‹ La révolution en LozèreChapitre 124 sur 191 · L'abbé Gelly, curé de Barjac · texte numérisé non relu

L'abbé Gelly, curé de Barjac

Le 8 messidor an II — 26 juin 1794, un détachement de la commune de Barjac, composé du maire, d'un officier municipal,, de trois membres du comité de surveillance, de quatre notables et de onze gardes nationaux, alla dans l'après-midi, à Pierrefiche, frapper à la porte d'Anne Soulier. En son absence et en l'attendant, on fit quelques visites domiciliaires dans le village ; puis, Anne Soulier ne revenantj^as, on enfonça une fenêtre, par où passa un garde, qui ouvrit. On trouva diverses provisions, qu'on mangea ; dans un coin, un tas de paille ; par dessus, une paillasse garnie ; à côté, un tas de bois et sous la paille, Antoine Gelly, ci-devant curé de Barjac.

Né à La Blatte, c"'= de St-Laurent-de-*Muret, le 5 février 1724, il avait été ordonné prêtre au Puy et reçu docteur en théologie à l'université de Cahors. Sept gardes nationaux furent chargés de le conduire à Mende sous leur responsabilité. En route, l'abbé Gelly, qui était un vieillard, essaya- de toucher ses conducteurs par le souvenir des soins religieux dont il avait entouré leur enfance ; ce fut en vain : le patriotisme et aussi la méfiance réciproque les avait rendus sourds. ,

La flou des patriotes,

Lous abet à Barjac ;

Abiôou fa lurs dcliços •

De tua lur curât.

Mes Carabas, lou pus suprèmo,

Lou menabo pel bras,

E li disiô : « Pastur rebello,

Tu saras guillotinât 1. »

t. « La fleur des patriotes — vous les avez à Barjac ; — ils faisaient leurs délices — de tuer leur curé. — Mais Carabas, le plus-

^jS LES EXECUTIONS

Le lendemain, le prisonnier parut devant ses juges.

<- Quels sont tes noms, âge, profession et demeure?

— Antoine Gelly, âgé d'environ soixante-dix ans, ancien curé de Barjac, habitant à la cure et depuis quelque temps £rrant dans les campagnes.

— As-tu prêté le serment prescrit par les lois aux prêtres fonctionnaires publics et surtout celui du mois d'août 1790 et 29 novembre de la même année?

— Non, Je ne l'ai pas prêté.

— Où as-tu habité depuis que tu as quitté la maison curiale de ta commune?

— Un peu partout: dans les bois, dans les champs, dans les granges et dans les écuries,

— Dans quelle maison as-tu dit la messe depuis que tu as quitté la maison curiale?

— Je l'ai dite trois fois, mais je ne veux pas déclarer dans quelle maisen.

— Où as-tu célébré la messe, la fête de la Pâque dernière ?

— Nulle part.

— Depuis que tu es errant et vagabond, ne t'es-tu pas réuni avec d'autres prêtres ?

— Non.

— N'as-iu pas des obligations ou des billets?

— IKpeut m'ètre dû environ cent écus par différents particuliers, dont je n'avais ni billet ni obligations.

— Quels sont les noms de tes débiteurs?

— Je ne m'çn rappelle pas ; ce sont des pauvres et la plupart est perdable.

« Et plus avant n'a été procédé. »

féroce, — le menait par le bras — et lui disait : « Pasteur rekelle, lu seras guillotiné. »

Ce couplet de la naïve complainte m"a été dicté par une octogénaire, Mlle Galtier, qui avait vu, enfant, le patriote Carabas, courbé sous le mépris public.

L'abbé Antoine Gelly, coupable d'avoir refusé le serment schismatique et, vu ses soixante-dix ans, de ne s'être pas fait reclure dans le délai voulu, qui avait expiré depuis douze jours, monta sur l'échafaud le 27 juin 1794 — 9 messidor an II K

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