‹ La révolution en LozèreChapitre 54 sur 191 · Bulletin Loréro 189'2. IV, p. Î · texte numérisé non relu

Bulletin Loréro 189'2. IV, p. Î

1. Arch. nat.. Fie III Lozère. Lettre de Rivière et Feiraiid à de Lessart, li sept. 1791.

"LATtEvoLirrroN en itozere- . 147

plus tard Pelet de la Lozère, conventionnel et comte de l'empire, requit le directoire : « 1'' d'employer les moyens que la Constitution avait mis en son pouvoir^ pour veiller à la sûreté de l'assemblée. électorale ; •2° de faire avancer les troupes qui étaient à Meyrueis^ et à Ispagnac, et 3° de demander un . régiment, qui fût réparti dans les divers chefs-lieux de district. »

Le directoire fit droit aux deux premières demandes ; mais pour la troisième, « il répondit qu'il n'avait point d'ordres à recevoir de l'assemblée électorale et qu'ilnedélibérerait sur ce vœu qu'après sa séparation. » L'assemblée passa outre il cette réponse, qu'elle considéra comme une défaite, et prévint le ministère de la nécessité absolue de troupes de ligne dans le département. Les assemblées élect;qrales ne devaient s'occuper que des élections et il leur était dçfendu de s'immiscer dans l'administration en aucune manière ; mais qui restait dans son rôle en ce temps d'anarchie ?

Les députés élus pour la Législative furent : Monestier, homme de loi à Banassac et vice-procureur syndic du département ; Lozéran-Fressac, de Vebron ; Ghazot, de Saint-Chél3'-d'Apcher : Sévène, avocat à Marvejols, évincé par Charrier aux élections des Etats généraux, et Domergue-Beauregard, de Mende, capitaine en retraite, vice-président du directoire départernental ; c'étaient des patriotes modérés de 1789^ pâles figures dans une pâle assemblée. Avant de se séparer, les électeurs, sur le vœu de la Société populaire de Brest, exhortèrent les Législateurs, leurs élus, à faire reviser le procès des quarante galériens de Château-Vieux et approuvèrent avec grands éloges la nouvelle Constitution de la F'rance l.

î. Arch. liât.. Fie III Lozère 1. Froct'.">-ver.l>al de l'assemblée

Elle fut promulguée à Mende, le 2 octobre.

<i L'arrivée de la charte, dit L'horloge, secrétaire du club, fut pour les patriotes un sujet d'allégresse, mais un coup de foudre pour les ennemis de la Constitution... Les patriotes de club, tenant. séance, délibérèrent que quatre membres seraient députés vers le maire, pour l'engager à donner à la publication d« la charte un appareil majestueux. Deux députés firent faux bond, et Sauvage et moi, nous allâmes chez le citoyen Jourdan, qui, après lecture, nous dit avec emportement qu'il ne convenait pas au club dé donner des leçons à la municipalité, qu'elle savait ce qu'il y avait à faire, que les gardes nationales s'y trouveraient en nombre suffisant, et cavalièrement il nous congédia. Ce fut le dimanche suivant, vers les onze heures du matin, que se fit la "pompe funèbre de la publication de la charte. Une douzaine de gardes nationaux, quatre gendarmes, cinq officiers municipaux et le bruyant trompette de la ville formaient tout le cortège, marchant à pas précipités et marmottant aux places et carrefours de la cité le préambule et le « Mandons », le tout en moins d'une heure. Le club voulut faire autrement les choses. »

La municipalité, qui désirait « des réjouissances peu tumultueuses », autorisa les Amis de la Constitution à tirer « un feu d'artifice et à faire battre des xrhamades dans l'enceinte du jardin de l'évêché », où ils tenaient leurs séances. Le soir, on illumina une pyramide et le tambour arriva pour « faire danser» ; les patriotes et quelques aristocrates formèrent la chaîne dans le bosquet du jardin, et la salle du club fut convertie en salle de bal. A la fin, on proposa une farandole en ville ; mais la prudence ouvrit un avis

électorale <lu 3 s«^pfeinbre 1791.

Lettre des coininissaire.s de l'iisscMiihlée à M. de Le.ssart. IvCttre de Rivière et Ferrand au inèiue, 14 septembre 1791. Bulletin Lozère 1883. I. p. i89. i septembre 1791.

-contraire. Un gendarme dit à haute voix: « Messieurs, faites la farandole tant qu'il vous plaira, mais n'entrez pas en ville ; j'ai de bonnes raisons pour vous le dire. » L'enthousiasme passa outre et les manifestants entonnèrent à pleine gorge : Que tout Français, soldat fidèle, etc, en descendant du Soube3Tan jusqu'à la place au Beurre.

Tout près, Borel dînait tranquillement chez lui avec Jourdan- Combettes. Au bruit de la farandole, le maire demanda au commandant de la garde s'il avait permis au tambour de battre à pareille heure et pourquoi il n'avait pas prévenu la municipalité. De Borel répondit que quelques membres du club lui avaient demandé le tambour de la troupe, pour battre des chamades pendant le feu d'artifice, et qu'il n'avait pas cru devoir le leur refuser, défendant toutefois de battre hors du jardin ; « mais, ajouta-t-il, puisqu'il a violé sa consigne, je vais le faire mettre en prison », et il sortit tout décolleté.

« C'est donc ainsi. Messieurs les b.. ., dit il aux manifestants, que vous troublez la tranquillité publique ! » Un patriote lui remontra que, dans un jour si solennel, il était permis de se divertir, en n'insultant personne, à une heure qui n'était pas indue. Le commandant répond d'abord par deux coups de poing. « Si vous ne vous retirez sur l'heure, b. . . de canaille, continue-t-il, je vais faire tirer sur vous, des fenêtres, par les honnêtes gens. » Puis il ordonne à deux gendarmes, qu'il a trouvés en route, d'arrêter le tambour. Delmas dit Major, le fils Barbut et un garçon imprimeur s'y opposent. « Mais, dit Borel, c'est de concert avec le maire que j'ordonne cette arrestation. » — Nous nous f. . .du maire et de vous. »

l5o LA QfUKSTlON DES TKOTPESTïE-LTOWTÎ

Au bruit du tumulte et des huées, Jourdan- Combettes accourt, serviette en main, dans la rue del' Epine, 'et fait conduire en prison le tambour par les gendarmes et Barbut par trois gardes nationaux. Quant au garçon imprimeur, criant qu'il ne marcherait ni par T'ôrdi'e du commandant ni par celui du maire, il. s'avança menaçant sur Borel, qui, sans armes, le repoussa de la main, et personne n'ayant prêté main forte, dut le laisser en liberté. Ainsi la poignée de. patriotes mendois, groupés en club et réconfortés par la majorité de l'assemblée électorale, relevaient la tête et commençaient a regarder en face leurs puissants, adversaires K

Les élections au conseil général allaient encore augmenter J,eur assurance, en « épurant » un peu le directoire du département. L'assemblée se réunit à Mende. le i5 noveipbre 1791. Des anciens conseillers, le comte de Noyant et l'abbé de Siran n'étaient pas revenus ;. parmi les nouveaux, on remarquait Barrot, Pelet et Châteauneuf-Randon.

Celui-ci, que l'expiration de son mandat à la Constituante rendait à la politique locale, fut dès l'abord nommé président du conseil général. « Messieurs, dit-il dans son remerciement, la fonction de confiance à laquelle vous daignez m'appeler est le prix le plus doux et ieplus flatteur de la conduite que j'ai tenue à l'Assemblée. . . Aucun sacrifice ne m*a coûté et je voue encore le temps qu'exigeait mon repos et mes affaires personnelles à la douce satisfaction de travailler avec vous k l'avantage du département. . . » Assoiffé

1. Ar.i''h. nat., AA 54. folloctioii Rondonneau. lîappovt des atrocités commises à Monde les "25, '26 et 27 février 1792.

Arch. Lozère, L 120. Bai^^arre dv Mende (février 1792).

Arch. 00m. Mende. Délibérations municipales, procès-verbal de Jourdan-Cbmbettes, 3 octobre 1791.

LA RÉVOLUTION EN LOZÈRE • l5l

de revanche, il avait de beaux atouts dans son jeu : la majorité patriote du conseil, le vœu de l'assemblée électorale et l'effervescence religieuse plus chaude que jamais ; aussi mena-t-il vivement la partie contre le procureur général syndic.

Rivière avait écrit pour éloigner le lieutenant Florent Biaise deBeaucourt, qui le gênait par son patriotisme. Chàteauneuf-Randon fut d'abord chargé de « prier le' ministre' de la guerre de laisser Beaucourt, malgré la lettre du directoire, qui provoquait son changement sous des considérations étrangères à l'impartialité des corps administratifs. » Ce n'était qu'une escarmouche. Le lendemain, i8 novembre, on en vint au point vif de la lutte, l'envoi d'un régiment. Il faut citer les considérants de cette grave délibération, pour la lumière qu'ils projettent sur la situation politique de la Lozère à la fin de 1791.

« Après une longue discussion, l'assemblée, considérant, que la tranquillité publique est troublée journellement dans différentes parties du département; que les bons citoyens y sont opprimés par les menées des ennemis de, la Constitution ou par le fanatisme, ; qu'ils courent des dangers, toutes les fois qu'ils veulent élever la voix, pour réclamer l'exécution de la loi ou pour faire entendre les plaintes légitimes, que leur arrachent les insultes qu'ils essuient à chaque instant ; que les municipalités mênjes, asservies par l'influence des ennemis de la chose publique, restent non seulement dans l'inaction et le silence, mais qu'elles sont souvent forcées d'émettre des vœux contraires au bien public et a leur devoir ; considérant d'un autre côté que les commissions extraordinaires, nécessitées par les insurrectiorrs, ont occasionné au département une dépense considérable ; que cette dépense peut se renouveler tous les jours et devenir* même plus forte \ qu'il

l52 LA QUESTION DES TROUPES DE LIGNE

serait injuste que le département de la Lozère fût tenu d'y fournir à ses frais, tandis qu'il paie sa portion de ceux de la force publique, qui protège les autres départements ; que dans la plupart des villes, il n'y a pas même de gardes nationales en activité ; enfin que la répartition des impôts n'est pas encore faite dans ce département, et que tout annonce qu'ils éprouveront beaucoup de difficultés dans la perception ; ouï M. le procureur général syndic, a arrêté qu'il sera fait de suite, au nom du département et par son président, les démarches nécessaires tant 'auprès du ministre de l'intérieur et celui de la guerre qu'auprès du commandant de la 9'' division, afin d'obtenir un régiment pour ce département, sans qu'il puisse être déplacé que sur la demande d'une nouvelle assemblée administrative ou par des ordres supérieurs, et que la répartition en sera faite, dans les différents districts, par des commissaires choisis par M. le président 1. »

Sans perdre pied a cette brusque attaque, Rivière et ses amis essayèrent aussitôt de créer un mouvement d'opinion contre l'envoi de troupes : sauf quatre ou cinq endroits agités par la présence d'un curé constitutionnel, le pays jouissait d'une paix que ne connaissaient plus beaucoup d'autres départements ; âYec un régiment indiscipliné peut-être et sûrement exalté par la Révohition, ne risquait-on pas de voir se renouveler des rixes comme celle qui avait mis aux prises à Villefort, en février 1790, des soldats du 59^, ci-devant Bourgogne, avec les habitants, dont plusieurs avaient été blessés et un tué ? Etait-ce le moment d'appeler de nouvelles bouches dans un pays, quand il criait famine vers le roi, alors que les celées des 12, 1 3 et 14 juin 1790 avaient fait périr plus -des deux tiers de la récolte, et quand les pauvres

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