Les chasseurs sans houpette
Les exécutions de Florac et de Mende terrorisèrent bien le pays, mais ne désarmèrent pas tous les rebelles, non plus que la prise de Charrier ne découragea ses partisans les plus compromis. Aux malheurs religieux et politiques. s'ajoutait une misère noire, surtout dans l'A'ubrac, où les paysans, fuyant les patrouilles des vainqueurs, abandonnaient maisons et cultures /^t se terraient dans les bois. Meissonnier, juge de Saint-Sauveur, disait alors à un gendarme :
« Peut-être, dans quatre jours, y aura-t-il un rassemblement nouveau : les gens aiment mieux recevoir des coups de fusils que mourir de faim » ; et, le i6 juin, il écrivit aux administrateurs : « Citoyens, je vous avais prévenus de la conjuration de Charrier et vous n'eûtes aucun égard à mes raisons réalisées. Aujourd'hui, je vous préconise en vrai républicain qu'il y a une conjuration cent fois plus enracinée et plus dangereuse que la précédente. Les deux principaux chefs sont l'un d'Aurillac et l'autre de Lyon. Les subalternes dans ce département sont un autre Char^ rier, de Noyant, Boulangers, un parent de Borel et un autre du côté de Florac, dont je ne me rappelle pas le nom. Il se fait ici d'ailleurs un recrutement secret, rapide
1. Aich. Lozère, L 596, 598 et 604. Contre plusieurs complices de iCharrier du canton de Chanac, de Monde et de llieutort.
et avec des progrès extraordinaires ; et, comme les agents de cette conjuration font courir le bruit, pour mieux réussir à la levée, qu'on veut décoller tous ceux qui ont été de gré ou de force avec Charrier, préférant un coup de fusil au tranchant de la guillotine, tout va se ranger avec fureur sous le drapeau de la révolte, 'pas moi, absit] K »
Le prieur de Chambonnas, que seul l'échafaud pourra dompter, poursuivait en effet contre la Révolution S3 lutte sans merci. Le 3o juin, les commissaires de la Convention recevaient des nouvelles alarmantes de Saint-Flour : Allier aurait écrit plusieurs fois à l'abbé Crespin, vicaire de Recoulesd'Aubrac, des billets pourOllier, prieur de la Trinité, et autres chefs de Saint-Côme ; le but de ces dépêches était d'exciter les habitants de ces cantons à se porter, la nuit du 4 juillet, à Recoules; dans celle du 5, à La Pagésie et de là au Bois-Noir, en prenant des vivres pour trente-six heures ; elles annonçaient « que les attroupés venaient au nombre de 6.000 hommes et attaqueraient Le Puy et Saint-Flour ; que Jarrigion, curé de Recoùles-d'Aubrac, recrutait aux environs de Blavignac pour le même objet, et que Crespin disait que la victoire était assurée et qu'il ne fallait pas faire banqueroute au parti. »
Le 3 juillet, un administrateur constatait « que de nouveaux chefs cherchaient à rallier les paysans égarés par le fanatisme et à entraîner de force les réfractaires dans leurs projets liberticides. » A Saint-Chély, une association militaire. Les chasseurs saiis houpette^ attira particulièrement l'attention, et voici ce que Chambon, procureur syndic du district, en écrivit à Châteauneuf-Randon.