Id.y p. 117 (extrait de La voix du Sage et du Peuple
En un mot, tolérance pour les cultes, mais subordination étroite des cultes à 1 État, voilà le programme de Voltaire'. L'État devra surveiller, réformer, épurer la religion. Les couvents seront réduits, la mainmorte paiera l'impôt, les prêtres seront utilisés dans l'intérêt général, par exemple pour propager la vaccine ou la culture de la pomme de terre. Les magistrats ne leur permettront d'enseigner que des choses raisonnables ou des mystères déraisonnables socialement utiles, u La religion n'est instituée que pour maintenir les hommes dans l'ordre^. »
La pensée de Voltaire a été la pensée du siècle. Aucune autre ne la contredit. Elle a pénétré toutes les intelligences. Elle règne sans conteste.
Ouvrons les livres des écrivains les plus audacieux, de ceux môme que Voltaire trouvait trop avancés, le Système de la Nature, |ou le Système social, ou la Contayion sacrée de d'Holbach, V Esprit ou V Homme d'Helvétius.
D'Holbach définit le Sacerdoce « une ligue formée par quelques imposteurs contre la liberté, le bonheur et le repos du genre humaine » Ne concluez pas qu'il faille supprimer au plus vite une institution aussi horrible. D'Holbach est un politique
1. M. Rothenbûcher a bien vu que Voltaire fondait la tolérance sur la raison d'État, sur l'utilité sociale, et non pas, comme les Anglais et les Américains, sur les droits de l'homme {Op. cit., p. 65.)
2. Voltaire ajoute : « et leur faire mériter les bontés de Dieu par la vertu », mais l'addition, on le sent, est de style. {Les Écrivains politiques..., p. 120, extrait de l'article Droit canonique du Dictionnaire philosophique.)
3. Les Écrivains politiques..., p. 214 (extrait de La Contagion sacrée).
modéré, ennemi des solutions intransigeantes ^ Une réforme de l'éducation lui suffit. L'État laissera subsister la ligue des imposteurs, mais instituera à côté ce que d^Holbach appelle une censure morale, sorte d'Église officielle qui dressera les hommes à la vertu par un ensemble de peines et de récompenses réelles et non plus fictives. « Par là, le magistrat deviendrait un prêtre utile et le législateur exercerait un sacerdoce bien plus avantageux aux nations que celui qui, sous prétexte de les conduire au salut, ne les repaît que de vaines chimères et ne leur enseigne que de fausses vertus-. » Une religion raisonnable à opposer à une religion pernicieuse, voilà la solution de d'Holbach. 11 ne parvient pas à concevoir une société sans dogmes et sans prêtres d'aucune sorte. Helvétius, si on en croit son dernier biographe, aurait été une exception au milieu des autres philosophes. Il aurait u préconisé l'éducation laïque, réducation nationale et la séparation de l'Église et de l'État, nécessaires au bien-être du pays ^ »
1. Cf. ce qu'il dit de la violence et de son inutilité, les Écrivains politiques, p. 221 (extrait du Système social).
2. Les Écrivains politiques..., p. 228 (extrait du Système social). J'épfouve, il est vrai, quelque surprise quand je lis ensuite le commentaire, dont MM. Albert Bayetet François Albert font suivre cet extrait de d'Holbach : « D'Holbach estime donc, disent-ils, que non seulement l'enseignement de la morale, mais les principes mêmes de la morale, doivent venir du gouvernement. H est bien entendu que ces principes seraient ceux d'une morale laïque » (p. 228, note). En quoi la morale émanée d'un tel gouvernement sera-t-elle laïque'! En cela sans doute qu'elle sera enseignée par des laïques? Mais c'est le cas de le redire, l'habit ne fait pas le moine. Des fonctionnaires enseignant une morale d'État et ayant à leur disposition des moyens coercitifs, en dépit de leur costume, ne sont plus des laïques, au sens où nous l'entendons, c'est-à-dire des esprits indépendants et libres.