Arch. Haute-Loire, L. Lettre de Meissonnier, 2 août
Gros et Riou, rommissaires de la Haute-Loire, firent dans les forêts de Soulage et de la Margeride- -^es fouilles, qui n'eurent d'autre succès que de faire écrire par Gros que Meissonnier et autre's donneurs d'avis étaient « très suspects » et cherchaient surtout à se faire valoir. L'avis était bon pourtant et à moins de frais, Jalbert, procureur syndic de la Lozère, eut la main plus heureuse..
■ « Je m'empresse, écrit-il a des amis de Saint-Chély, de vous prévenir qu'hier 17 (août , à deux heures du soir, en questionnant un homme de Thoras, je parvins à découvrir'qu'Allier, prieur de Chambonnas, décrété d'accusation, couchaitchez le maire à Montrezon, dictrictdu Puy. J'en fis part au directoire et au général Laferriere. A l'instant, le commissaire nous annonce qu'il l'amène avec •"trois complices. C'est une victoire pour la republique. »
Jalbert disait bien : c'était une grande victoire que la prise du grand conspirateur du Midi. Donc le 17 août, l'administrateur Martin et vingt gendarmes du Puyde-Dôme partirent de Mende, à cinq heures du soir, marchèrent toute la nuit, arrivèrent à Montrezon, une heure avant le jour, et investirent la maison de Vidal, maire de Thoras. A la porte d'une petite grange, un jeune homme essaye de fuir ; on l'arrête et il déclare s'appeler Alexis Constant, « venir d'un village des environs donner du sel à des bestiaux, avoir couché par occasion dans la grange et se disposer à partir, pour se rendre chez lui. »
Les gendarmes, remarquant trois gîtes dans le foin, y piquent la pointe de leur sabre, font lever un autre jeune homme, armé d'une bayonnette, et trouvent à ' côté» tine veste d'ordonnace, un chapeetu à cocarde blanche et neuf placards imprimés, ordonnant de la
part du roi une prise d'armes dans une dizaine de paroisses de la Margeride ; le tout appartenant à Joseph Carre, déserteur du 14'' régiment de chasseurs ^ cheval et ami intime des Saris-houpette de Saint- Chély. Cependant un troisième individu, qui essayait -de s'évader, tomba dans les bras des gendarmes postés dans l'écurie : c'était Pierre Vidal, propriétaire de la maison et maire de Thoras.
La prise était bonne, mais on ne tenait pas le prieur ; pourtant le lit était chaud dans une chambre, -qui contenait des vases sacrés et des ornements d'église ; de plus, à l'écurie, on avait trouvé une soutane sans manches ; où donc était Tabbé ?
Un gendarme intelligent observa que, dans la cuisine et dans la chambre supérieure, la distance de la muraille était plus large au dessous des meubles qu'au ■dessus et il conclut à l'existence d'une cachette dans le mur. Point d'entrée apparente dans ces deux appartements ; donc elle était en haut dans le galetas. On écarta des ordures mises, pour la masquer, à la première alerte ; on enleva une planche mobile et Ton vit un trou assez grand pour une personne. Un gendarme s'y hasarda d'abord dans l'obscurité, puis avec de la lumière ; y trouva des assignats avec un pistolet chargé et marcha dans un recoin sur une tête, qui 'cria : « Eh bien I je suis ici. »
Après sommation, il monta du réduit « un gros homme, au visage plein, habillé en paysan » : c'était le prieur de Chambonnas, qui, craignant d'être maltraité, dit aux gendarmes : « Je suis à vous, ne me faites point mal. » On lui prit un pistolet, un fusil à -deux coups, un cornet de poudre, une balle, cinq cartouches et une soutane sans manches.
Pour prévenir tout enlèvement, la troupe partit en lâte, se rafraîchit dans l'après-midi à Saint-Amans, ■où quelques patriotes vinrent voir « le monstre », et écroua ses captifs à Mende, vingt-quatre heures après en être partie. Le roup fut rapide et payé trois milîe trancs.
Claude Allier était né à Mende, le 5 juillet 1748, de Jean, tisserand, et de Marianne Marcilhac, originaire de rAve3^ron. Ses études terminées au collège - des Doctrinaires, il fut reçu bachelier en chirurgie à Montpellier, quitta la médecine pour le sacerdoce, qu'il reçut à Avignon, professa la rhétorique à Montpellier et fut enfin nommé prieur de Chambonnas, Ses mœurs furent pures et son dévouement exemplaire. En 1789, il fut un des rédacteurs du cahier de son ordre à Uzès; en 1791, il refusa le serment et se lança hardiment dans la contre-révolution. Espionné par le club des Vans, il dit dans un sermon, le 23 janvier 1792 : « Si mes ennemis, qui sont ici, veulent tirer avantage de mes paroles contre moi, il n'y a rien, non rien, que je ne sois prêt à soutenir devant leurs tribunaux et à sceller de mon sang 1. » L'heure de tenir parole allait sonner; car, le lendemain de l'arrestation, Dalzan se hâta de réclamer la tête du prieur. Ni la matière ni l'indignation ne manquèrent au réquisitoire.
« L'abbé Allier, dit-il, est un de ces monstres que la nature en fureur a produits, pour entretenir parmi les hommes l'horreur du crime... Le cours de ses attentats se divise en trois périodes principales : celle du camp de Jalès, vers la fin de l'année 1790 ; celle de l'invasion du château de Bannes avec le traître de Saillans, l'été de l'an-