‹ La révolution en LozèreChapitre 94 sur 191 · Bulletin Lozère 1883. II, p · texte numérisé non relu

Bulletin Lozère 1883. II, p

2. Arch. Lozère, L 137. Dis(^our,s (imprimé) sur la révolution du 31 mai 1793, qui a sauvé la République, prononcé dans le temple de la Raison, à Mende, 1° déradi de pluviôse an II, par Vr. Dalzan.

L'accusateur public fit aussi eu vers sa cour aux Montagnards, proscripteurs des Girondins :

« Vive à jamais la Nation

Et la concorde et l'union

Et Châteauiipuf et ses semblables ;

Que les niulveillants déicstables,

Traînant la ruine de nos droits,

Maudits, proscrits, sous le glaive des lois.

Soient dévoués à tous les dialiles ! »

«élu, il me fournit plus d'une occasion de lui manifester mon opinion sur son compte.... Absent lors de l'exécution de son arrêté, je retournais à mon poste de suite, quand je fus retenu à Florac par un ami, <qui m'apporta la nouvelle du malheur de mes collègues. Je m'arrête là, j'asseinble l'administration du -district et de la municipalité, nous délibérons ensemble d'avertir tous les administrateurs du département qui étaient chez eux de se rendre à Florac, pour y prendre en main les rênes de l'administratioo. Je donnai en même temps aux départements voisins ^vis du malheur dont nous étions victimes et leur demandai leurs sages conseils, pour nous diriger dans une crise si violente. J'allais partir, après ces opérations, pour partager les fers de mes collègues, lorsque je- reçus de leur part l'avis que j'étais le principal objet des poursuites des représentants; que ma vie serait exposée dans quelque émeute qu'ils pourraient occasionner ; de rester où j'étais et d'y servir la chose publique avec mon zèle oïdinaire. Je crus devoir m'en tenir là et je restai à Florac.

« Cependant un courrier extraordinaire aj'-ant porté de la part des représentants cette affaire au Comité de Salut public, afin qu'il confirmât leurs démarches, le Comité, ne les trouvant pas fondées, ne voulut y donner aucune suite et les représentants se virent réduits à rétablir l'administration dans son premier état. Mais Châteauneuf-Randon, ne perdant point de vue sa vengeance personnelle, en réintégrant mes collègues ^ans leurs fonctions, me destitua moi absolument, sous les futiles prétextes que je n'étais pas à mon poste, lorsqu'il sévit contre l'administration ; que

Bqo le fédéralisme

j'avais travaillé à rassembler le conseil à Florac et que j'avais écrit aux départements environnants.

« Pénétré d'une injustice aussi frappante, je portai mes plaintes auprès de la Convention et du Comité de Salut public; je demandai à être cité devant un tribunal et jugé avec la dernière sévérité, mais avec justice. Je notifiai à mon ennemi mes réclamations ; il voulut dès lors me rétablir, pourvu que je renonçasse à mes demandes contre lui. J'ai dans mes papiers l'ofire qui m'en fut faite de sa part dans une lettre de mes collègues, qui me fut portée par un gendarme d'ordonnance. Mais, ayant imploré la justice de la représentation nationale, je voulus en attendre les effets, tant j'étais sur de mon innocence.

« Les représentants partirent pour Paris et sans doute qu'ils empêchèrent l'effet de mes réclamations. Je n'entendis plus parler de rien, excepté la réponse d'un ami, membre de la Convention, à qui je m'étais adressé, pour me faire obtenir justice. « Je ne puis, me dit-il, te tirer de l'oppression ; la résistance est ton droit, mais, dans ce moment, le silence et le gémissement, tes ressources. L'homme dont tu me parles est connu, ainsi que bien d'autres, qui lui ressemblent. La brièveté de ma lettre et le manque de signature te donneront la mesure de ce que je puis faire pour toi. »

« Je renonçai donc à tout espoir et me retirai tranquillement au sein de ma famille, quand arriva le décret du 17 septembre 1793. » — Ce décret du Comité de Salut public prescrivait, entre autres mesures pour assurer l'ordre dans la Lozère, l'arrestation des gens suspects. - « Pour mettre le comble à mes infortunes, Châteauneuf-Randon fut derechef, après la réduction de Lyon, envoyé en mission dans le

LA RÉVOLUTION EN LOZERE . Sqï

département de la Lozère. Il n'eut garde de manquer iine si belle occasion, pour satisfaire son animosité contre moi. Il donna ordre à un de ses agents, qui ledevança, de me faire arrêter et mettre en réclusion à Mende, jusqu'à son arrivée. L'ordre fut exécuté sur moi, le i3 brumaire 2^ année républicaine, et je me vis privé de ma liberté, à dix lieues de chez moi, logé à un troisième sous un toit, sans cheminée et sans feu, pendant tout un hiver, couché sur la planche et souvent privé d'aliments.

« Le représentant arriva enfin; il y avait plus d'un mois que j'étais reclus. Je lui adressai une pétition, que mes amis corrigèrent à leur gré et que je signai telle qu'ils voulurent ; elle lui fut présentée par le président du tribunal du district de Me3Tueis, par le procureur général syndit du département et par un membre du directoire. Le représentant accueille ma demande, promet ma liberté, mais exige que, par une déclaration authentique, je reconnaisse les journées des 3i mai, i et 2 juin et que je renonce expressément à toutes poursuites contre lui et son collègue dans la première mission.

« Que ne ferait-on pas, pour racheter sa liberté ? D'ailleurs l'état de ma famille, une épouse désolée, des enfants en bas âge, auxquels mon secours est absolument nécessaire, point de fortune, nulle ressource que mon travail, les sollicitations de mes amis, tout enfin m'e détermina à faire ce que l'on exigeait de moi. J'en dresse la minute ; mes amis la portent au représentant, qui la corrige de sa propre main ; on me la rapporte, je la transcris et la signe ; on ne doute pas qu'en l'allant remettre on ne reçoive l'ordre de ma mise en liberté ; mais il n'en fut pas ainsi. Nanti de cette pièce, Châteauneuf-Randon refusa ce qu'il avait

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promis, sous prétexte qu'il lui fallait en écrire au Comité de Salut public ; mais il ne doutait pas que bientôt il n'eût une réponse favorable.

« Plus d'un mois se passe encore et je ne vois riei;i arriver; j'en écris au représentant alors à Saint-Flour du Cantal ; je lui rappelle sa promesse et lui peins l'horreur de ma situation. Je ne reçois aucune réponse. -Quelque temps après, il arrive dans sa maison d'Ispagnac, où il séjourne quelque temps. Le président ■du tribunal du district, qui lui avait présenté ma pétition, va le trouver, pour lui rappeler ses promesses : le Comité de Salut public n'avait pas répondu ; mais enfin un courrier extraordinaire ne peut manquer de porter au plus tôt cette réponse et je puis être sûr -de ma liberté. Voilà les paroles positives qu'il en donne.

« Je souffrais dans cet espoir depuis cinq mois, quand Châteauneuf arrive à Mende, pour juger les ■détenus ; je lui adresse un mot, pour lui rappeler sa promesse et ma misère ; il me répond qu'il ne m'a rien promis et que, si l'on m'a flatté de ma liberté, l'on m'a trompé. Qu'on juge de ma surprise ! Je vis bien alors ce que j'avais à craindre de la vengeance d'un tel ennemi, dans un temps où la terreur couvrait de son voile funèbre la face de la République, où la tyrannie la plus odieuse faisait gémir le cœur de tous les bons citoyens, où les agents de Robespierre avaient tant de facilité, pour se défaire de leurs ennemis et -assouvir leur cruelle vengeance, où l'on envoyait chaque jour, du tribunal révolutionnaire à la guillotine, les victimes par centaines, sur une simple liste et sans jugement, et où les jugements n'étaient souvent qu'une forme abusive, pour couvrir des meurtres abominables.

LA RÉVOLUTION EN LOZKRli Bç?

« Je ne tardai pas à voir à quoi j'étais destiné : on doubla la garde de la maison où j'étais détenu ; on resserra plus étroitement tous les reclus ; on nous interdit toute communication avec ceux du dehors. Les âmes honnêtes gémissaient de mon sort et parvinrent enfin, malgré la surveillance des gardos, à me faire savoir que le représentant allait m'envoyer au tribunal révolutionnaire de Paris. Il était aisé de voir dans ce temps-là pour quoi et le sort qui m'attendait. Je prévoyais, et je n'ai pas été trompé dans mes idées, que l'état violent où se trouvait alors la République ne pouvait pas durer. Le crime ne peut avoir qu'un temps limité : il se détruit nécessairement lui-même. Ne pouvant espérer aucune justice dans ces moments de tyrannie et d'anarchie, je cherchai par la fuite à me soustraire à la mort, qui menaçait ma tête. J'y parvins heureusement pour moi. »

Avec . une corde faite de draps de lit, Samuel François descendit dans l'enclos de l'Union, puis monta sur un arbre, détacha quelques pierres d'une vieille muraille et s'évada.

« Mais à quels excès ne se porta pas mon persécuteur, quand il se vit frustré dans son attente ? Il mit à ma poursuite trente dragons, dont il se faisait toujours escorter, comme autant de satellites toujours prêts à exécuter ses ordres. Toutes les gardes nationales furent commandées, pour courir après moi. Les m.aisons de mes parents et amis furent fouillées avec le dernier soin. On mit en arrestation des laboureurs, des artisans, de pauvres femmes de mon district, sous prétexte qu'ils m'avaient vu ou retiré quelque çffet. Une maison appartenant à ma première épouse, seul bien que je possédas (sic), fut mise en séquestre et le scellé, apposé sur mes meubles, habits, livres,

papiers, etc. Mon épouse actuelle et une fille de dixhuit ans furent contraintes à se cacher, pour fuir la tyrannie ; mais enfin arrêtées, elles furent conduites à la maison de réclusion d'où je m'étais échappé. Les amis'qui s'étaient intéressés pour moi furent enlevés, sous ce seul prétexte, à leurs fonctions publiques et mis en arrestation, et mon âme sensible eut à supporter ainsi ses propres malheurs et celui de tant d'innocentes victimes.

« Mais quel fut mon sort après mon évasion ? Le sort le plus déplorable. Errant dans les déserts, je n'osais entrer chez personne, pour ne pas les infecter de mon malheur. J'ai vécu dans des montagnes inaccessibles, que je connaissais, exposé à la pluie, au froid, à toute l'intempérie des saisons. Les cavernes des rochers me servaient de retraite et j'endurais souvent la faim et les besoins les plus pressants. Lassé de cette vie errante, solitaire et misérable, je voulus essayer le travail de la terre ; mais, malgré mon travestissement, je me vis découvert, à la veille d'être arrêté et contraint de reprendre ma vie errante et solitaire. Enfin au travers de mille périls et en franchissant bien des montagnes désertes, je me retirai dans celles du département du Tarn, où des âmes compatissantes, que j'avais eu le bonheur deservirautrefois, me procurèrent le moyen, à la faveur d'un changement de nom, de consacrer mes talents à l'instruction de quelques jeunes personnes et de vivre ainsi tranquille.

Samuel François dit Périer.

Sablayroles, commune de Castelnau-de-Brassac, district de La Caune ; le 3o nivôse, 3^ année de la République française, une, indivisible et impérissable K »

1. Arch. nat., F7 3681 14. Requête de Samuel François au comité de Sûreté générale.

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