La Théophilanthropie, p. 2H
2. Reg. de corresp. de la municip. du 1" arrondissement (frimaire an VI). Cf. aussi la Théophilanthropie, p. 223.
par la loi, radministraiion centrale du département leur facilita l'exécution de ce dessein patriotique. Par une circulaire du 12 germinal an VI, elle les autorisa à commencer leurs exercices, les jours de fêtes nationales, à 10 heures au lieu de 11 ^
Mais, ce fut là le dernier acte de sympathie du pouvoir à Tégard des « adorateurs de Dieu et des amis des hommes ». Le renouvellement partiel des conseils qui a lieu juste en ce moment, en germinal an VI, les brouille définitivement avec le Directoire. La Révellière cesse de voir leurs chefs et se désintéresse de leur entreprise. Merlin (de Douai), son collègue au Directoire, les accuse de jacobinisme et dénonce l'influence pernicieuse qu'ils ont exercée sur les élections. Désormais, ils sont traités en suspects, en adversaires, presque en ennemis. Les conseils, épurés par le coup d'État du 22 floréal an VI, décrètent l'institution du culte décadaire, culte officiel dont les fonctionnaires seront les prêtres et qui aura tout juste la popularité du gouvernement.
Le culte officiel concurrent n'était pas encore institué que déjà les autorités subalternes profitaient de la disgrâce des théophilanthropes pour leur refuser les faveurs ou les droits qu'ils demandaient.
La société qui administrait le temple du Muséum (Saint-Germain-l'Auxerrois) avait adressé une pétition au département de la Seine pour obtenir la permission d'établir une école théophilanthropique dans la ci-devant chapelle des charniers dépendant de la
1. Registre copie de lettres de l'administration municipale du 4' arrondissement (13 prairial, an VI). Catalogne Charavay, 1862, n" 189, 2.
dite église. Arracher rinstruction de la jeunesse aux prêtres catholiques et aux maîtres d'école formés par eux, avait été une des grandes pensées de T Église déiste. Le département refusa, en prairial an VI, de faire droit à la pétition. Il refusa de même de permettre à rinsti tutrice qui devait ouvrir Técole de se loger « dans une des chambres dont l'entrée était par l'escalier de l'orgue ' ». Or, il faut savoir que le même département, si rigoriste à l'égard des théophilanthropes, ne trouvait rien à redire à la présence des prêtres catholiques dans les. dépendances de Saint-Merri qu'ils occupaient gratuitement^.
Peu à peu les autorités s'enhardissent. En thermidor, le commissaire du Directoire prés l'administration centrale du département de la Seine, Dupin, très hostile aux théophilanthropes, comme en font foi ses rapports mensuels envoyés au Directoire^, prescrivait aux municipalités une enquête sur leurs faits et gestes. Dans un questionnaire, daté du 4 thermidor an VI, il les interrogeait en ces termes : « Les théophilanthropes font-ils des prosélytes? Leur morale prospère-t-elle? Leurs ministres sont-ils bons citoyens? Leurs discours ont-ils quelque rapport à la politique?... " «
1. Reg. copie de lettres de l'administration municipale du 4*^ arrondissement (13 prairial an VI).
2. J'ai raconté dans mon livre (p. 554-558) comment l'instituteur théophilanthrope de Saint-Merri, Gobain, fut expulsé des dépendances de cette église par les prêtres catholiques et comment, malgré l'appui de La Révellière, il ne parvint pas à se faire rendre justice, par suite de la mauvaise volonté du département.
3. Cf. La Théophilanthropie, p. 403. Ce Dupin est le père du ministre de le monarchie de juillet.