‹ La révolution en LozèreChapitre 107 sur 191 · Arch. Lozère, L 106. Lettre de Meissonnier · texte numérisé non relu

Arch. Lozère, L 106. Lettre de Meissonnier

Saint-Chély, 27 juillet 1793.

« A la suite de perquisitions à l'effet de parvenir à découvrir les causes qui avaient donné lieu à la Société du Chasseur sans houpetie, nous avons découvert qu'un certain Lacoste, gendarme de résidence à Saugues, homme d'une taille extraordinaire, était venu dans cette ville sans mission ouverte ; qu'il avait ribotté sans bruit avec les chasseurs et qu'il en avait fait inscrire un certain nombre dans un registre, dont il était porteur ; qu'il leur avait promis de venir les joindre sous peu, à Saint-Chély, avec un bataillon de volontaires de Brioude, dont il pouvait disposer, et qu'après avoir pillé et égorgé tous les patriotes de Saint-Chély, ils iraient camper à Jalès, où ils seraient joints par une infinité de personnes de distinction.

« Nous avons découvert en outre que, depuis quelques jours, les Chasseurs sans houpette faisaient des dépenses énormes, payant sans marchander, et, dans leur ivresse, demandaient à leurs camarades : « Eh bien ! n'es-tu pas de la Société ? » Ils attendent un personnage de marque^ pour se mettre à leur tête. Ces gens suspects sont d'une joie insultante, enrayent publiquement la circulation du papier monnaie, surtout de celle frappée au coin de la République, et assurent au peuple que sous quinzaine les prêtres réfractaires seront réintégrés dans leurs fonctions. L'esprit public est on ne peut plus corrompu. »

Les Saîis-houpette avaient pour chef un ci-devant^ le brigadier Mathieu Lemaire, du Pas-de-Calais, qui avec Lacoste avait fait partie de la garde du roi décrétée par la Constituante. Il raccolait ouvertement. Buvant un jour avec deux chasseurs, il leur ôta la houpette du bonnet de police et comme on lui en demandait la raison : « Vous n'avez, répondit-il, qu'à vous rendre au cabaret n" 229, à un souper payé par un gendarme, qui apporte de l'argent. » A un autre il proposa d'entrer dans la Société, pour aller rejoin-

dre un chevalier de Saint-Louis, qui donnait à ses hommes l'étape et quarante sous par jour.

Il ne cachait pas non plus ses sentiments : « M... pour la république, criait-il ; vive Louis XVII ! » Dans un dîner offert à quatre chasseurs par Christophe More de Serverette, qui trouva bon le pain de munition, Lemaire dit : « Plût à Dieu que celui qui nous le donnait autrefois nous le donnât encore ! » Un autre jour, dans un cabaret, il chanta l'air fameux de Grétry O liicliard^ ô mon roi^ Vunivers t'abandonne ! Dans une autre circonstance, attablé avec deux chasseurs, il disait que les patriotes étaient f... ; que la Révolution ■était renversée et qu'il fallait un roi ; les deux convives ajoutait « que Ghâteauneuf-Randon était un coquin €t que le premier coup de pistolet qu'ils tireraient serait pour lui. » Enfin d'autres chasseurs présentèrent un jour à une femme l'effigie du ci-devant roi sur un assignat, pour le lui faire baiser, en disant : « Il faut un Toi, m... pour la nation ! »

Une propagande si ouverte, dans une telle crise, ne pouvait manquer d'être déférée à l'accusateur public. Le gendarme Lacoste et le brigadier Antoine Masson, •qu'on ne put saisir, furent jugés par contumace; mais le brigadier Mathieu Lemaire fut exécuté à Mende, le -25 août.

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