Arch. Evêché de Mende. Conférences de 185-2, Nasbinals
prise de Marvejols par Charrier, l'abbé Toiron, vicaire de Prinsuéjols, dit à l'aubergiste Flourou: « Je suis celui que poursuivait Aimeras ; s'il avait avancé un pas de plus, il était perdu. » On trouva dans la maison deux gobelets pouvant servir de calice, un bréviaire et deux purificatoires i.
En plusieurs circonstances, les autorités même ■furent complices. On a vu plus haut, au sujet de l'abbé Chardon, la conduite du brigadier de Châteauneuf-de-Randon. Voici un trait de dévouemerit ■à peu près semblable.
Séguron, maire de Laval-Atger, fut dénoncé comme receleur de prêtres. Le district de Langogne -envoya immédiatement cent cinquante hommes et deux brigades de gendarmerie ; mais Cancé, maréchal des logis, avisa Séguron de la visite domiciliaire. Le lendemain, il fit cerner la maison, entra avec quatre ou cinq hommes et ne trouva rien de suspect ; après quoi il dit : « Je vous avait bien dit ■que Séguron était bon patriote. » On congédia le gros de la troupe, et Séguron le patriote retint à dîner la gendarmerie.
Antoine Barbut dit Boulonnet, gendarme originaire de Ghanac, en résidence à Marvejols, manda un jour sa belle-sœur et lui confia que la brigade allait venir à Chanac, pour rechercher le curé. « Prévenez-le dès ce soir, ajouta-t-il. Dès que vous nous verrez paraître, vous nous suivrez et, si nous approchons de la maison où il est, chantez alors pour l'avertir. » La conventionné fut pas inutile ; car, au moment où les gendarmes allaient cerner la maison de Marie
1. Arc'h. Lozère, L (iîO. Contre Boussujî'e et la Vve Conort. de rriiisuéjols. (Bovissuge et Elisabeth Pages, veuve Conort, furent •acquittés.)
Cordesse, l'abbé Roche, entendant chanter des voix de femme, ouvrit la fenêtre, sauta sur un frêne voisin €t s'enfuit.
, Le curé d'Hures nopcime encore Teissier, brigadier à Meyrueis. « Je tiens le fait, dit-il, d'un témoin oculaire, qui avait profité de cette sympathie. Il est certain que, par des avis donnés et des précautions prises, Teissier sauva la vie à l'abbé Poujol, curé d'Hures, à l'abbé Martin, curé de La Parade, et à plusieurs autres prêtres et chrétiens fidèles. D'abord chef de la gendarmerie, il fut dégradé et mis en sous-ordre dans la même brigade, parce qu'il ne poursuivait pas assez vigoureusement les réfractaires, au gré des démagogues du district. »
Sur le causse Méjan, « Aipignae^ de Versels, homme dévoué et intrépide, écrit l'abbé Moulin, curé de Saint-Préjet, avait pris des airs révolutionnaires tels, qu'à le voir et à l'entendre, on l'eût pris pour le plus grand patriote que la Révolution eût enfanté. Chargé de pourvoir à la subsistance des troupes, il fut toujours ^ssez habile pour prélever de quoi entretenir tous les prêtres qu'il cachait dans sa maison. »
A Javols, le curé Boussuge devisait un jour tranquillement avec le maire J.-B. Salles dans la maison de celui-ci. Soudain on entend des pas de chevaux ; vite on ouvre un pétrin, le curé s'y enferme et le maire va ouvrir. Aimablement il fait entrer ses hôtes et leur offre à boire sur le couvercle même du pétrin, où le curé, raide comme une momie, « tient son vent » et écoute les hussards de la république boire peut-être à la mort du calotin i.
1. Arch. Évèchc de Mende. Confciences de 1852: Chanac, Hures, St-Préjet et Javols. ■
Dans la commune voisine, à Lachamp, le maire semblait se donner beaucoup de mal à la chasse des prêtres et cependant recevait le vicaire à sa table. Un jour qu'il avait requis le village des Vernets pour une expédition contre deux prêtres étrangers, il vint dire, après quelques recherches, qu'il n'avait rien trouvé. « Tu es heureux de n'en pas conduire, lui dit un paysan, armé de son fusil ; sans quoi tu étais mort. » Une autre fois, le même maire eut à reconnaître deux prêtres, que deux soldats avaient surpris. « Voulezvous bien lâcher ces deux pauvres domestiques », dit-il aux volontaires, qui sur cela les laissèrent aller. Ils s'aperçurent peu après de la supercherie et l'affaire pouvait devenir grave pour le maire ; « mais, conclut le narrateur avec bonhommie, il l'arrangea, comme on arrange les affaires de cette nature dans notre pays, avec du vin. »
Le cas du curé domestique se répéta h Saint-Chély pour l'abbé Breschet, curé de Saint-Pierre-le-Vieux. Pris dans un village, il fut conduit au magistrat du bourg, qui, l'aj^ant reconnu, le fit passer poi«r un bouvier paresseux, demeurant à Sarroul, l'accabla de reproches et le menaça de le faire arrêter pour vagabondage, s'il continuait ainsi. Le bouvier reconnaissant gagna le large sans protester.
Ce n'était pas la première fois que l'abbé Breschet jouait le rôle de serviteur ; seulement au lieu de l'accepter, il l'avait déjà pris. Un détachement le surprit un jour au village de Fosse. Rapidement le curé chargea une claie sur ses épaules et passa au milieu des soldats, pour la porter au parc. Une autre fois, cerné dans la maison de son père, à Saint- Chèly, il prit hardiment le costume de la servante et, pendant
qu'on s'apprêtait à le saisir, il sortit avec un seau vers la fontaine, d'où il ne revint pas •.
On pourrait allonger la liste de pareils exemples ; je finis par deux traits de pays protestant. L'abbé David Boussuge, de Prinsuéjols, était un prêtre de grand courage et de grande vertu. Quand il fut nommé au Collet-de-Dèze, le souvenir de la guerre des •Camisards n'était pas encore éteint. Un jour que protestants et catholiques allaient en venir aux mains, le curé se jeta entre les deux troupes. « Allons, Monsieur le ministre, cria-t-il au pasteur, un peu de charité ! faites tairç vos ouailles et je me charge des miennes. » Ce disant, il crève d'un coup de canne le tambour qui battait la charge, pousse les gens vers leurs demeures et évite ainsi l'effusion du sang.
Réduit à se cacher pendant la Terreur, il fut un jour entrevu par un patriote fougueux, qui courut chez le maire Larguier, du Castanet. « Ai bis la lèbre, criat-il ; es à la Borio, lou caloutin,.. J'ai vu le lièvre, il est à la Borie . — Sois tranquille, lui dit Larguier, je vais envoj^er des gendarmes à ses trousses. » Mais au préalable, il dépêcha un messager fidèle à l'abbé Boussuge, qui déguerpit plein de reconnaissance pour le généreux protestant.
A Saint-Andéol-de-CIerguemort, un autre Larguier, protestant encore, abritait sous son toit le curé de la paroisse, l'abbé Chas, son ancien professeur. Celui-ci cependant ne voulait pas coucher dans la maison, par crainte d'une surprise. Il avait fait établir un lit dans un ravin voisin et, la nuit venue, il }■ descendait par une échelle, qu'une personne de confiance retirait et rapportait le matin au chant du coq ^.
1. Aich. Evéché de Meiidc ('onférent-cs de 185'2, St-Chély-d'Ap. 1. Aich. Evéché de Meride. Conférences de 1862, Saint-Andéol.
Donc les prêtres furent ardemment soutenus ; mais quand, malgré tout, on se méfiait de quelques patriotes, on savait bien les forcer à être complices à leur tour. « Il m'a été rapporté, écrit l'abbé Gineste, par Antoine Palmier, témoin oculaire, que l'abbé Lombart, curé de Saint-Bauzile, se trouvant au village des Fonts, une nuit du samedi au dimanche, fut sollicité de dire la messe chez un patriote suspect. On s'empara de sa maison et, pendant que des sentinelles faisaient au dehors bonne garde, le saint sacrifice fut offert au dedans, près du lit, où le propriétaire, sommé de rester, n'osait ni remuer, ni parler. La messe finie^ les voisins lui dirent qu'il était compromis tout le premier, et que, si jamais il avait le malheur de dire un mot contre les prêtres ou leurs receleurs, on le conduirait aussitôt en prison '. »
Au reste, plus d'une fois, les paysans se firent justiciers. Il y avait à Banassac un patriote, qui épiait l'occasion de faire arrêter le curé et gênait ainsi toute la population avide de secours religieux : c'était Dumas, ex-administrateur du district de Marvejols» En messidor an III, il alla en compagnie d'un jeune homme de dix-neuf ans, fils de Seguin, maire de Banassac, chercher une provision de vin au Liaucoux. Au retour, il dit à Malet, aubergiste de La Bastide, qui l'invitait à boire un coupj « J'ai rencontré tout près du Massegros trois individus, à qui j'ai dit « Bonjour, citoyens »; mais ils m'ont répondu: « Il n'y a plus de citoyens ; ils sont f... » Comme l'aubergiste voulait le retenir, crainte qu'il lui arrivât malheur, Dumas refusa même qu'on l'accompagnât et repartit avec son jeune compagnon.
1. Arch. Evêché de Mende. Conférences de 1852, Saint-Iîauzile,
LA RÉVOLUTION EN LOZÈllE 547
, Près du village du Duc, deux hommes, armés de fusils de munition, crièrent aux voyageurs: « Arréte2: ou vous êtes morts! » L'un des brigands dernanda: « N'es-tu pas le cit03^en Dumas, ex-administrateur ? — Si, répondit Dumas. — C'est toi que nous voulions trouver » ; puis s'adressant au jeune Seguin : « Pour toi, fais ton chemin et dis à ton père d'abandonner ses fonctions publiques, s'il en a. » Ils invitèrent ensuite Dumas à entrer dans le bois de la Baume noire, en lui disant qu'il aurait bientôt fait. Comme Dumas ne se pressait pas, ils l'entraînèrent de force et lui tirèrent deux coups de fusils ; la victime eut encore la force de faire quelques pas vers son compagnon, mais un des meurtriers l'acheva, en lui brûlant la cervelle d'un coup de pistolet, et l'on fit savoir au curé de Banassac qu'il pourrait désormais exercer son ministère avec tranquillité i.
L'abbé Bonnel, grand vicaire et administrateur du diocèse depuis la mort de Mgr de Castellane, qui se cacha longtemps chez Clavel, aux Tronquettes, reçut un jour l'hospitalité à La Malène, au moulin de Monginoux, avec un autre prêtre et Victor Laurans, de Mende, un des lieutenants proscrits de Charrier. C'était un vendredi. Une femme, venue au moulin, remarqua que l'on portait une omelette à l'étage supérieur et comprit que ce plat maigre n'était pas destiné à des patriotes. Lorsque, un peu plus tard, trois hommes sortirent de la maison, elle leur cria au passage : « Malgré votre déguisement, je sais bien qui vous êtes et, si je voulais, votre tête ne tiendrait pas longtemps sur vos épaules. » L'abbé Bonnel et son confrère pressèrent le pas sans mot dire ; mais Victor Laurans,
1. Arch. Greffe du Tribunal de Mende. Contre Pierre Porfalier. (Celui-ci ne fut pas convaincu d'être le meurtrier de IJumas).
rebroussant chemin, alla droit à elle et sortant son pistolet: « Tu menaces ces prêtres, lui dit-il, parce que tu sais qu'ils ne te feront rien ; mais moi je ne suis pas prêtre : si jamais tu parles, je te brûlerai la cervelle. » La femme se tut et les proscrits gagnèrent tranquillement le causse '.
A Servières, une femme, accusée de dénoncer les prêtres, dénonça aussi, comme réfractaires, des jeunes gens attirés par la fête votive. Ceux-ci, la nuit venue, se mirent à faire rouler de grosses pierres dans le village, pour faire rentrer les gens chez eux; puis dans l'ombre, ils assassinèrent lâchement la malheureuse et laissèrent son cadavre devant sa maison.
Voilà la vengeance de rudes laïques; voici celle des curés. L'exemple est tiré de la monographie judicieuse et précise de la paroisse de Saint-Pierre-le-Vieux. On ne comptait dans la commune que quatre patriotes, dont le plus forcené était Pierre Fournier, expert- -géomètre, de Chabanettes. Le 14 pluviôse an III — 2 février 1795, il fut atteint d'une fluxion de poitrine, qui le mena rapidement aux portes du tombeau. II y avait alors à Vareilles une humble servante, nommée Marianne Mialane, qui fut, pendant la tourmente, à l'affût des besoins spirituels de la paroisse, pour en avertir les pasteurs, dont seule, avec une autre jeune fille, Marie-Louise Dalle, elle savait la retraite. Elle se présenta donc chez le malade, lui parla de confession et proposa six prêtres à son choix. « Fournier n'était point dans le délire, quand il reçut ces propositions ; c'est ce que nous ont assuré plusieurs personnes en relation avec celles qui se trouvaient alors présentes
1. Je tiens ce trait do Mjir Victor Lauians; évéque de ("ahors, qui le tenait lui-même de son grand-père.
et c'est ce qui nous a été confirmé par Marianne Mialane, malgré son extrême réserve sur la personne d'autrui. Au lieu d'accueillir favorablement ces offres, qui mettaient la liberté et la vie même des prêtres en danger, F^urnier répondit : « Il y en a encore quelques-uns de ces b...! donnez-moi mon fusil et je brûle la cervelle au premier d'entre eux qui aura l'audace de venir chez moi. » Marianne, effra3'ée d'une telle réponse, quoiqu'elle connût bien Fournier, dont le nom seul inspirait la terreur, se rendit à Ortizet, où les prêtres attendaient son retour. On décida que plusieurs tentatives seraient encore faites le lendemain et, si Fournier persistait dans son obstination, un des prêtres irait chez lui. Les nouvelles du i6 et du 17 n'étant pas meilleures que celles du i5, il fut convenu que le curé irait offrir les secours de son ministère à ce malheureux. »
L'abbé Breschet n'avait pas à redouter Fournier dans l'état où le mal l'avait réduit, mais il y avait dans la maison un serviteur aussi impie que le maître €t l'on prit quelques précautions. Marianne Mialane réunit chez Fournier quatre filles déterminées et leur donna la consigne : trois devaient surveiller le domestique au coin du feu, pendant que l'autre essayerait d'inspirer au malade des sentiments chrétiens.
A l'heure dite, le curé arriva en bonnet rouge et veste grise et souhaita aimablement le bonjour à Fournier. Pour toute réponse, celui-ci cria au domestique : « Attrape-le ! attrape-le ! tu vois bien que je ne puis me lever; tue-le ! » Mais au premier mouvement du serviteur, ses gardes le saisirent résolument et le menacèrent de le garrotter, s'il ne se tenait coi. L'abbé Breschetn'obtintriendumaladeendurcietdutseretirer plein de tristesse. Quant aux quatre paysannes, elles
ne lâchèrent leur prisonnier que lorsqu'il ne put plus voir la direction prise par le curé.
Dans la soirée du 17, toutes les bonnes âmes se mirent en prière, mais Fournier résista toujours. Ce même soir, plusieurs personnes l'engagèrent à régler du moins ses affaires temporelles; il répondit d'une voix forte : a J'aimerais mieux que quatre mille diables se partageassent mon bien. » La maladie empirant, on essaya encore; mais il fallut le laisser mourir impénitent, ce qui arriva le lendemain matin, aprèsde grandes souftrances. »
Enfin, pour clore ce chapitre, j'emprunte encore à cette monographie le récit d'une aventure pittoresque, qui arriva au curé de la paroisse, pendant la célébration d'une messe en pleine Terreur. Les vieillards n'en avaient oublié ni la date ni les émouvantes péripéties.
C'était le dimanche 3 juillet 1794, jour de fête votive pour la paroisse de Saint-Pierre. La garnison du Malzieu, qui avait calculé que ce jour-là le curé dirait la messe et qu'ils le prendraient, ne se trompa qu'à demi. L'abbé Breschet en était à VAgnus Dei^ quand, vers dix heures du matin, les hommes du guet signalèrent; l'ennemi à la descente d'Ortizet. Le célébrant raccourcit les oraisons, deux paysans le déshabillent en hâte et le poussent hors de la maison, pour le cacher dans une autre plus sûre. Déjà les soldats sont au fond du village et l'abbé Breschet reste là, tout interdit en face du danger. Alors un paysan vigoureux et de sang-froid le porte au pied d'un cerisier et le hisse dans les branches feuillues.
Les révolutionnaires arrivent, vont droit à l'église vide, remarquent la maison d'où sortent encore quelques personnes et la fouillent de fond en comble
vainement. Furieux, ils retournent à l'église, enlèvent chaises et bancs, table de communion, chaire et confessionnaux, entassent le tout devant la porte et y mettent le feu, en vomissant toute sorte de blasphèmes, le curé entendant et voyant tout à travers le feuillage du cerisier. Cependant à l'écart, les femmes pleuraient sur la profanation de l'église et les hommes y assistaient mornes et silencieux, retenus par le péril du curé. Quelques-uns pourtant s'éloignaient par intervalle, pour charger trois ou quatre mauvais fusils ou pour réunir leurs gros bâtons, résolus, au cas où le curé serait découvert, à en jouer sur les os des patriotes. Ceux-ci, après l'incendie, se dispersèrent par groupes dans le village, passant et repassant sous le cerisier, pour chercher le réfractaire ; puis de guerre lasse, ils repartirent pour Le Malzieu et ce ne fut qu'à sept heures du soir que prirent fin le jeûne et l'angoisse du célébrant '.
En ce mois de juillet 1794, la France aussi allait voir finir la terrible angoisse, sinon la persécution religieuse. Le culte de la Raison était aboli et remplacé, sur l'initiative de Robespierre, par celui de l'Etre suprême. Le nouveau culte eut les mêmes fidèles et le même succès. La grande cérémonie consista, je crois, dans beaucoup de communes à remplacer, sur les églises catholiques profanées, l'inscription de « Temple de la Raison » en celle de « Temple de l'Etre suprême. » On fit un peu plus à Mende, le 8 juin 1794, grâce au zèle de la Société populaire. Voici le programme minutieux tiré du registre de ses procès-verbaux.
1. Arch. Evêché de Mende. Couférenees de ISô?, 8aint-Pierre-Ie- Vieux.
« La garnison fournira trois détachements placés au commencement, au milieu et à la fin du cortège. Les autorités marcheront en masse et avec leurs signes distinctifs sous là bannière du département ; deux grands drapeaux, l'un du district, l'autre de la municipalité, seront portés à la tête des deux colonnes du peuple.
« Les sexagénaires des deux sexes marcheront sur deux files séparées et porteront un ruban violet, les hommes a la boutonnière et les femmes au côté gauche ; les hommes ïhariés ainsi que les femmes marcheront sur la même ligne €t porteront un ruban bleu ; les jeunes gens, depuis quatorze ans et au-dessus, seront décorés du ruban rose ainsi que les citoyennes de même âge ; l'adolescence viendra immédiatement : ils seront Tun et l'autre décor:és du ruban blanc ; les jeunes citoyennes demeureront invitées d'être vêtues de blanc, portant un ruban tricolore en écharpe.
«Le cortège sortira du temple de l'Etre suprême et se rendra à la porte d'Angiran, où il sera dressé un autel à la Patrie, devant lequel on chantera des hymnes analogues à la fête ; le cortège fera le tour de la commune, en descendant l'Allée et on entonnera une hymne à chaque station, que le cortège fera à pied, de chaque arbre de la Liberté L »
Témoins de cette procession — cortège, l'incrédule pouvait penser que c'était touJ,ours les mêmes « momeries » et le catholique devait regretter les pompes de la Fête-Dieu.
A midi, repas civique en plein air, au Pré-Vival, malgré « le peu de vivres et de moyens » ; à deux heures, discours-sermon par Dibon, ex-bénédictin, président de la Société populaire et ci-devant prédicateur de la déesse Raison. Le « montagnard Pierre Tarteron » composa, sur l'air de la Marseillaise, une
1. Arch. Lozère, L 532. Société populaire de Meiule, 23 prairial -an II.
« hymne sublime », que le représentant du peuple fit imprimer à six cents exemplaires et dont voici la dernière strophe :
Au haut de la Montagne auguste
Ou siègent toutes les vertus,
Un sénat redoutable et Juste
Nous retrace tes attributs: bis
La sagesse lui sert de guide,
L'équité dicte ses décrets,
La bonté répand ses bienfaits
Et la puissance est son égide.
Protège un peuple libre à l'ombre de la loi ; Grand Dieu bis) ! l'encens qu'il t'offre est seul digne de Toi !
Les fidèles de l'Etre suprême étaient les cinquante patriotes, indigènes ou étrangers : protestants, incrédules ou franc-maçons, qui précédemment avaient d'abord assisté à la messe constitutionnelle de Dibon, Pauliac et Nogaret, puis, après avoir brûlé les images saintes, avaient offert l'encens à la déesse Raison, et qui plus tard bailleront aux réunions du décadi et aux fêtes des théophilanropes, avant de revenir au culte de leurs pères catholiques ou protestants, sur un signe de Bonaparte, ou de retourner à leur franche incrédulité.