‹ La révolution en LozèreChapitre 129 sur 191 · Arch. Lozère; L 710. Contre Joseph Delestang, de Chirac · texte numérisé non relu

Arch. Lozère; L 710. Contre Joseph Delestang, de Chirac

très de haut, puis s'infléchit à gauche, s'évase et forme un orifice à peu près circulaire, qui sert d'entrée à une belle caverne. D'en bas, rien ne fait soupçonner l'existence de cet asile, dont l'entrée se cache derrière un pli de rocher. La grotte, si elle est accessible, ne peut l'être que par le sillon perpendiculaire, incisé à vif par la nature dans l'épaisseur de la masse ; il peut avoir un mètre de largue, un peu moins de profondeur. Pour aller du sol à ce nid d'aigle, vous demanderiez les ailes de l'oiseau. Ce tour de force fl'est pourtant qu'un jeu pour les poignets d'acier du jeune pâtre de la montagne, qui visite quelquefois la caverne, précisément parce qu'il y a quelque difficulté à le faire, et, quand l'orage tonne au dehors, quand les ardeurs de la canicule embrasent la falaise, il a cette aire pour asile et se passe le plaisir de roi de manger son pain noir dans la grotte de M. Arnal K »

C'estj là en effet que s'était réfugié le curé de Saint- Pierre-des-Tripiers, attendant la fin des mauvais jours dans la prière et recevant d'en haut, au bout d'une corde, les vivres et quelquefois le billet qui l'avertis^ sait des besoins spirituels de sa paroisse. C'était un prêtre édifiant par sa charité. c< Les vieillards, dit le conférencier de i852, nous assurent que, lorsque encore jeunes ils assistaient à ses catéchismes, il retenait, après l'instruction, ceux d'entre eux qui étaient pauvres, pour leur donner un repas. »

Un soir qu'il rentrait d'une course apostolique, sous une pluie qui rendait les rochers plus glissants, il ne put remonter dans son aire qu'en laissant en bas ses souliers et son manteau. Quand il redescendit,' le matin, pour les prendre, il fut pris lui-même par

l. Mgr Solanet, Les Gorges du Turn illustrées, XXXIII, p. 158,

des volontaires de TAriège, guidés par Caussignac, un de ses paroissiens. Conduit à Mende, il fut interrogé le 12 juillet 1794 — 24 messidor an II.

« Pourquoi te réfugiais-tu dans les cavernes?

— Parce que je craignais d'être arrêté.

— Tu te sentais donc criminel, des lors que tu craignais d'être arrêté?

— Je n'avais pas prêté le serment prescrit par la loi^ parce qu'il répugnait à ma conscience.

— Etais-tu seul dans cette caverne?

— J'y étais avec ma nièce.

— N'y as-tu pas été avec de tes collègues?

— Non.

— -Qui vous procurait des vivres?

— Ma nièce les apportait.

— Comment se nomme-t-elle ?

— Marie Jeanne Arnal, de Palias, commune de Conipeyre, district de Milhau.

— N'as-tu pas habité dans ces mêmes gorges depuis un -<;ertain espace de temps avec d'autres prêtres?

— Non.

— Ne sais-tu pas l'endroit ou se retirent d'autres prêtres réfractaires ?

— Non.

— N'as-tu pas été de l'attroupement de l'infâme Charrier?

— Non.

« Et plus avant n'a été procédé. »

Jean Géraud Arnal, âgé de cinquante-sept ans, originaire de Palias (Aveyron), fut condamné à mort et conduit à Meyrueis, pour y être exécuté. « Je vous plains, mon cher confrère », lui dit, selon la tradition, Florit de Latour, ex-vicaire constitutionnel de Nogaret, curé marié de La Parade et administrateur du district de Meyrueis. Renouvelant la réponse de

Bayard mourant au connétable de Bourbon, Arnal ^it à Florit : « Ce n'est pas moi qui suis à plaindre, sc'est vous. » Il commença à réciter le Miserere ; fusillé au I^ré-Nouvel, il fut inhumé près de la chapelle .de la Sainte Vierge '.

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