CONCLUSION
Que la France ne se fasse point d’illusion : toutes les expériences qu’elle tentera, toutes les révolu* tions qu’elle fera , ou qu’elle laissera faire , ne la soustrairont point à ces conditions nécessaires, inévitables, de la paix sociale et du bon gouvernement. Elle peut les méconnaître et souffrir, souffrir
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sans mesure et sans terme , en les méconnaissant ; elle ne peut les abolir.
Nous avons essayé de toutes choses, de la république, de l'empire, de la monarchie constitutionnelle. Nous recommençons nos essais. A quoi nous en prendre de leur mauvais sort? De nos jours, sous nos yeux, dans trois des plus grands États du monde , ces trois mêmes gouvernements , la monarchie constitutionnelle en Angleterre, l’empire en Russie, la république dans l’Amérique du Nord, durent et prospèrent. Aurions-nous le privilège de toutes les impossibilités?
Oui, tant que nous resterons dans le chaos où nous sommes plongés, au nom et par le culte idolâtre de la démocratie; tant que nous ne verrons dans la société que la démocratie, comme si elle y était seule; tant que nous ne chercherons , dans le gouvernement, que la domination de la démocratie, comme
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si elle avait seule le droit et le pouvoir de gouverner.
A ce prix , la république comme la monarchie constitutionnelle, l’empire comme la république, tout gouvernement régulier et durable est impossible.
Et la liberté, la liberté légale et forte, est aussi impossible que le gouvernement durable et régulier.
Le monde a vu des sociétés, de grandes sociétés, réduites à cette condition déplorable; incapables de supporter toute liberté légale et forte , tout gouvernement régulier et durable ; condamnées à d’interminables et stériles oscillations politiques; tantôt telle ou telle forme d’anarchie , tantôt telle ou telle forme de despotisme. Je ne conçois pas, pour les coeurs un peu fiers, une plus douloureuse destinée que d’appartenir à de tels temps. Il ne reste plus
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alors qu’à s’enfermer dans les soins de la vie domestique et dans les perspectives de la vie religieuse. Les joies et les sacrifices, les travaux et les gloires de la vie publique n’existent plus.
Tel n’est point, grâce à Dieu, l’état de la France : tel ne sera point le dernier mot de notre longue et glorieuse civilisation , de tant d’efforts, de tant de conquêtes, de tant d’espérances, de tant de souffrances. La société française est pleine de force et de vie. Elle n’a pas fait de si grandes choses pour descendre, au nom de l’égalité, jusqu’au plus bas niveau. Elle possède en elle-même les éléments d’une bonne organisation politique. Elle a des classes nombreuses de citoyens éclairés, considérables, déjà placés ou prompts à s’élever à la hauteur des affaires de leur pays. Son sol est couvert d’une population intelligente et laborieuse qui déteste l’anarchie et ne demande qu’à vivre et à travailler en paix. Les vertus abondent dans les familles et
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les bons sentiments dans les cœurs. Nous avons de ' quoi lutter contre le mal qui nous dévore. Mais le l mal est immense. Il n’y a point de termes pour le ! qualifier, point de mesure pour le mesurer. Les * souffrances et les hontes qu’il nous inflige sont peu de chose auprès de celles qu’il nous prépare, s’il se prolonge. Et qui dira qu’il ne saurait se prolonger quand toutes les passions des pervers, toutes les folies des insensés , toutes les faiblesses des honnêtes gens concourent à le fomenter? Que toutes les forces saines de la France s’unissent donc pour le combattre. Ce n’est pas trop , et il ne faut pas que ce soit trop tard. Unies dans l’œuvre, elles plieront plus d’une fois sous le fardeau, et la France aura encore besoin que Dieu la protège pour se sauver.