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rÉvangile. Sespratiques violentes, systématisées comme sa vaste et savante organisation unitaire, font de son passé une histoire si lugubre, que lesprit, troublé par cette sinistre vision, se prend à regretter les simulacres de libertés païennes.
Mais Thistoire impartiale a précisément pour mission de chercher d'un regard serein la réar lité sous les apparences, même sous les apparences accusatrices. Tout en flagellant de ses jugements sévères les hommes qui, par de détestables sophismes, ont fait tourner une doctrine de paix et de liberté en instrument de guerre et de despotisme, elle sait dégager les principes des pratiques abusives et funestes dont ils ont été, non la cause, mais le prétexte, et restituer à chaque institution son esprit véritable et sa réelle influence sur l'ensemble des événements humains.
Nous croyons être resté dans ces conditions d'impartialité et de sérénité intellectuelle quand nous avons mis en regard le monde païen et le monde chrétien. Laissant au clergé l'entière responsabilité de ses actes, et remontant aux vraies sources de la civilisation moderne, nous n'avons pu les trouver ailleurs que dans l'esprit du christianisme et dans la fondation de l'Eglise, qui en est l'expression vivante. Car c'est l'esprit chrétien qui a soustrait la conscience humaine à l'intolérance organique des gouvernements païens, et c'est la création de la société uni ver-
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selle des esprits qui a mis fin au régime antilibéral des religions nationales : révolution immense d'où devaient découler nos plus précieuses libertés.
Au moment où ce livre allait paraître, Téchafaud se dressait à Rome ; deux têtes tombaient au nom de la justice temporelle de la papauté : lamentable réponse à notre vœu de réconciliation universelle dans Tesprit chrétien de tolérance et de liberté !
Cette nouvelle a causé une sorte de stupeur en même temps que d'indignation profonde.
Ce n'est pas assez des circonstances qui ont précédé et accompagné l'exécution : la longue attente des condamnés, le jeune âge et la lointaine complicité de l'un d'eux, les signes favorables auxquels s'était attachée la pitié publique, ce n'est pas assez de ces circonstances aggravantes pour expliquer c.ette unanime réprobation.
Frappées par les puissances humaines, les deux victimes n'eussent été qu'un tribut de plus à cette terrible loi de la défense sociale, que tant d'esprits considèrent encore comme une dure mais impérieuse nécessité; et nous tous, les adversaires absolus de la peine de mort, nous n'eussions fait que reproduire notre incessante et générale protestation.
Mais, dans le sentiment public, l'horreur ne se fût pas jointe à la pitié.
Ce drame lugubre accompli à Rome ; ce sang versé au centre du monde chrétien ; cet arrêt de mort, rendu par le représentant de la libre et pacifique société des âmes; ce glaive remis au bourreau par le vicaire de Jésus désarmé ; Thomme de la prière miséricordieuse et cléinente, consacré pour absoudre et pour bénir, se faisant l'exécuteur de la justice, nous allions dire des vengeances sociales; ce vieillard, vénérable même aux yeux des ennemis de sa foi, agenouillé, dans le recueillement et dans les larmes, pour demander au ciel qu'il lui dicte sa terrible sentence, comme si le Dieu de l'Évangile avait promis d'inspirer le prince ainsi qu'il inspire le pontife... ce mélange monstrueux des choses saintes et delà politique humaine, voilà ee qui soulève et révolte la conscience universelle.
• Devant ce sombre spectacle, on se demande, consterné, par quel prodige d'aveuglement se
perpétue une institution qui semble ne se tenir debout que pour confondre la raison, pour être l'outrageant paradoxe de l'histoire et la contradiction dérisoire du génie chrétien.
Faut-il s'étonner que le monde civilisé ne reconnaisse plus les successeurs des apôtres dans cette Rome où vos anathèmes sont mis sous la sauvegarde des moyens qui caractérisent les sociétés non renouvelées par l'Evangile : la guerre et l'échafaud !
Tandis que *le mot de paix est sur toutes les lèvres, que les peuples, malgré leurs armements formidables, montrent une aversion chaque jour plus marquée pour la guerre, que partout de grandes ligues se forment, généreuse conspiration de tous les nobles cœurs contre cet horrible fléau, la honte des nations chrétiennes, c'est à Rome, pour la défense de votre royauté humaine, que l'art de la destruction fait l'essai de ses inventions meurtrières. Ce n'est plus la croix qui opère des miracles de charité ; c'est le fusil perfectionné qui fait merveille !
Tandis que cette redoutable question de la peine de mort commence à troubler la conscience des peuples, et que les mœurs adoucies tendent à arracher ce moyen extrême des mains des puissances temporelles; tandis que déjà quelques États, même à vos portes, ont renoncé depuis longtemps à en faire usage, vous, prêtre de Jésus-Christ, vous, première victime de tra-
ditions déplorables, vous mettez le dernier mot de votre politique dans Tœuvre du bourreau!
N est-ce pas assez que les sociétés humaines, pour se conserver et fonctionner, soient forcées de recourir aux sanctions matérielles, et qu'il faille laction lente et douloureuse du temps pour atténuer peu à peu ces moyens en les rendant de moins en moins nécessaires?
Pourquoi perpétuer, à côté de votre saint ministère, une situation qui vous crée les cruelles obligations des pouvoirs politiques? Comment ne voyez-vous pas qu'en vous instituant le chef de Tuniverselle société des esprits, le fondateur de l'Eglise a voulu vous placer en dehors de toute destinée nationale, afin que, durant l'évolution progressive et laborieuse de ces groupes sociaux, vous, étranger à leurs vicissitudes et à leurs passions, vous pussiez leur rappeler à toute heure et avec autorité les principes absolus de l'éternelle justice?
Vous faire les chefs d'un de ces Etats, c'était rendre impossible cette haute et pacifique tutelle sur les sociétés humaines. Dans votre double et indivisible rôle, le monde ne distingue plus ni le pontife ni le monarque; il voit une souveraineté unique où la parole devient glaive. Et quand le bourreau frappe au nom de l'apôtre, quelle que soit la victime, chaque goutte du sang versé rejaillit sur vous en malédictions dans tout le cours des siècles.
Voilà pourquoi l'histoire des papes-rois est une histoire si poignante. Voilà pourquoi un seul de leurs actes violents et sanglants soulève de plus vives indignations que les actes accumulés de tous les despotismes de la terre. Voilà pourquoi cette persistance de la papauté temporelle à sô maintenir par la guerre et par 1 echafaud met le deuil dans toutes les âmes vraiment chrétiennes.
Quant à nous, nous resterions inconsolable si nous déposions cette plume sans ajouter une nouvelle protestation à toutes celles que nous avons déjà fait entendre. Et nous sommes sûr de répondre au sentiment dun grand nombre. En vain la papauté temporelle aflFecte-t-elle plus que jamais de confondre son droit avec celui de l'Église; lopinion sait distinguer vos intérêts de votre véritable et sainte mission. Bien loin de partager votre aveuglement, elle le déplore.
Or, la cause de cet aveuglement et de cette opiniâtre résistance, nous allons vous la dire :
Elle n'est ni dans les sophismes qu'on répète autour de vous et dont votre haute raison aurait bientôt fait justice; ni dans le regret de cette puissance temporelle qui est devenue pour vous un intolérable fardeau ;
Elle est dans l'inexorable logique d'une situation où, au point de départ, vous avez sacrifié
le principe essentiel de votre mission religieuse. Bien que cette souveraineté temporelle fût un moyen d emprunt, par conséquent précaire et à tout moment répudiable, par cela seul que vous en avez fait un long usage, vous avez fini par vous y attacher avec la même ténacité qu'aux doctrines mêmes dont vous étiez les dépositaires. Habitués au contact des choses immuables, vous vous êtes crus obligés de défendre avec le même zèle et la même fidélité ce qui n'était qu'une chose contingente.
Et quand le monde vous crie : Mais cette royauté pontificale n'est plus de notre temps; mais elle froisse tous les instincts des peuples civilisés; mais elle est la négation de tout le droit social moderne... vous ne savez trouver que votre réponse invariable : Ce qui a été doit être; oubliant que cette réponse n'a de valeur et ne doit tomber de vos lèvres que lorsqu'elle parle des choses immuables et divines..
Voilà ce que nous appelons la logique de. votre situation, logique vengeresse qui vous rend solidaires de cette longue suite de pontifesrois et vous tient attachés à leurs traditions détestables.
Quand donc se trouvera-t-il un pape, tout pénétré de la foi vivante des temps apostoliques, qui, par un acte d'autorité réparatrice, rompra avec ces traditions si contraires à l'esprit de l'Evangile, dégagera le pontife du monarque»
AU SUJET DES DERNJÈIlES EXÉCUTIONS ROMAINES. 339
délivrera Rome de la garde des armes temporelles, rendra à Tltalie sa capitale et au monde chrétien le centre vénéré de son unité religieuse? De quelles bénédictions ne serait-il pas lobjet, lorsque, redevenu simplement et saintement le chef de TEglise, il ne ferait plus entendre que des paroles de paix et de liberté !