Livre XXVI, chap. x
5. M. Rothenbiicher porte sur la politique religieuse de Montesquieu le même jugement dans des termes équivalents (Karl
Voltaire, plus agressif dans ses attaques contre l'infâme, n'est pas au fond plus hardi dans ses conclusions, il crible de railleries méprisantes les religions positives fondées sur la révélation et les mystères. Il voit dans tout fondateur de religion un charlatan, dans tout prêtre un hypocrite ou un imbécile. Mais il n'exporte pas son incrédulité au delà d'une certaine classe sociale. Il la réserve pour la noblesse et le clergé, pour la haute bourgeoisie, comme un luxe^ comme un privilège d'esprit, comme le complément d'une éducation distinguée.
Plus encore que Montesquieu, il croit à la nécessité d'une religion pour le peuple et pour les enfants. Il fait bâtir une église dans ses terres de Ferney et grave au fronton cette inscription, où il traite Dieu d'égal à égal : Deo erexit Voltaire. Il suit régulièrement les offices, fait dévotement ses pâques afin d'édifier ses manants. Le catholicisme, qu'il raille au dessert, lui paraît une excellente religion de coffrefort qu'il serait désolé de voir péricliter dans le respect des masses.
Lui aussi, il ne réclame que la tolérance pour les cultes dissidents. Il entend conserver au catholicisme son caractère de religion privilégiée. « Je ne dis pas que tous ceux qui ne sont point de la religion du prince doivent partager les places et les honneurs de ceux qui sont de la religion dominante i. »
Rothenbûcher, Die Trennung von Staat und Kirche, Mûnchen, 1908, p. 64). J'ignorais le livre de M. Rothenbiicher, qui n'était pas encore paru quand je rédigeais cette étude.
1. Cette citation et les suivantes sont empruntées à l'excellente anthologie de MM. Albert Bayet et François Albert, Les écrivains politiques du XVIU' siècle, Paris, A. Colin, 1904. — Traité sur la
Voici comment il conçoit les rapports qui doivent exister normalement entre l'État et TÉglise : « Nous avons institué des prêtres afin qu'ils fussent uniquement ce qu'ils doivent être, des précepteurs de morale pour nos enfants. Ces précepteurs doivent être payés et considérés, mais ils ne doivent prétendre ni juridiction, ni inspection, ni honneurs; ils ne doivent en aucun cas s'égaler à la magistrature. Une assemblée ecclésiastique qui présumerait de faire mettre à genoux un citoyen devant elle, jouerait le rôle d'un pédant qui corrige des enfants ou d'un tyran cpii punit dos esclaves. C'est insulter la raison et les lois de prononcer ces mots : (jouvernemenl civil et ecclésiastique. 11 faut dire gonvernemenl civil et règlements ecclésiastiques et aucun de ces règlements ne doit être fait que par la puissance civile ^ » En un mot, rÉglise doit être Thumblc servante de l'État.
« Il ne doit pas y avoir deux puissances dans un État, dit-il encore; on abuse de la distinction entre puissance spirituelle et puissance temporelle. Dans ma maison, reconnaît-on deux maîtres, moi, qui suis le père de famille, et le précepteur de mes enfants, à qui je donne des gages? Je veux qu'on ait de très grands égards pour le précepteur de mes enfants; mais je ne veux point du tout qu'il ait la moindre autorité dans ma maison ^. »
On connaît les vers célèbres de la tragédie des
Guèbres :
Que chacun dans sa loi cherche en paix la lumière, Mais la loi de l'État est toujours la première.
1. Les écrivains politiques du XVIIP siècle, p. 117 (extrait des Idées républicaines).