‹ La révolution du 24 février (volume 3)Chapitre 47 sur 112 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

nouvelle fut au moment de s'accomplir alors, qui avait pour objet d'imprimer au pouvoir révolutionnaire une impulsion plus énergique encore, de remplacer le gouvernement provisoire par un comité de salut public, de composer ce comité des notabilités de la révolution les plus significatives, des noms de Blanqui, Raspail, Cabet, Kersausie, Flocon, Ledru-Rollin , et que, pour faire avorter ce redoutable mouvement, il ne fallut pas moins que l'énergie , la spontanéité et l'universalité de la manifestation à laquelle se livra à Paris la garde nationale.

Si telle était l'inquiétude avant les élections et quand il était possible encore d'avoir des doutes sur le résultat, on sent ce qu'elle dut être après l'événement, et quand il parut évident que la nation refusait son appui aux partis exaltés, qu'elle repoussait leurs projets de révolution sociale. Une violente clameur s'éleva dans leurs journaux contre les résultats du suffrage universel. 11 venait d'être institué, organisé, dirigé par eux-mêmes; ils ne s'étaient refusé aucun moyen, maîtres qu'ils étaient de toutes choses, de le faire parler h leur gré; et, maintenant qu'il venait de s'expliquer, ils contestaient la sincérité de son langage. M. Louis Blanc, dans les réunions du Luxembourg, niait énergiquement que, dans l'état présent des choses, il pût être l'expression du vœu public, et le gouvernement provisoire, dans sa défiance de l'assemblée qui venait d'en sortir, prenait des précautions pour qu'elle ne pût mettre en question la nature du gouvernement que s'était soi-disant donné la France , et que la mission de l'assemblée nationale devait être seulement d'organiser. Par une disposition astucieuse

et hardie du décret qu'il s'était.cru autorisé à formuler pour

Ito RÉVOLUTION DU U FÉVRIER.

régler ses opérations préliminaires, ils voulurent que les premières paroles qu'il lui serait permis d'articuler l'enchaînassent d'avance, et de manière à rendre impossible à ce sujet toute délibération et tout vote, a la forme de gouvernement qu'il avait proclamée; et, au lieu de la laisser, comme le prescrivaient la logique et les bienséances, s'installer au nom de la nation , de qui seule elle relevait , il décréta qu'elle se déclarerait constituée au nom et au cri de : Vive la république! ce qui impliquait l'admission sans discussion du gouvernement républicain. Les signataires du décret ne voulurent pas, eux qui s'étaient si hautement récriés, le 24 février, contre une régence qui n'aurait que des acclamations pour elle, ils ne voulurent pas, dis-je, que la république pût être votée autrement que par acclamation. Bien plus, ils n'admettaient pas que les acclamations dussent rester libres et qu'elles pussent être refusées , puisque le décret les avait prévues, puisqu'ils avaient réglé qu'aussitôt qu'elles éclateraient, il y serait répondu par le canon des Invalides. C'était d'avance comme une chose arrangée ; et, en effet, les hommes d'État qui avaient inauguré en février la politique des tours de main et exécuté alors de si merveilleux escamotages, avaient si bien su préparer tout pour la grande démonstration qu'il s'agissait d'effectuer à la séance du 4 mai; leurs nombreux amis de la Montagne, à l'apparition du gouvernement provisoire , se trouvèrent tellement prêts ; ils partirent par une décharge si soudaine et si spontanée de cris de : Vive la république! qu'ils entraînèrent naturellement le reste de l'assemblée, qui ne se gardait pas, qui sur ce point, d'ailleurs, était peu disposée à faire résistauce, et que la république fut véritablement en-

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