‹ La révolution en LozèreChapitre 132 sur 191 · L'abbé Delzers · texte numérisé non relu

L'abbé Delzers

En ce même 14 juillet 1794, pendant que l'abbé Hillaire- mourait dans les Cévennes, un autre prêtre était exécuté dans l'Aubrac. Emmanuel Delzers, né à Saint-Chély-d'Apcher en lyôo, fils d'un apothicaire de cette ville, était vicaire à Saint-Laurent-de-Muret dépuis 1789. Le curé, M. du Lignon, étant paralysé à Marvejols. le jeune vicaire resta au service des fidèles,, disant la messe au moulin de Muret, ks jours de fête, et ordinairement dans une grotte, que la nouvelle route a supprimée. Au témoignage de sa sœur, octogénaire en i852, une épidémie sévissait à cette époque et l'abbé venait de secourir un malade, lorsqu'il fut arrêté, le 24 messidor — 12 juillet 1794, par le détachement stationné à La Baume, sous les ordres du lieutenant Montagnon, le même qui avait déjà pris le P. Janvier.

1. Arch. L()Z(''re, L 54'i. Registre contenant la remise des procédures criminelles.

» . L 492. Villefurt, délibérations 20 mess. II.

La Croix de. In Lozère, N" Vi.

Arch. Evêché de Mende. Conférence.<î de 1852 : St-Frézal et Viliefûi't

' l.\ Ul':V0LUTI0N EN LOZÈRE 48/

Delzers, arme d'un fusil, simulait une partie de chasse avec un compagnon. A la vue des soldats^ celui-ci conseilla de tirer, mais l'abbé refusa et fuc reconnu par un patriote du Buisson, nommé Boudon,, qui dit avec un mauvais sourire à la femme de Granier,mairede Saint-Laurent, en lui présentant le captifs « A ce coup, tu seras contente, car je t'amène celui qu'il faut. » Celle-ci feignit de ne pas le reconnaître,, mais l'abbé Dcl/.ers lui dit de dire la vérité. Le prisonnier, confie à la garde de trois hommes pendant que le reste de la troupe allait battre les bois, aurait pu s'échapper, car un des gardiens s'absenta un moment et les deux autres, fatigués de la patrouille nocturne ou peut-être volontairement, s'endormirent ; mais, malgré les conseils du maire, l'abbé refusa généreusement, pour ne pas compromettre toute cette famille.

Dans la prison de Marvejols, il passa une nuit à confesser, obtint d'un paroissien de Saint-Laurent^ nommé Thérond, captif comme lui, qu'il n'achèterait pas sa liberté au prix de sa conscience et partit de là pour Mende, où il fut jugé comme rèfractaire.

Comme pour le P. Portefaix-Borie, il n'y a aux archives que le j.ugement imprimé sur placard que voici :

Au nom du Peuple français, « Le tribumil criminel du département de la Lozère a rendu le jugement suivant : vu par le tribunal le procèsverbal tenu parle citoyen Montagnon, commandant la force armée en cantonnement au Buisson, La Baume et Saint-Sauveur, au sujet de l'arrestation de la personne d'Emmanuel Delzers, ci-devant vicaire de St-Laurent-de- Muret, en date Ju jour d'hier ; l'interrogatoire prêté par le dit Delzers, le même jour, devant l'officier de police du

canton de Marvejols ; l'extrait du procès-verbal de la remise de sa personne dans la maison de justice de ce Jour vingt-cinq ; l'interrogatoire prêté par le même, aujourd'hui devant le tribunal, duquel il résulte qu'il est prêtre âgé de 34 ans, originaire de la commune et district de Saint-Chély, qu'il était vicaire de la commune de St- Laurent-de-Muret et qu'il n'a pas prêté le serment prescrit par les lois des 24 juillet 1790 et 29 novembre de la même année ; vu aussi la loi des 29 et 3o vendémiaire dernier ;

« Ouï l'accusateur public en ses conclusions verbales sur l'application de la loi ; considérant qu'Emmanuel Delzers était sujet à la déportation d'après l'art. X de la loi des 29 '€t 3o vendémiaire dernier ; considérant qu'il n'a pas satisfait aux dispositions de l'art. IV de la même loi, le tribunal criminel, jugeant en dernier ressortsans recours à cassation conformément à la loi du 27 pluviôse dernier, condamne Emmanuel Delzers à la peine de mort et ordonne que le présent jugement sera mis à exécution à la diligence de l'accusateur public.

« Fait et prononcé à Mende, aujourd'hui 25 messidor an II de la République une et indivisible.

« Léon Velay, président, Aldebert Cayla, Louis Alexandre Jourdan et Pierre Rastoul, juges 1. »

Après sa condamnation, il fut ramené à St-Laurent, pour y être fusillé. Les bourreaux voulaient terroriser la population, en la rendant témoin de son supplice ; -mais la population fut sourde à leur appel ; le seul qui fut présent, Remize, y fut traîné de force et se mit courageusement à genoux à côté de l'abbé Delzers. Celui-ci, conduit au pré du C/aous, distribua à ses bourreaux douze francs qui lui restaient et refusa de se laisser bander les yeux. «Feu ! » commanda le chef, et le jeune prêtre tomba le 14 juillet 1794 — 26 messidor an n.

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