‹ La révolution du 24 févrierChapitre 21 sur 32 · CONDITIONS MORALES DE LA PAIX SOCIALE EN FRANCE · texte numérisé non relu

CONDITIONS MORALES DE LA PAIX SOCIALE EN FRANCE

Les conditions politiques que je viens d’indiquer sont indispensables pour rétablir en France la paix sociale; mais elles n’y suffisent point.

C’est trop peu, pour une telle œuvre, que la bonne organisation des pouvoirs. Il y faut , de la part des peuples eux-mémes, une certaine mesure

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de sagesse et de vertu. On se trompe grossièrement quand on croit à la puissance souveraine de la mécanique politique. La liberté humaine joue un grand rôle dans les affaires sociales, et c’est des hommes que dépend en définitive le succès des institutions.

On parle beaucoup du christianisme et de l’Évangile, on prononce souvent le nom de Jésus- Christ. A Dieu ne plaise que j’arrête longtemps ma pensée sur ces profanations, mélange hideux de cynisme et d’hypocrisie! J’élèverai une seule question. Si la société française était sérieusement, effectivement chrétienne, quel spectacle offriraitelle aujourd'hui au milieu des cruels problèmes qui la tourmentent?

Les riches, les grands de la terre s’appliqueraient avec dévouement et persévérance à soulager les misères des autres hommes. Leurs relations

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avec les classes pauvres seraient incessamment actives, affectueuses, moralement et matériellement bienfaisantes ; les associations , les fondations , les oeuvres de charité iraient luttant partout contre les souffrances et les périls de la condition humaine.

Les pauvres, de leur côté, les petits de la terre, seraient soumis aux volontés de Dieu et aux lois de la société; ils chercheraient dans le travail régulier et assidu, la satisfaction de leurs besoins; dans une conduite morale et prévoyante , l’amélioration de leur sort; dans l’avenir promis ailleurs à l'homme, leur consolation et leur espoir.

Ce sont là les vertus chrétiennes, elles s’appellent la foi, la charité et l’espérance.

Est-ce à cela qu’on s’adresse? Est-ce là ce qu’on s’efforce de ranimer dans le cœur des peuples ?

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Je doute que, malgré son audace, le mensonge, qui essaie d’exploiter les mots chrétiens, puisse aller jusqu’à dire : Oui. Et s’il l’osait, je suis sûr que , malgré la crédulité publique , il rencontrerait un démenti universel.

Si c’est mensonge, qu’on y renonce; si c’est aveuglement , qu’on se désabuse : le christianisme ne se laissera point ainsi déformer et dégrader ; il n’y a rien de plus anti-chrétien que les idées, le langage, l’influence des réformateurs actuels de , l’ordre social. Si le communisme et le socialisme prévalaient, la foi chrétienne périrait. Si la foi chrétienne était plus puissante, le communisme et le socialisme ne seraient bientôt plus que d’obscures folies.

Je veux être pleinement juste; et en attaquant des idées qui sont la honte et le fléau de notre temps, je veux reconnaître ce qu’elles peuvent

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renfermer de moralement trompeur, et quels prétextes, ou quels instincts honnêtes peuvent égarer ceux qui les soutiennent et ceux qui les accueillent.

II y a un sentiment, en lui même noble et beau, qui a joué et qui joue encore aujourd'hui , dans nos sociétés et dans les perturbations auxquelles elles sont en proie, un rôle considérable. Ce sentiment, c’est l’enthousiasme pour l’humanité, l'enthousiasme de la confiance , de la sympathie et de l’espérance.

Ce sentiment était dominant, souverain chez nous en 1789; il a fait l’irrésistible élan de cette époque. 11 n’y avait point de bien qu’on ne pensât de l’humanité , point de succès qu’on ne voulût et qu’on n’espérât pour elle ; la foi et l'espérance dans l’homme remplaçaient la foi et l’espérance en Dieu.

L’épreuve ne s’est pas fait attendre. L’idole n’y

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a pas longtemps résisté. La confiance a été bientôt convaincue de présomption. La sympathie a abouti à la guerre sociale et à l’échafaud. Les espérances satisfaites ont paru peu de chose comparées à celles qui se sont évanouies comme des chimères.

Jamais l’expérience n’est venue si rapide et si grande à la rencontre de l’orgueil.

C’est pourtant à ce même sentiment que s’adressent aujourd’hui les nouveaux réformateurs de l’ordre social ; c’est ce même enthousiasme idolâtre pour l’humanité qu’ils invoquent. En même temps qu’ils enlèvent à l’homme ses plus sublimes élans et ses plus hautes perspectives, ils exaltent sans limites sa nature et sa puissance : ils l’abaissent honteusement, car ils ne lui promettent rien que sur la terre; mais là ils croient aveuglément en lui , ils espèrent tout de lui et pour lui.

Et ce qu’il y a de plus triste à leur dire, c’est

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que cette idolâtrie insensée est leur seule excuse, la seule de leurs idées qui soit d’uue origine un peu haute et garde quelque valeur morale. S’ils n’avaient pas une foi aveugle dans l’homme, s’ils n’étaient pas les serviles adorateurs de l’humanité, ils ne seraient que les propagateurs d’un matérialisme avide, brutal et effréné.

« Si l’homme se vante, dit Pascal, je l’abaisse ; » s’il s’abaisse, je le vante : » paroles admirables qu’il faut répéter et pratiquer sans cesse. Certainement l’homme mérite qu’on le respecte et qu'on l’aime, et qu’on espère beaucoup de lui , et qu’on aspire à beaucoup pour lui. A ceux qui méconnaîtraient la grandeur de sa nature et de sa destinée, à lui-même, s’il venait à l’oublier, je dirais avec Pascal : «Si l’homme s’abaisse, je le vante. » Mais à ceux qui encensent l’homme, qui se promettent de lui toutes choses et lui promettent toutes choses à lui-même, qui, poussés par l’orgueil, poussent

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l’homme dans l’orgueil , oubliant et lui faisant oublier les misères de sa nature, et les lois suprêmes auxquelles il est tenu, et les appuis dont il ne peut se passer, à ceux-là je dis aussi avec Pascal : « Si l’homme se vante, je l’abaisse. » Et le3 faits, les faits récents, éclatants, irrésistibles, le leur disent bien plus haut que moi.

On ne ramènera point la France à 1 789. On ne la relancera point dans cet enthousiasme de confiance et d’espérance présomptueuse qui la possédait alors. Enthousiasme vrai et général à cette époque, spontané comme la jeunesse, excusable comme l’inexpérience, mais qui ne serait aujourd’hui qu’une excitation factice et fausse, un voile sans consistance jeté sur de mauvaises passions et sur des rêveries insensées qu’il ne couvrirait même pas. Par quelle incurable arrogance repousserions-nous les leçons que Dieu prodigue devant nous depuis soixante ans ? Il ne nous demande point de déses-

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pérer de nous-mêmes et de l’humanité, de renoncer à ses progrès, à son avenir, à une profonde et tendre sympathie pour elle, pour ses douleurs comme pour ses gloires. Il nous défend d’en faire une idole. Il nous commande de la voir telle qu’elle est, sans adulation comme sans froideur, et de l’aimer et de la servir selon les lois qu’il a lui-même établies. Je n’ai certes nulle envie d’éteindre ce que notre temps conserve de chaleur morale, ni de jeter encore du doute et de l’indifférence dans des cœurs déjà si tièdes et si incertains. Mais qu’on ne s’y trompe point : ce n’est pas en rebroussant chemin vers la révolution que la France marchera confiante et animée ; il n’y a là que des sources taries où notre société fatiguée n'ira point se désaltérer et se rafraîchir. Vous vous plaignez de sa langueur; vous voudriez voir renaître dans son sein cette foi, cette énergie morale qui font la grandeur desnations. Ne demandez point cela à l’esprit révolutionnaire ; il est incapable de nous le rendre; il a du bruit,

non du mouvement à nous offrir. Il peut encore consumer; il n’éclaire et n’échauffe point. Au lieu de ranimer les croyances, il répand le doute et la perplexité. Certainement la France a besoin d’être moralement relevée et raffermie ; elle a besoin de reprendre foi et attachement à des principes fixes et généralement avoués. Mais l’esprit révolutionnaire ne peut rien pour une telle œuvre ; ses apparitions, ses évocations, ses prédictions, ses souvenirs, son langage l’entravent et la retardent au lieu de l’accomplir. C’est à d’autres puissances morales, à d’autres esprits qu’est réservé cet honneur.

L’esprit de famille, l’empire des sentiments et des mœurs domestiques, y jouera un rôle principal. La famille est , maintenant plus que jamais, le premier élément et le dernier rempart de la société. Pendant que, dans la société générale, toutes choses deviennent de plus en plus mobiles, per-

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sonnelles, viagères, c’est dans la famille que demeurent indestructibles le besoin de la durée et l’instinct des sacrifices du présent à l’avenir. C’est là que se retranchent et se maintiennent, comme dans un asile tutélaire, des idées et des vertus qui font contre-poids au mouvement excessif, désordonné, inévitablement suscité dans les grands foyers de civilisation des grands États. Nos grandes villes , le tourbillon de leurs affaires et de leurs plaisirs, les tentations et les perturbations qu’elles répandent incessamment, jetteraient bientôt la société tout entière dans un état de fermentation et de relâchement déplorable si la vie domestique partout répandue sur le territoire, son activité calme , ses intérôts%permanents , ses liens immuables n’opposaient à ce péril de solides barrières. C’est au sein de la vie domestique et sous son influence que se maintient plus sûrement la moralité privée , base de la moralité publique. C’est là aussi , et aujourd’hui presque uniquement là ,

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que se développent la partie affectueuse de notre nature, l’amitié, la reconnaissance, le dévouement, les liens qui unissent les cœurs dans le rapprochement des destinées. Des temps ont été, des sociétés ont existé où ces sentiments individuels prenaient aussi leur place dans la vie publique, où les affections dévouées se combinaient avec les relations politiques. Ces temps ne sont plus et ne peuvent guère revenir. Dans nos sociétés si vastes, si compliquées, au milieu du mouvement qui les emporte, les intérêts généraux, les idées générales, les sentiments des masses et les combinaisons des partis président seuls à la vie publique. Les affections personnelles sont des liens trop délicats pour influer puissamment dans les îuttes de ces moteurs impitoyables. Cependant ce n’est jamais sans un grave dommage qu’on étouffe , dans tel ou tel des champs où se déploie l’activité humaine, l’un des éléments vitaux de la nature humaine : c’est une grande beauté et une grande force de moins, dans les re-

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lations de la vie politique, que cette absence presque complète des sentiments tendres et dévoués , cette domination presque exclusive des idées abstraites et des intérêts généraux ou personnels. Il importe infiniment à la société que ces dispositions, je dirai volontiers ces passions affectueuses du cœur de l’homme aient leur sphère assurée où elles se déploient librement, et que de là elles viennent quelquefois, par quelques beaux exemples, faire acte de présence et de puissance dans cette sphère politique où elles paraissent si rarement. C’est au sein de la vie domestique et par les affections de famille que ce but social est atteint. En même temps qu’elle est un principe de stabilité et de moralité, la famille est aussi un foyer d’affection et de dévouement où ces nobles parties de notre nature trouvent des satisfactions qu’elles n’obtiendraient point ailleurs , et d’où elles peuvent , à certains jours, dans certaines circonstances, se répandre au dehors , à l’honneur comme au profit de la société.

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Après l’esprit de famille , c’est de l’esprit politique qu’ aujourd’hui la France a le plus de services à attendre et doit cultiver avec plus de soin les progrès. L’esprit politique consiste essentiellement à vouloir et à savoir prendre sa part et jouer son rôle régulièrement, sans emploi de la violence, dans les affaires de la société. Plus l’esprit politique se développe, plus il inculque aux hommes le besoin et l’habitude de voir les choses comme elles sont, dans leur exacte vérité. Voir ce qu’on désire et non ce qui est, se faire complaisamment illusion à l’égard des faits, comme si les faits devaient avoir la môme complaisance et se transformer au gré de notre désir, c’est la faiblesse radicale des hommes et des peuples encore nouveaux dans la vie politique, et la source des plus funestes erreurs. Voir ce qui est, c’est le premier et excellent caractère de l’esprit politique. Il en résulte cet autre caractère, non moins excellent, qu’en apprenant à ne voir que ce] qui est, on

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apprend aussi à ne vouloir que ce qui se peut. L’exacte appréciation des faits amène la mesure dans les intentions et dans les prétentions. Véridique avec lui-même, l’esprit politique devient prudent et modéré. Rien ne dispose plus à la modération que la pleine connaissance de la vérité des choses, car il est rare qu’elle mette dans un seul bassin tout son poids. L’esprit politique s’élève ainsi naturellement, par sagesse quand ce n’est pas par moralité, à ce qui est sa loi fondamentale et son mérite essentiel, au respect du droit, base unique de la stabilité sociale; car hors du droit il n’y a que la force, qui est essentiellement variable et précaire. Et le respect du droit suppose ou enfante le respect de la loi, source habituelle du droit. Et le respect de la loi affermit le respect des pouvoirs qui font ou qui appliquent la loi. Ce qui est réel , ce qui est possible , le droit , la loi , les pouvoirs légaux, voilà quelles sont les constantes préoccupations de l’esprit politique, ce qu’il contracte l’habitude de

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chercher et de respecter toujours. II maintient ou rétablit ainsi on principe moral de fixité dans les rapports des hommes, et un principe moral d’autorité dans le gouvernement des États.

Plus l’esprit de famille et l’esprit politique grandiront aux dépens de l’égoïsme viager et de l’esprit révolutionnaire, plus la société française se sentira pacifiée et raffermie sur ses fondements.

Pourtant, ni l’esprit de famille, ni l’esprit politique ne suffiraient à la tâche. Il leur faut le secours d’un autre esprit plus haut et qui pénètre encore plus avant dans les âmes : le secours de l’esprit religieux. C’est le propre de la religion, et de la religion seule , qu’elle a de quoi parler à tous les hommes et se faire entendre de tous , des grands comme des petits, des heureux comme des malheureux, et qu’elle monte ou descend sans effort dans tous les rangs , dans toutes les régions de la

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société. Et c’est l’un des traits admirables de l’organisation chrétienne que ses ministres sont répandus et présents dans la société tout entière , vivant à côté des chaumières comme des palais , en contact habituel et intime avec les conditions les plus humbles et avec les plus élevées , conseillers et consolateurs de toutes les misères et de toutes les grandeurs. Puissance tutélaire, qui, malgré les abus et les fautes où sa force môme et son étendue l’ont entraînée , a , depuis tant de siècles , veillé et agi plus qu'aucune autre pour la dignité morale et les plus chers intérêts de l’humanité. Moins que personne, je voudrais, pour la cause de la religion elle-même , voir renaître les abus qui l’ont altérée ou compromise; mais j’avoue que je ne le crains guère aujourd’hui. Les principes du gouvernement laïque et de la liberté de la pensée humaine ont définitivement triomphé dans la société moderne. Ils ont encore , ils auront toujours des ennemis à repousser, des luttes à soutenir; mais leur victoire

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est assurée. Ils ont en leur faveur les institutions , les mœurs, te passions dominantes, et ce cours général et souverain des idées et des faits qui , à travers toutes te diversités, tous te obstacles, tous te périls, marche et se précipite partout dans le même sens, à Rome, à Madrid, à Turin, à Berlin, à Vienne, comme à Londres et à Paris. Que les sociétés modernes ne craignent pas la religion et ne lui disputent pas aigrement son influence naturelle ; ce serait une terreur puérile et une funeste erreur. Vous êtes en présence d’une multitude immense, ardente. Vous vous plaignez que te moyens vous manquent pour agir sur elle, pour l’éclairer, la diriger , la contenir , la calmer , que vous n’entrez guère en rapport avec elle que par te percepteurs et les gendarmes , qu’elle est livrée sans défense aux mensonges et aux excitations des charlatans et des démagogues, à l’aveuglement et à 1 emportement de ses propres passions. Vous avez partout, au milieu de cette multitude, des hommes

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qui ont précisément pour mission, pour occupation constante, de la diriger dans ses croyances, de la consoler dans ses misères, de lui inculquer le devoir, de lui ouvrir l’espérance; qui exercent sur elle cette action morale que vous ne trouvez plus ailleurs. Et vous n’accepteriez pas de bonne grâce l’influence de ces hommes! vous ne vous empresseriez pas de les seconder dans leur œuvre , eux qui peuvent vous seconder si puissamment dans la vôtre, précisément là où vous pénétrez si peu, et où vos ennemis, les ennemis de l’ordre social , entrent et sapent incessamment!

J’en conviens : une condition est attachée au bon vouloir et à l'efficacité politique de l’esprit religieux ; il veut du respect , du respect vrai , et de la liberté. Je reconnaîtrai même que, dans ses craintes et dans ses désirs, il est quelquefois ombrageux, susceptible, exigeant; qu’il tombe même quelquefois dans le courant des idées fausses, qu’il

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a mission de combattre. Je ferai, aussi largement qu’on le voudra, la part des injustices à subir, des précautions à prendre , et je dirai après comme auparavant : Ne disputez pas aigrement avec la religion ; ne redoutez pas les influences religieuses, les libertés religieuses ; laissez-les s’exercer et se déployer grandement, puissamment; elles vous apporteront en définitive plus de paix que de lutte, plus de secours que d’embarras.

Un jour, quand nous serons près de la nécessité d’agir, lumière indispensable à qui veut faire plus que poser les principes d’action, il y aura à rechercher par quels moyens pratiques l’esprit de famille, l’esprit politique et l’esprit religieux peuvent être convenablement affermis et développés dans notre pays. Aujourd’hui, je n’ajoute qu’un mot. On ne traite pas avec les grandes puissances morales comme avec des auxiliaires soldés et suspects; elles existent par elles-mêmes, avec leurs mérites et leurs défauts naturels, avec leurs bien-

faits et leurs dangers. Il faut les accepter telles qu’elles sont, sans s’y asservir, mais sans prétendre se les asservir, sans leur livrer toutes choses, mais sans leur marchander incessamment leur part. L’esprit religieux, l’esprit de famille, l’esprit politique sont, plus que jamais, dans notre société, des esprits nécessaires et tutélaires. Ni la paix sociale , ni la stabilité, ni la liberté ne peuvent se passer de leur concours. Recherchez ce concours avec sincérité; recevez-le de bonne grâce, et résignezvous à en payer le prix. Pas plus que les individus , les sociétés ne sont affranchies d’effort et de sacrifice pour les biens dont il leur est donné de jouir.

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