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Comte Chaptal, Mes souvenirs sur Napoléon, p

ces de plusieurs mois à leurs tyrans et à leurs rois,' pour les abattre, lorsqu'ils eurent été reconnus coupables »; mais elle était ennemie des factions et croyait naïvement que de minces personnages seraient inviolables, qui avaient violé la majesté royale, et qu'un régime issu de coups d'Etat serait à l'abri du coup d'Etat.

Le '23 juin, les commissaires de la Convention « envoyèrent à l'administration départementale des exemplaires des numéros 23o et 23 1 du Républicain ou Journal des hommes libres de tous pays, avec invitation d'en faire l'envoi aux cantons et Sociétés populaires, comme une. feuille très propre à éclairer l'opinion publique et à préserver les habitants des campagnes des pièges des malveillants. « Aussi bien ce journal quêtait des applaudissements et des adresses en faveur de la Convention, qui livrait lâchement,, sous le canon d'Henriot, trente-deux représentants du peuple à la commune de Paris.

L'administration refusa à cause des opinions fausses du journal ; comme les commissaires s'en plaignaient, objectant « que ces opinions erronées n'échappent pas aux lecteurs judicieux et impartiaux », elle riposta tout net « que des erreurs, toujours dangereuses, lorsqu'elles sont répandues dans les esprits crédules et confiants des campagnes, le deviennent bien plus encore, lorsqu'elles ne sont point combattues 1. »

Au reste un administrateur se leva pour les combattre : ce fut Samuel François dit Périer,de Meyrueis. « Ministre protestant, cinq pieds, quatre pouces, maigre et fluet, cinquante ans, front élevé, gros yeux, nez long et aquilin, joues creuses, menton pointu,

1, Bulletin Lozère 1884. III, p. 184 et 209.

voix mâle et assez forte, démarche modeste et assurée », ainsi le dépeint Châteauneuf-Randon, son adversaire; ^'est, somme toute, le signalement d'une calme énergie K

Le 28 juin, il y eut séance orageuse à la Société populaire de Mende. Le secrétaire de Châteauneuf- Randon et le commissaire des guerres, Emeri, firent l'apologie des journées de juin; Samuel François, secondé du capitaine Granier et de trois cavaliers de l'Hérault: Roux, Chrétien et Vigouroux, en détachement dans la Lozère, protesta avec éloquence et fit voter, avec applaudissements et dans le tumulte, une adresse défavorable, dont il fut nommé rédacteur avec Guyot, président du tribunal criminel. Mais l'adresse ne parvint pas à la Convention, car le président de ia Société, Tarteron, effrayé des suites de l'affaire, retira de l'imprimerie l'original et le brûla.

Dans une crise si aigiie et en face d'adversaires si redoutables, le conseil général chercha à s'appuyer sur l'opinion publique, Il convoqua donc hardiment à Mende, en une assemblée extraordinaire, tous les administrateurs du département absents, deux membres de chaque administration de district, deux membres de chaque tribunal, le juge de paix ou, à son défaut, le premier assesseur de chaque canton et tous les corps constitués de la ville de Mende, « afin d'y concerter les mesures de salut pour l'Etat, pour le •département de la Lozère et — ceci contre le reproche de fédéralisme, adressé aux Girondins, — pour le maintien de l'unité et de l'indivisibilité de la république française. »

1. Aich. nat., AFII 118. Arrêté <l(- (.'hâteauneuf-Randon, 30 ventôse an II.

Châteauneuf-Randon et Malhes eurent beau blâmer cette convocation comme illégale, se retirer à Saint-Chély et attirer la responsabilité sur la tête des administrateurs, l'assemblée se tint à Mende, le i^'" juillet. On n'en exclut au dernier moment que les députés mendois, pour ne pas compromettre la cause avec une ville notoirement royaliste et ne pas créer en faveur de la commune du chef-lieu un privilègemalsonnant, à l'heure surtout où l'on allait attaquer le privilège révolutionnaire de la commune de Paris. L'assemblée fut imposante : quatre-vingt-quatre membres étaient présents ; il n'y manqua que les représentants du district de Marvejols, qui firent cause commune avec Malhes et Châteauneuf-Randon.

L'adresse qu'on y vota, œuvre de Samuel François et de Guyot, est une violente remontrance à la Convention nationale. Les administrateurs commencent par protester de leur attachement à la république une et indivisible et à l'inviolabilité des représentants du peuple; flétrissent, en passant, « les journées du 3i mai, i'^'" et 2 juin, à jamais détestables » ; puis d'un ton sévère : « Nous ne devons pas vous dissimuler, disent-ils, que vos divisions scandaleuses, vos vengeances personnelles ont porté la terreur dans nos âmes... Nous avons à nous plaindre surtout que nos législateurs ont violé, dans le sanctuaire de la loi,'les principes les plus sacrés de la loi même... Pourquoi avez-vous établi des comités et des tribunaux révolutionnaires ?... Résistez à l'oppression des sections de Paris ; réprimez une commune audacieuse, dont les efforts continuels tendent à opprimer le peuple. Ce n'est pas pour conserver des privilèges à certaines villes que nous avons combattu, pendant cinq ans, pour notre liberté. »

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Suit rénumération des vœux : rapport du décret qui met en arrestation les trente-deux Girondins et de la loi qui institue le tribunal révolutionnaire ; cassation du comité de l'évêché et rappel des cornmissaires, — c'était un coup droit àChàteauneuf-Randon — pour maintenir l'intégrité de la représentation nationale.

« Tel est le vœu de vos concitoyens ; ils vous déclarent qu'ils ne connaissent ni Montagne ni Plaine ni Marais, ni côté droit ni côté gauche ; ils vous jurent la soumission la plus parfaite à toutes les lois de la République, mais ils doivent vous dire qu'ils s'insur-r ■geront toujours contre toute autorité despotique ou dictatoriale et contre toute su prématie de commune ^ . »

Le geste était hardi et sage, mais il fut impuissant. De Saint-Chély-d'Apcher, Chàteauneuf dénonça à Couthon le département de la Lozère et proposa la destitution des administrateurs signataires de la con- ' vocation à « l'assemblée monstrueuse », l'apposition des scellés sur leurs papiers et une enquête sur leur conduite dans la conspiration royaliste ; puis, sans attendre la réponse de la Convention, il créa lui-même pour la Lozère un comité de salut puolic, composé d'un citoyen de chaque district : Velay, de Florac ; Ricard, de Meyrueis ; Malet, de Marvejols ; Chazot, de Saint-Chély ; Sapet, de Langogne ; Borrelly, de Villefort, et Tarteron, du district de Mende 2 ; enfin il destitua, le lo juillet, les membres du directoire départemental et les mit en état d'arrestation chez, eux, gardés à vue par des soldats.

La bannière de la Fédération de 1790 fut solen-

t. Bulletin Lozère 1884. III. p. 208 — li'i. 2. Arch. Lozère, L 133. Pièces diverses.

nellement brûlée le lo août, place d'Angiran, devant l'autel de la patrie, sur un tas « de titres censuels et féodaux, dont l'odeur et la fumée, aussi mauvaise que la caste qui leur avait donné l'existence,., forcèrent les spectateurs en farandole à s'enéloigner ' . »

Quant aux deux rédacteurs des adresses courageuses, Guyot, sur qui les commissaires de la Convention avaient prise par l'oubli volontaire qu'il faisait de la loi du lo mai, ne tarda pas à faire sa paix par une rétractation, qu'imita Dalzan, l'accusateur public -y et Samuel François porta seul le poids de la vengeance du proconsul.

Qu'il raconte lui-même ses malheurs, puisqu'aussi bien nous n'avons pas d'autre témoignage, pour les apprendre et les contrôler ; ainsi le lecteur saura qu'il entend une plainte et non peut-être le jugement complet de l'histoire. D'ailleurs cette requête au Comité de Sûreté générale contient d'intéressants détails sur la résistance que tentèrent les républicains lozériens contre la dictature de la Montagne et <ie la commune de Paris.

« Châteauneuf-Randon, dit-il, avait certainement ■des griefs contre moi, parce que je n'avais ni approuvé ni concouru à sa députation pour la Convention nationale et que, dans l'assemblée électorale où il fut

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