‹ La révolution en LozèreChapitre 142 sur 191 · Aujuurdhui maison l^eytavin-Laurens · texte numérisé non relu

Aujuurdhui maison l^eytavin-Laurens

LA RÉVOLUTION EN LOZERE bO"/

de temps qui m'en reste, dans un grenier à foin ou dans le premier abri que je trouverai. » A ces mots, Tabbé quitta le pêcheur; à la fontaine du Muscadel, il dévia dans un champ, prit à un poirier une échelle, .^u'on y avait laissée probablement à dessein, la dressa vers une fenêtre ouverte sur l'aire et s'introduisit dans la maison.

Un journalier matinal, témoin de la manœuvre, voulut prévenir le propriétaire de la pi'ésence de cet inconnu ; mais il se heurta dans la basse-cour à une sentinelle armée, qui le retint au large, disant que ceux qui seraient dehors y resteraient comme aussi ceux qui seraient dedans. La maison fut cernée par quatre ou cinq volontaires. Un sergent vit par une petite fenêtre un prêtre, qui disait la messe, et finit par trouver un petit escalier conduisant dans un réduit; un caporal enleva une planche et aperçut le prêtre, qui lui dit: « Ne me fais pas mal. » Le chef de la troupe demanda le maître du domaine. « C'est moi, dit le vieux Bonnemayre — Il faut me suivre, repartit le commandant — Bien volontiers, dit Bonnemayre; mais je suis le vieillard de la maison et j'ai donné tout mon bien. » A ce propos, son fils s'approcha, tout surpris de l'aventure, et accepta de suivre, si on voulait l'emmener. Chemin faisant, l'abbé, pour mettre son hôte hors de cause, dit à l'agent municipal de La Canourgue que c'était à l'msu de Bonnemayre qu'il s'était introduit dans sa maison.

Conduit à Mende, l'abbé Jourdan parut devant l'administration centrale, le i fructidor an ii-i8août

« Interrogé, il répondit s'appeler Jean Jourdan, âgé d'environ cinquante ans, prêtre, chanoine à Bédouès, n'ayant

5o8 LES EXÉCUTIONS

pas eu de domicile fixe depuis environ cinq à six ans^ s'étant caché pour se soustraire à la rigueur des lois; n'avoir pas fait les soumissions et serments prescrits par les lois; n'avoir jamais non seulement quitté le territoire de la République, mais encore n'être sorti du département que momentanément, pour aller dans les départements du Gard et de l'Aveyron, pour quelques voyages de peu d'heures. »

Sur quoi, l'administration arrêta:

Art. I.

<( Faute par le dit Jean Jourdan d'avoir obéi aux dispositions de l'art. 2 de la loi du 26 août 1792, relative aux prêtres qui n'ont pas prêté le serment, et en exécution de l'art. 5 de la même loi, Jean Jourdan détenu sera traduit à la Guyane française.

Art. II.

« Le commissaire du Directoire exécutif demeure chargé de le faire traduire sous bonne et sûre garde au port de Rochefort. »

Parents et amis s'agitèrent en sa faveur et « cherchèrent à surprendre la religion du guichetier par l'appât d'une récompense pécuniaire »; mais celui-ci prévint l'autorité que des individus mal intentionnés se disposaient à forcer la prison. La municipalité demanda de renforcer les sentinelles, et le commandant de la place, privé d'hommes à cause des exigences du service, s'adressa îi la garde nationale, qui refusa de marcher pour pareille besogne. Malgré tout, Jourdan ne fut pas délivré et partit pour Rochefort.

Son frère recruta aussitôt une troupe de quatrevingts montagnards du mont Lozère, qui, traversant le causse de Sauveterr.e, courut vers rAve3ron, pour arrêter le convoi; mais elle le manqua et ne trouva

M^ de CKa ( e au i\e iiira ndoii

Député de Mende en Gevaudau

Ahbi DHLOX, La Kcvolntion .;/ l.o/.ac. .Musée de I.i Société des I.etlris de l.i I.o/ère.

LA RÉVOLUTION EN LOZERE %g

<]ue les gendarmes de retour entre Banassac et Saint- Laurent-d'Olt. Le brigadier les aperçut, vêtus de matelotes blanches, à l'abri de la lune indiscrète, rangés sous des noyers.

« Etes-vous le commandant de cette troupe? demanda-t-il à l'un d'eux.

— Il n'y a point ici de commandant, répondit l'inconnu.

— Belle troupe! observa le brigadier; marchez et faites votre chemin », ajouta-t-il avec prudence, en comparant ses forces aux leurs.

Cependant l'abbé Jourdan rejoignait en route d'autres victimes de Fructidor, expédiées aux marais pestilentiels de Sinnamary, qui mettaient en terre, au bout de quelques mois, les trois quarts des déportés; mais la constitution du prêtre lozérien lui permit de résister à la fièvre et au climat ^ .

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