‹ La révolution en Russie [microform]Chapitre 10 sur 13 · VI. Concessions nécessaires · texte numérisé non relu

VI. Concessions nécessaires

33. Dans ces conditions, que restait-il à faire pour rendre, je puis le dire, la Russie à la civilisation? Il n’y avait qu’un moyen : c’était que le gouvernement comprît que la

vieille barbarie de l’autocratie moscovite était impossible dans notre siècle et qu’il se ralliât franchement aux libertés de la civilisation moderne. Cela semblait élémentaire et les avertissements ne lui manquaient assurément pas pour prendre ce parti décisif. Est-ce que les désastres de la guerre du Japon n’auraient pas pu lui apprendre l’impuissance de son vieux régime despotique ? Cet exemple terrible de l’histoire a été compris par la Russie tout entière -, il n’y a que le gouvernement qui ne l’a pas compris. A ce moment, il a essayé de résister, et puis, il s’est décidé aux concessions que vous savez; ces concessions, est-ce qu’elles peuvent rassurer personne? Qui ne voit qu’on a marchandé pied à pied constamment; qui ne voit qu’on ne donne les choses qu’à mesure que l’opinion les arrache et encore longtemps après qu’elle les a arrachées, et qui ne soupçonne que celles mêmes qu’on accorde, on ne les accorde pas sans esprit de retour et qu’on essaierait immédiatement de les reprendre le jour où on se croirait assez fort pour le faire?

34. Voilà le spectacle que nous avons, et véritablement est-ce que ce gouvernement russe ne nous paraît pas tout à fait fantastique ? Il y a une centaine d’années, quatre-vingtdix ou quatre-vingt-quinze ans, il y avait en Russie un autocrate qui s’appelait Alexandre; cet autocrate a fait la Sainte-Alliance, c’est vous dire que ce n’était pas un révolutionnaire. Eh bien, il avait accordé à la Pologne ce que M. Witte est en train de lui refuser pour le moment.

35. Est-ce que ce n’était pas un véritable défi qu’au moment même où on semblait accorder quelques libertés à la Russie, on mît l’état de siège en Pologne et qu’on lui refusât ses droits les plus élémentaires? Mais c’est l’intérêt même de la Russie d’accorder à la Pologne ses droits; la Pologne est de sang slave, elle est donc sœur de la Russie ; si on lui donne l’existence nationale, elle ne demandera pas mieux que d’appartenir à l’empire russe, alors qu’à ses portes elle a une autre Pologne, la Pologne prussienne ou allemande où l’on rêve d’exterminer la Révolution ; "et c’est

précisément pour cela que M. Witte, serviteur de l’étranger, a, sur les ordres d’un voisin, refusé d’établir la comparaison de la Pologne libérée à la Pologne asservie.

36. Et puis enfin, rappelez-vous ce qu’on pouvait lire dans les journaux pas plus tard que ce matin. On demandait à M. Witte de rouvrir les universités... Ah ! mais non, a-t-il dit, ce serait déchaîner la Révolution... {Rires.)

37. Quel peut être le pays assez malheureux pour que l’instruction, la civilisation soit pour lui inséparable de la Révolution, pour qu’il avoue ainsi qu’il a besoin de l’ignorance pour gouverner, pour qu’il impose ainsi 1 obscurité, la nuit à ses populations et pour qu’il se dégrade au point de considérer fatalement les universités, l’enseignement comme son ennemi naturel avec lequel il lui faudra compter! (Applaudissements .)

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