Bullelin Lozère 1883. I, p. 378, 390 et 395 (avril
Arch. Lozère, L 119. Liste oénérale des émigrés de la Lozère.
1. François Delapierre, né à Florac, en 1747, de David et de Marguerite Mazoyer, était notaire et protestant. Il prit le nom de Dalzan d'une terre de sa famille ; mais le trouvant trop loxird,
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obtenir des troupes de ligne, pour contenir les gardes nationales et assurer l'exécution des lois ; mais les conspirateurs, maîtres du pays, mirent tout en jeu, pour écarter des soldats patriotes. Dès le mois de janvier 1791, lorsque Mgr de Castellane eut refusé le serment et publié sa lettre pastorale, pour inviter x:urés et fidèles à la résistance, Châteauneuf-Randon, sans attendre la dénonciation que le directoire du xlépartement fit dâ^ette lettre à la Constituante, écrivit de Paris « qu'il viendrait avec trente mille hommes faire rentrer le département dans son devoir » ; mais «. cette bravade fut accueillie comme elle le méritait. » La première demande de troupes eut lieu au mois -de mai, pendant le séjour de Nogaret à Paris; Des rapports patriotes signalèrent Mende et la Lozère, comme un centre de réaction, à l'Assemblée nationale et au ministre de la guerre. Le directoire du département écrivit lettre sur lettre aux ministres -de Lessart et Duporiail, aux députés lozériens et au département du Gard, pour dissiper les bruits de troubles, qu'on cherchait à répandre, et prévenir l'envoi des troupes, qu'on sollicitait. Mais le marquis député fit valoir la fermentation produite par l'élection de l'évêque constitutionnel et l'annonce d'un prétendu camp sur la plaine de Montbel, réédition du premier camp de Jalès, qui avait été un essai de fédération contre-révolutionnaire des gardes nationales cévenoles de l'Ardèche, de la Lozère et du Gard, dans la vallée de Jalès, en Vivarais K Le 10 mai, le jour même du sacre de Nogaret, il adressa au ministre de
après Thermidor, il reprit son nom patronymique et son état de notaire à St-Germain-de-Calberfe.Il mourut à Florac, âgé de 76 ans. 1. E. Daudet: Conspirations roynlistes dans le Midi.
LA RÉVOLUTION EN LOZERE iSo
l'intérieur un rapport sur la situation politique de la Xx)zère, dont voici les conclusions pratiques :
« Dans cet état de choses, la loi ne pouvant être exécutée dans ce département, le seul moyen d'y remédier et de prévenir les funestes effets des démarches du sieur de Castellane, ci-devant évêque de Mende, et du sieur de Siran •<st : 1° de faire remplacer ceux des administrateurs ou fonctionnaires publics électeurs qui ont refusé de prêter le jserment relatif à la Constitution civile du Clergé ; 2° d'appeler le sieur de Castellane à la suite de l'Assemblée nationale, ainsi que le sieur de Siran, ou les faire juger, s'il y a lieu ; 3° d'y faire passer deux ou trois compagnies ' de troupes de ligne, divisées dans les districts, mais la plus grande partie à Mende, le plus grand foyer ; 40 d'y faire passer Messieurs les commissaires du Gard, pour y commander toutes les opérations nécessaires à l'exécution de la loi et parvenir à faire entendre raison aux fanatiques. »
A ce propos, il entrait dans des détails pratiques et indiquait les soldats :
« On pourrait faire marcher sur Mende en droiture les deux compagnies de chasseurs d'Auvergne, qui sont au Puy, à trois jours de marche ; il existe à la même distance, aux Vans, deux autres compagnies de chasseurs Corses ; il y a déjà une compagnie du Lyonnais à Villefort, fronttière de Jalès et l'un' des districts du département, mais -qu'il est nécessaire d'y laisser, parce qu'il est bien mauvais. »
Enfin il se proposait discrètement lui-même :
« Si Monsieur de Lessart voulait avoir la bonté de man- .der à Messieurs les commissaires que je compte aller en cette circonstance dans ce pays, j'irai les joindre aux frontières du département, pour alléger, s'il est possible, leurs instructions. »
Croyant la cause gagnée, il écrivit, le i5 mai, au directoire du district de Mende, une lettre impérieuse, où perce la morgue de ce fils des anciens « rois de la Margeride -» : « Les contradictions qui se sont passées, Messieurs, dans le département pour l'élection du nouvel évêque, ect., m'obligent à vous envoyer des troupes, pour prévenir les maux que le fanatisme voudrait développer sur nous » ; et dans la même lettre, il désignait l'abbé Mulot et Robin, qu' « il envoyait « comme commissaires dans le département.
Ces nouvelles et ce ton prématuré de proconsul produisirent à Mende un « étonnement étrange » K Autorisée par le directoire départemental, la municipalité écrivit, le 25 mai, au ministre de la guerre.
« Si,- avant de prendre une détermination aussi désagréable pour le pays, le ministre eût consulté l'administration supérieure qui le gouverne, il aurait appris que les esprits y sont tranquilles et les têtes aussi froides que le climat » ; au reste • on manquait de vivres et l'envoi de troupes pouvait être le signal du désordre. Les directoires du district et du département présentèrent les mêmes observations.
A Paris, les députés Rivière, Bruges et Charrier, « ayant eu connaissance des ordres donnés pour faire passer des troupes, firent les plus vives représentations contre cette mesure, qu'ils assurèrent être la plus propre à causer les plus grands désordres. » Finalement les « ro^^aux » l'emportèrent ; le 1 1 juin, de Lessart,
1. Arch. Lozère, L 104. Paris, ce 7 juin 1791. « Messieurs, nous sommes pénétrés comme vous du plus étrange étonnement, en voyant l'acte de souveraineté émané des conceptions de M. de Châteauneuf-Randon. Il n'est pfts possible de délirer de cette force, sans avoir des intentions plus que condamnables ». De Bruges, Cliïirrier.
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Abbé D1:L0X, /.,( Krivliilioii ai Lo:rr,
Cliâteau de La (iraiige (I ozére).
LA Ri:V0LUT10N EN LOZERE I^t
qui était dans les mêmes principes, écrivit à Châteauneuf-Randon : « Sa Majesté a pensé que la nécessité d'envoyer des troupes dans le département de la Lozère n'était pas assez indiquée '. »
Chàteauneuf était vaincu à Paris ; mais à Florac^ Dalzan faisait brèche dans la résistance des aristocrates. Impuissant à installer l'abbé Richard à Ispagnac, à cause du mauvais vouloir de la municipalité, le procureur syndic du district de Florac demanda, le G juillet, au général d'Albignac, commandant de la division du Gard, cent cinquante hommes de ligne et en obtint quarante-cinq du -i-]^ régiment, ci-devant Lyonnais. Avant d'en disposer pour Ispagnac, comme le district avait agi sans consulter le directoire départemental, Dalzan essa3^a de rentrer dans la légalité et en référa froidement en haut lieu, tout en justifiant la hardiesse de son initiative.
« La municipalité d'Ispagnac, écrivit-il au département^ est sans autorité et mal intentionnée : il n'y a point de gardes nationales ; les prêtres rebelles y dominent et nous voyons au milieu de Florac les émissaires de la municipalité, qui se disent autorisés de vous, Messieurs, (ce que nous n'osons croire , insulter à ceux qui sont chargés de l'exécution des lois.... Nous sommes prêts à requérir le détachement de se transporter à Ispagnac ; mais nous n'axons rien voulu exécuter sans votre aveu. >»
Les soldats allèrent à Ispagnac soutenir le curé, que la municipalité ne soutenait pas. Un d'eux s'en plaignait un jour en disant à Jourdan, le maire ;
1. Aich. nat., F7 3081 13. Rapport de Cliâtoauneuf-Randon sur la situation en Lozère.
Lettre de ("hâteauneul'-Ilanilitii au districîtde Mende, 15 mai 1701.
Lettre de la niiinicipalité de .M(înde à Duportail, 15 mai 17!H (signée par les deux conseillers patriotes, Uelieyrolles et Cîaupert).
^ Vous êtes le chef .d'une commune de J...F... » Mais le procureur de la commune Saury se plaignait à son tour « qu'à chaque instant, plusieurs soldats de la compagnie se permettaient de troubler l'ordre, en chantant à des heures indues, refusant même de cesser sur les réquisition^ du corp^ municipal, et que nombre de citoyens portaient plainte contre les soldats qui volaient les fruits de leurs propriétés et les menaçaient, lorsqu'ils voulaient s'opposer au pillage '. » Blâmé par le directoire départemental et sachant de Lessart averti, Dalzan écrivit au ministre, le 21 juillet, et lui fit un tableau politique et religieux du pays.
(( Monsieur, il y a déjà longtemps que nous avons eu l'honneur de vous prévenir qu'il était d'une nécessité absolue d'envoyer des troupes de ligne dans ce département ; ce n'était alors que simple précaution ; mais le danger s'étant réalisé, nous avons été forcés de requérir M. d'Albignac de nous envoyer un détachement.
(( Le peuple catholique de ce département est le plus ignorant • et le plus fanatique du royaume ; les prêtres y sont presque tous opposés à la Constitution du Clergé ; ils ont persuadé au peuple que la religion est en danger et qu'il faut la défendre. M. Castellane, ci-devant évêque, habitant au château de Chanac, répand partout des libelles et des écrits incendiaires ; il y est continuellement gardé par des satellites, habitants de Chanac, et il a une grosse provision d'armes et de munitions, pour résister en cas qu'on voulût le déloger ^. MM. de Noyantet Bonnet-Lade-
1. Arcli. com. Ispagnac. Délibérations, 15 août et 29 sept. 1791.
2. Dalzan se trompe : <> Je n'ai pu réunir pour le XVII* siècle^ éicrit Maggiolo, recteur de l'Académie de Nancy, les éléments d'une appréciation sérieuse des con.H)in(s illettrés : les registres ont été brûlés : mais la Lozère, en 1789, occupe le 30° rang,' tombe au 40% en 1820, et se relève au 35% en 1806. » L'enseignement pviina.ire lUins lefi Hautes-Cévcnnes:, 1879.
1. Une perquisition au château de Chanac, ordonnée par le <lirectoire départemental, le 22 août 1791, ne découvrit que quatre iusils de chasse, dont un hors d'usage.
vèze, membres du directoire du département, ayant protesté contre l'élection de Tévêque constitutionnel et déclarés en conséquence incapables de posséder aucune, charge publique par le décret de l'Assemblée nationale, se sont rendus à leur poste, dès qu'ils ont appris l'évasion du roi, y opèrent suivant leurs principes connus et sont même assez heureux pour avoir la majorité.
Le district de Florac est le seul des sept districts qui ait procédé au remplacement des curés constitutionnels ; et comme il est le seul qui ait des calvinistes », — il y en avait aussi dans celui de Villefort — « on ne manque pas de le rendre odieux à la majorité des districts catholiques. Dans cette position, les gardes nationales de ce district ne peuvent agir dans aucune occasion, parce que les prêtres n'ont pasmanqué de persuaderau peupleque lescalvinistes veulent attaquer les catholiques, et ils ne manqueraient pas d'user du prétexte de la religion, au moindre mouvement de la part des gardes nationales de ce district. » Aussi (( est-il très nécessaire non seulement de laisser le petit détachement de troupes, mais encore d'envoyer un régiment, soit dragons, soit infanterie, pour protéger l'exécution de la loi et ordonner les dispositions nécessaires pour déloger le sieur Castellane 1. »
De Lessart répondit le 2 août, à- la demande d'un régiment, « qu'il serait extrêmement difficile, dans les circonstances, de disposer d'une force aussi considérable ; comme d'ailleurs il s'agissait d'une mesure générale pour tout le département, on ne pourrait s'en occuper que dans le cas où la demande serait faite par le directoire départemental. » Les événe-
Le V) septembre, <le Lessart blâma le directoire d' « une pareille visite entièrement contraire aux lois. »
(Bulletin Lozère 188\!. Lp. '186 : Arch.nat., F 7 368! 13. Lettre du ministre de Lessart.)
\. Arch. nat., F7 3C81 13. Lettre du district de Florac et réponse du ministre, publiées parle docteur P. Boyer. (Cf. Bulletin Lozère 1902).
ments allaient permettre, dans quelques mois, cette démarche à un directoire renouvelé.
La Constituante ayant fini ses travaux, le pays fut repris de la fièvre électorale, pour nommer les députés à l'assemblée Législative. D'après une note de source aristocrate, les choses se passèrent chez nous comme dans les autres départements : les modérés s'abstinrent et les violents l'emportèrent ^ « Qui ignore, écrit l'auteur d'une brochure anonyme — Siran peut-être, — qui ignore que mille citoyens au plus sur vingt-cinq mille ont voté dans les assemblées primaires ? » et il ajoute : « A Saint-Chély, quelques brigands formèrent l'assemblée ; à Langogne, sur plus de quatre cents citoyens actifs, vingt-deux ou vingttrois mauvais sujets la formèrent seuls. »
Les mêmes renseignements, moins les injures, nous sont donnés par un rapport du directoire départemental à l'assemblée administrative.
« ... Le même système de résistance, qui s'est développé dans le district de Saint-Ghély, paraît s'être propagé dans les autres municipalités. Les ennemis de la Constitution, ■ et il n'en est que trop, ont cherché à persuader au peuple que la religion était attaquée, sapée dans ses fondements ; cette doctrine pernicieuse n'a poussé que de trop profondes racines. C'est elle qui a privé les assemblées primaires de plus des cinq sixièmes des citoyens actifs, qui a engagé l'assemblée clect<jrale a rejeter les procèsverbaux de quelques cantons et qui a forcé les autres à ne pas paraître. Par l'effet de ces délibérations, le corps électoral a été privé d'une grande partie de ses membres. Dix cantons n'ont pas été représentés >. »
1. Aiclî. nat., 17 3081 13. Rapport du directoire du département séant à Marvejols, 1791.
2 Arch. Lozère, L 100. Rapport fait à l'assemblée administrative de la Lozère des opérations du directoire du département.
LA RÉVOLTTION EN LOZERE 145
Les électeurs se réunirent le 3 septembre, à iMende, dans la chapelle des Doctrinaires. Usurpant sur les droits du directoire départemental, l'assemblée cassa illégalement les élections des cantons de Villefort, d'Ispagnac, de Nasbinals et de Saint-Léger. Cent ■cinquante manifestants environ chantèrent des airs patriotes dans les promenades et les rues de la ville. Un jeune Mendois, nommé Adrien, passant vers dix heures du soir, dans la rue Basse, devant la maison de Borel, se mit à chanter lui aussi : Ah! ça ira Les aristocrates, on les pendra
Mais le commandant, furieux, parut à la fenêtre : « F... b. .., dit-il, je vais te faire voir comme ça ira !» ; et avec une balle dans la cuisse, Adrien alla coucher en prison. Dans une auberge, des paysans tinrent des propos menaçants pour l'assemblée ; Nogaret, qui était électeur, fut souvent hué à l'aller ou au retour des séances, et deux pierres, lancées par des enfants dans la chapelle, exaspérèrent les électeurs. Ce même jour, 4 septembre, unedéputationde Mendois fut admise à l'assemblée, et Bertrand cadet prononça un discours, au nom d'une Société patriotique, qui allait s'établir.
« Messieurs, dit-il, le feu sacré du patriotisme s'était communiqué par le moyen des clubs, comme par autant de conducteurs électriques, dans presque toutes les provinces... Marvejols, Florac, Aumont, Meyrueis en avaient donné le grand exemple au chef-lieu du département. Mende, le foyer du fanatisme des prêtres ei de la tyrannie des aristocrates, renferme aussi des patriotes zélés. Si jusqu'ici ils n'ont pu se montrer et former entre eux une société, c'est qu'ils ont été repoussés par toutes les autorités ; ils n'étaient ni lâches ni faciles à intimider;
mais ils sentaient qu'il fallait de la prudence, puisque tout le courage du monde n'eût peut-être servi qu'à souiller de quelque crime de plus un lieu ou l'on est assuré de toute inpunité, pourvu qu'on soit ennemi des lois nou- Aèlles. Mais nous ne sommes ici que pour obtenir la permission de nous former sous vos auspices. Nous espérons que la brillante gerbe de feu, qui jaillit de toutes les têtes animées d'un même esprit, en imposera à l'audace de nos ennemis aussi lâches qu'insolents ; ils tomberont de honte, 'de dépit et de rage, presque autant que des coups de la massue d'Hercule, avec laquelle vous aUez les pulvériser.. . »
Le club des Amisde la Constitution fut fondé à Mende, le 11 octobre 1791, avec Pierre Martin, homme de loi, pour président, et Laprade et L'horloge comme secrétaires. Les séances eurent lieu « dans la maison haute du jardin de l'évêchc » (faubourg de la Chicanette), le dimanche, après vép,res, et les mardi et vendredi, à cinq heures. Le sceau portait pour devise:. Union y Liberté^ Egalité, et la vignette des statuts était faite des lys de France et du bonnet de Phr}''gie *. . Pour faire nombre et donner du cœur aux cinquante patriotes mendois, presque tous les électeurs lozériens voulurent faire partie de la Société des Amis de la Constitution^ qui ne tarda pas à jouer son rôle « d'opinion publique » K L'assemblée avait demandé un régiment, pour procurer l'exécution des lois ; le club lui envoya aussitôt une députation, pour l'inviter à presser la suite de cette délibération, et l'assemblée à son tour envoya au département des commissaires,, au nom desquels Pelet, maire de Florac, qui devint