouvernement ne les appuyât. Ils étaient d'ailleurs en communication permanente avec les commissaires et sous-commissaires des départements ; et, loin que leur position équivoque les affaiblit , elle leur permettait d'agir avec un surcroit de liberté et d'audace. Tandis que l'action des commissaires officiels n'arrivait aux électeurs que par l'intermédiaire des agents de l'administration , ils se mettaient, eux, en contact direct avec la population, surtout avec la population ouvrière , que leur avait livrée d'avance la formation des ateliers nationaux , créés , ce semble , tout exprès pour leur procurer un auditoire , et un auditoire comme il le leur fallait, un auditoire d'hommes disposés à l'exaltation et à l'action, et ils n'épargnaient rien pour les exalter et les faire agir dans un sens ultra-révolutionnaire. Officiels et non officiels, au surplus, les deux ordres d'émissaires dépêchés par le gouvernement rivalisaient entre eux d'ardeur, et c'est sous leur influence combinée, c'est au milieu des excitations, des menaces, des fraudes, des séductions, des violences sans nom auxquelles ils se livraient , et que la publicité a fait assez connaître, que se préparaient les élections.

Cependant les chefs de la révolution , malgré ces efforts violents et concertés de tous leurs agents, ne paraissaient pas éprouver plus de conûance , et ils étaient encore , vers le milieu d'avril et à la veille des élections, si peu rassurés sur l'issue de cette opération décisive qu'une révolution

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