RÉVOLUTIONNAIRE
X.a Société populaire de Mende . Organisation intérieure ; affiliation au club des Jacobins, délation, haine du christianisme, patriotisme de la Société. — Les comités de surveillance. La chasse aux suspects à Mende, à Saint-Chély, au Malzieu, au Born, à Chanac, à Saint- Alban; la loi du maximum à La Canourgue, à Saint- Jean-la-FoulUouse, à Mende; les terroristes de Langogne, de Villefort et de La Canourgue. — Les maisons de réclusion. Misère et souffrances des reclus à Mende, à Marvejols, au Malzieu et à Langogne ; lettre d'un reclus « patriote », lettres de Rosette de Retz à Alix Jourdan-Combettes et de madame de Longevialle à ses fils.
Il semble que le peuple, après avoir élu ses nombreux représentants à la Convention, au département, au district, à la commune, à la garde nationale et aux divers tribunaux, aurait dû se reposer sur eux du soin de veiller à la chose publique, sauf à les contrôler et à les remplacer au besoin. C'eût été assez beau rôle et assez grand travail pour la compétence et
Tactivité du nouveau souverain. Mais le dogme révolutionnaire renfermait d'autres conséquences. Le peuple souverain n'abdiquait jamais ; ses représentants n'étaient que ses commis et il gardait toujours le droit d'intervenir dans leur gestion, de les gourmander à toute heure, de les commander enfin comme ses serviteurs, ce qu'il fit ardemment dans les Sociétés .populaires. Il y en eut en Lozère moins qu'ailleurs : l'esprit public n'était pas favorable à la Révolution ; aussi n'en trouve-t-on pas trace en dehors des chefslieux de district, des cantons principaux et de quelques rares communes.
Il ne nous reste que le journal des Sociétés de Mey- Tueis et de Mende ; la première étant moins importante que la seconde, il a paru préférable d'étudier directement celle-ci, sauf à renforcer, par des notes tirées de celle-là, le tableau de ce club animé d'esprit jacobin, de haine pour la religion chrétienne et d'ardent patriotisme. A quoi si l'on ajoute quelques détails sur les comités de surveillance et les maisons de réclusion, le lecteur verra jouer chez nous, après le tribunal révolutionnaire et la guillotine, les principaux rouages du gouvernement terroriste.
La poignée de patriotes, amis de la Constitution, que de Borel vexait au temps de la Constituante et traquait aux journées de février 1792, respirant plus à Taise après le décret du 28 mars, allaient être, en ce terrible an II de la république, les maîtres de la cité, sans mandat et irresponsables. Dès le mois d'avril 1793, ils se constituèrent en Société populaire au siège du club primitif, dans le jardin de l'évêché ; mais avec la Terreur l'enceinte bientôt ne suffit plus.
« 4 novembre 1793. Un membre a dit : « Je vois avec la plus grande satisfaction que le nombre des personnes qui assistent à nos séances augmente chaque jour. Déjà la salle est trop petite pour que tout s'y passe dans l'ordre. Je propose donc de l'agrandir ou d'en chercher une plus grande ; alors on pourra aisément indiquer un endroit pour les frères et sœurs de la Société et un autre pour les candidats ; le reste de la salle servira pour les externes^ qui viendront recevoir et sucer les principes du plus pur patriotisme. »
Finalement, après examen, on ne trouva rien demieux que la cathédrale, devenue temple de la Raison, et la Société s'installa dans le chœur, fermé au grand public par une clôture et un jubé. Comme un fanatique voulait brûler les stalles, on lui fit observer qu'elles serviraient aux sociétaires aussi bien qu'autrefois aux chanoines K Puis, peu avant l'institution du culte de l'Etre suprême, la Société revint au berceau primitif, du reste pour peu de temps ; car le 14 floréal an II, « il fut délibéré, sur la motion du représentant du peuple, que le iS floréal, les séances et la Société se tiendraient à l'église des ci-devant Doctrinaires -, la salle étant trop petite pour contenir l'affluence des gens. »
Mais on s'aperçut là aussi que la quantité des jacobins n'améliorait pas la qualité du jacobinisme. On épura avec rigueur jusqu'aux deux seuls nobles