CHAPITRE
LE DEPARTEMENT DE LA LOZERE
Xe Velay contre le Gévaudan ; la ville de Saugues se joint au Puy : colère des paroisses voisines. — Acquisition de Villefort et de Meyrueis. — Services de Joseph Rivière. — Nom du nouveau département : pas les Hautes-Cévennes ni les Sources, mais la Lozère. ^ Rivalité de Saint- Chély et du Malzieu. — Division administrative et critique de cette division.
En obtenant pour le Gévaudan le droit de nommer lui-même ses représentants aux Etats généraux, l'abbé de Siran lui rendit un service plus grand qu'il ne pensait '. Car à propos de la nouvelle division administrative de la France en départements, les députés de ce « pays » eurent à défendre non pas quelques-uns de ses intérêts, mais bien sa propre personnalité contre les entreprises du Velay et de .Nîmes.
1. Abbé .1.-13. l)('k)ii : Lr.s Elections (h- llH'.l en Gécuuituiiy passiin .
LE DEPARTEMENT DE LA LOZERE
Ils écrivirent un mémoire pour établir le droit de leur « pays » à former seul un département nouveau. Les raisons ne manquaient pas : la nature l'avait à peu près séparé de ses voisins par les Cévennes, la Margeride, l'Allier, le Bès et TAubrac ; le Paréage de i3o7 l'avait, pour des siècles et par une situation exceptionnelle en France, rangé au temporel sous le sceptre du roi et la houlette de l'évêque ; enfin la liquidation des dettes communes à la province et particulières au diocèse s'opposait à un démembrement.
Mais dans le plan du comité de constitution, le Languedoc ne devait fournir que six départements, ce qui ôtait tout espoir au Gévaudan et ne lui laissait que la perspective d'être partagé entre Nîmes et Le Puy. Le 20 octobre 1789, Rivière écrit qu'il a pu voir les plans d'arrondissements : « C'est Saint-Etienne, dit-il, qui les a dirigés pour notre partie, et ce député fait l'impossible , pour en donner un à Nîfnes, en joignant le Gévaudan au Puy jusques et inclus Florac. » Rivière fit des observations, qui restèrent vaines, puisqu'il écrit encore six jours plus tard : « L'on a remis, dans la carte qu'on a affichée, le démembrement du Gévaudan comme la première fois : partie est jointe au Puy et partie à Nîmes. Nous ferons tous nos efforts, pour contrecarrer ce plan destructeur K »
Après de longues négociations, nos députés ob^tinrent que la province aurait un département de plus. A raison de trois cent vingt-quatre lieues. carrées et de trois cent mille habitants exigés pour la nou-r vellc unité administrative, le Lauraguais, l'Albigeois^ les pays de Carcassonnc, de Montpellier, de Nîmes,
1. Bulletin Lozère 1882 I. Documents relatifs à la l'oniiafion du département de la Lozère, j). 120.
€t le Vivarais formaient déjà six départements du Languedoc. Restaient, pour former le septième, deux pays bien distincts, le Gévaudan et le Velay. Le premier avait la superficie, mais pas la population ; le second n'avait ni l'un ni l'autre, et cependant « le plan-, c'est le Vêla}', écrivent Charrier et Rivière ; on ne veut pas faire les départements hors de la province ; cela, est presque décrété. Ce pa3's n'a que cent soixan cedouze lieues carrées ; il faut lui en donner dans le Gévaudan ou dans le Vivarais, et ce sont ses députés qui nous attaquent avec force '. »
Le Velay proposait au Gévaudan des compensations sur Nîmes ; mais le toisé exact de ce département ne les permettant pas, il se tourna d'abord vers l'Auvergne, pour lui prendre Brioude et quatre-vingts lieues,, ce qui portait sa superficie à deux cent cinquante-deux lieues carrées ; puis il se rejeta sur le Gévaudan, pour compléter ce qui lui manquait. Langogne, pressé de s'unir au Pu}^, refusa; mais Saugues accepta la proposition. Ce bourg était au centre d'un mandement de quatorze paroisses appartenant au duché de Mercœur, qui relevait de la couronne de France depuis le mariage de Jeanne d'Alençon, dame de Mercœur, avec Charles de Valois, en i323. Situé à l'extrémité nord du Gévaudan, à neuf lieues de Mende, et séparé de cette ville par la Margeride, tandis que la facilité des relations le rapprochait du Puy, Saugues aspirait de plus à être chef-lieu de district, chose impossible en Gévaudan, vu la supériorité de Langogne et du Malzieu ses voisins, mais peut-être possible avec le Velay, car des envo3és du Puy lui faisaient miroiter, pour prix de son union, une cour de justice.