Arcli. Lozère, I, I2ô. Pièces diverses
"i.. J. Cliarbonnel ; Origine et histoire abrégée de l'Eglise de Mende, p. l'21.
publiques, appuyant son opinion sur celle de la majorité des évêques de France, j'ai cru qu'il était de mon devoir d'obéir à mon supérieur, tant pour la sûreté de ma conscience que pour l'éditication publique ; j'en fais en conséquence mes .excuses k toute la ville^ lui en demande pardon et lui en témoigne mon repentir. Ne vous attendez pas non plus que je prête le serment ; je perdrais plus'tôt mon traitement et ma vie que d'y consentir *. »
A Saint-Alban, la prestation de serment fut laborieuse. L'abbé Béraud, qui avait lu en chaire la Constitution civile, le S décembre 1790, s'offrit à prêter le serment, le 20 février suivant, à l'issue de la grand'messe. Il s'avançait vers la porte, quand les hommes descendirent précipitamment des tribunes. « Il faut tuer cet impie ! criaient-ils ; empêchons-le de jurer. » Les femmes pleuraient ; quelques-unes^ affolées de douleur, sortirent même leur couteau, pendant q ue deux hommes vigoureux, enlevant le vieux curé, le poussaient dans la sacristie. Béraud n'en prêta pas moins le serment, qu'il ne tarda pas à répudier.
Trois mois plus tard en effet, le 2 juin, « par devant Boyer, notaire royal, de gré et libre volonté, sachant que, pour obéir aux décrets de l'Assemblée nationale, il avait prêté le serment civique entre les mains de la communauté de Saint-Alban, le 20 février dernier, après avoir réfléchi et scrupuleusement examiné, il le trouva contraire aux principes du catholicisme, qu'il avait jusque-ik professé et dans lequel il persistait et voulait mourir » ; puis il fit publier son désaveu par exploit d'huissier aux deux. messes de la paroisse ^.
1. Arch. coin. Marvejols. Délibérations municipales, 20 fiée. 1790.-
2. Arch. com. St-Alban. Délibérations municipales, 20 févr. 1791.
Le curé du Born y mit plus de temps, mais la formule liturgique et belle de son humble mea culpa, mérite d'être publiée.
« Désaveu et réiraciement du serment, signé par le cure du Born à la maison commune de Mende, où il fut conduit par cinq militaires armés, qui l'avaient arrêté dans la paix de la maison curiale, le seize août mil sept cent nonante-deux.
« Je soussigné, François Gaspart Cornut, curé du Born, confesse humblement à Dieu toiit-puissant, à la bienheureuse Marie, toujours vierge, à saint Michel archange, à saint Jean-Baptiste, patron du Born, aux apôtres saint Pierre et saint Paul, à saint Privât et à vous, mes chers paroissiens, à mes supérieurs, à mes confrères, à tous les • enfants de l'Eglise catholique, apostolique et romaine, que, sans avoir Jamais pensé qu'il fût permis de prêter le serment exigé des ecclésiastiques de France, néanmoins au lieu, jour et an susdits, j'ai signé un serment dans un moment de trouble connu de tous et dans un vrai délire, trop volontairement et trop librement, malgré ma résistance, pour n'avoir pas préféré toute peine. J,e le désavoue et le rétracte dans toute l'amertume de mon âme. Je dois et je veux mourir de confusion et de douleur. Puisse le ciel. Dieu bon et miséricordieux, soutenir mes vœux !
« C'est pourquoi je prie la bienheureuse Marie toujours vierge, saint Michel archange, saint Jean-Baptiste, les apôtres saint Pierre et saint Paul, saint Privât, tous les saints et vous, mes frères, et vous, mes trop chers paroissiens, dont le plus grand bien fut ma principale tentation, mes supérieurs, mes confrères, tous les enfants de l'Eglise catholique, apostolique et romaine, qui n'avez pu qu'être indignés et scandalisés de ma conduite en cette occasion ; je vous prie et vous conjure tous, au nom de votre charité, de prier pour moi le Seigneur, notre Dieu; -de me rendre votre communion, votre confiance et votre
LA UÉVOLl'TION Ky LOZKRE yS"
amitié ; d'aider par l'unitc et l'ardeur de vos vœux la pénitence que je vais faire Jusqu'à mon dernier soupir^ acceptant dès ce moment, pour la compléter, tel genre de mort qu'il plaira à la justice divine, au sang de l'Agneau immolé pour tous et chacun de nous.
Fait et signé de ma main au Born, le 25 août^ publié à la messe de paroisse, le dimanche 2 septembre susdite année, avec prière à la municipalité de le faire insérer dans leurs registres avec mon seing et de m'en délivrer extrait en forme, pour lui donner la publication convenable à l'édification. » <t Gornut, curé '. »
On a pu remarquer dans cette confession que le souci de ses trop chères ouailles avait en partie poussé le pasteur vers la Constitution civile du Clergé. La lettre suivante de l'abbé Grousset, curé d'Establesde-Rive-d'Olt, est encore plus explicite sur les motifs qui firent prêter et rétracter le serment.
Monsieur, « Je chante la palinodie et je le fais avec courage et naïveté. Plusieurs écrits insidieux, la crainte de me rendre coupable en contribuant aux malheurs dont l'Eglise et l'Etat sont menacés, et enfin le désir de la réforme m'avaient séduit. Mais plusieurs de mes amis m'ont fait passer une foule d'écrits ; enfin j'ai vu des hommes dont la doctrine est suspecte préconiser la Constitution, où j'ai remarqué au moins trois articles qui sentent bien un peu la farine. J'ai vu la constance de nos prélats, l'Eglise livrée à des intrus schismatiques et je me suis écrié avec les Pères du concile de Rimini : « Decepit nos bona de malis .existimatio ! ^. »
Le curé de La Canourgue, fidèle au serment et au schisme jusqu'à la mort, posa sa candidature à
1 et 2. Arch, Lozère, L 194. Pièces diverses.
LE CLERGK CONSTITUTIONNEL
Tépiscopat de la Lozère. L'assemblée électorale, dont Rivière avait retardé le plus possible la convocation, se réunit à Mende, dans le chœur de la cathédrale, le 20 mars 1791, sous la présidence du vice-procureur syndic, Monestier, et sous la protection des brigades de Marvejols, Florac, Langogne et Villefort. Sur deux cent vingt-neuf électeurs, cent cinquante-deux seulement étaient présents. Encore cinquante-deux, refusant de prêter le serment pur et simple, y mirentils des réserves sur les droits de la puissance spirituelle. Mais la majorité rejeta ce serment avec colère. Les dissidents demandèrent qu'on écrivît au procès-verbal que, « pénétrés du regret de ce que leur conscience ne leur permettait pas de concourir à l'élection d'un évêque, ils juraient la plus parfaite soumission aux lois qui ne contrariaient pas leurs opinions religieuses. » Le matin, on fit droit à leur requête ; mais le soir, ils entendirent avec surprise lire dans le procès-verbal <c qu'ils avaient refusé le serment civique ». L'abbé de Siran réclama de plus fort l'insertion demandée, mais -l'assemblée ne répondit que par des clameurs, et ils n'eurent d'autre ressource que de protester devant notaire « qu'ils ne s'abstenaient de concourir à l'élection d'un évêque que par un mouvement de leur conscience ^ »
1. Arch. Lozère. L 19i. Déclaration des motifs qui ont empêché, lin grand nombre d'électeurs du département de la Lozère decontribuer à l'élection d'un évêque. (feuille imprimée sans date ni nom d'imprimeur).
Voici les noms de ces électeurs : L'abbé de Siran, de Rochemure, Soulpin, Breschet curé, Panatieu, Monteils, Aymex de Noyant, Prolhac, du Chambon, de Lahondès, Coumoul, Libourel clerc tonsur», Bodéty avocat et notaire, Valantin, Hermet, Bessière, Bertrand, Lombard, Bros curé de Cultures, Delmas, Charles, Valette, Avit, Valette vicaire, Barrandon, Chaleil, Deltour, Cavalier curé, Rousset, Charrier, Rodier. Massador curé, Souchon, Pouget. Romieu de Trosbos, Bonnet-Ladevèze, Monestier, Cornut curé, Crespin, Palpecuer, de Brun-Montesquieu, Paschal, Julien, • Cacaud curé, La Biiherio, Osty, GaiUard, Bret curé, Gilles.
LA RÉVOLUTION EN LOZERE jS
A la nouvelle que cette déclaration all&i't' être imprimée et envoyée dans les communes, l'asèi^lnblée ■électorale publia une contre-adresse pour le département, posa à la Constituante lé cas de la déchéance des électeurs réfractaires, laquelle fut prononcée quelques mois plus tard, et passa à l'élection d'un <^évêque constitutionnel, pendant qu'au dehors le peuple frémissant était contenu par la maréchaussée K Les suffrages se répartirent d'abord sur quatre noms: Tabbé Florit de Latour, curé de La Parade et administrateur du district de Me^Tueis ; l'abbé du Mouchet, recteur de TUniversité de Paris, déjà élu dans le Gard ; l'abbé Dalmas, curé d'Aumont, et l'abb'é 3îogaret, curé de La Canourgue ; puis un second tour de scrutin favorisa ces deux derniers.
S'il faut en croire du Cayla, patriote d'Aumont, Pierre Dalmas, « homme instruit, rusé, dangereux par son audace et par son influence sur le peuple, -avait affecté dans le principe un patriotisme exalté, pour parvenir à se faire nommer évêque du département. »
Quant à Etienne Nogaret, ses études finies au grand séminaire de Mende, il avait passé trois ans à Toulouse •«t en était revenu avec le titre de maître es arts. <jrand, long visage et nez aquilin, peu de lumières et beaucoup d'ambition, il fut élu, le 22 mars, -au :troisième tour de scrutin, où vota un tiers seulement
1. Arch. nat.. I) iv bis C7. Lettre de Dalzan à Châteauneuf- Jdandon, 8 mai 1791 ;.
« Il est urgent, Mcinsieur. qu'un décret de l'Assemblée nationale déclare déchus de toutes places et emplois publics ceux des électeurs de ce département qui refusèrent de prêter le stument civique -«t de concourir à l'élection (de l'évèque). 8i on ne fait pas un •«xemple, qui en impose dans ee département, le succès de li^ Révolution y est tout à fait compromis et la Constitution •entièrement violée. Le temps presse. »
La Constituante décréta la déchéance des électeurs réfiacatires, Je 29 mai 1791.
y6 LE CLERGE CONSTITUTIONNEL
des électeurs inscrits — 78 sur 229 — . Le résultat fut accueilli par des applaudissements et par des huées^ Nogaret remercia dans un bref discours : « Messieurs,, dit-il, vous m'avez choisi pour devenir l'évéque du département de la Lozère. Que ne vous dois-je pas t L'honneur de l'office auquel vous m'élevez est sans bornes ; ma reconnaissance pour vous n'en aura Jamais »; puis, entre autres choses, il ajouta : « La patrie m'appelle, je dois obéir ; j'ai peu de talents, il est vrai; mais je suis fortement disposé à agir de tout mon pouvoir, pour que vous ayez donné à la patrie un ami, aux pauvres un père et h la Constitution un défenseur ^ »
Voici comme un malin apprécie cette éloquence r « Ce premier discours, dont un simple précis ne pourrait qu'affaiblir l'énergie et diminuer l'onction, ne fatiguera pas le lecteur ; on pourra le faire passer sans altération aux générations futures : « Bien obligé, je vous remercie -. » Un Te Deum fut présidé par l'abbé Florit de Latour, et le chantdu Domine, salvain fac genteriiy legetn et regem clôtura la cérémonie. A la sortie, les Mendois huèrent « l'évéque de paille », dressèrent une potence dans la basse-cour de l'évêché et y pendirent un prélat-mannequin, qu'ils jetèrent ensuite au feu 3. Deux jours plus tard, le 24, en retournant à La Canourgue, Nogaret fit un prudent détour^ pour ne pas passer à Chanac, où résidait Mgr de Castellane.
Mais à Chirac, où on avait monté au clocher un char de pierres, il fut assailli par un attroupement et
t. Arch. Lozrro, L 113. As8eml)lée t'ioctorah- du département,