L'UNITÉ PAR LA LIBERTÉ
trine religieuse et morale qui aura su, dans cette lutte libre et pacifique des idées, conquérir l'empire de l'opinion.
Ainsi se sera opérée cette alliance toujours nécessaire entre les actes temporels et les principes religieux professés par la masse. Seulement, cette alliance, au lieu de s'être accomplie par voie autoritaire et à priori entre la puissance civile et la puissance spirituelle, se sera accomplie librement dans les mœurs, en ce sens que chaque fait temporel aura reçu l'empreinte de la doctrine dominante. Le rôle du législateur consistera et se réduira à prendre ces faits sociaux tels qu'ils se seront formés sous cette influence; il les acceptera abstraction faite de la cause dont ils ont subi l'action, et leur donnera la consécration légale , afin que ces faits puissent produire leurs conséquences civiles et être l'objet de toutes les garanties juridiques.
C'est ainsi, par exemple, que le législateur constituera la famille civile, telle qu'elle aura été préparée dans les mœurs nationales par l'action libre des causes diverses qui peuvent exercer une influence sur cet ordre de relations, et dont la plus importante et la plus décisive est sans contredit la religion. Supposez un pays soumis pendant des siècles à l'influence des principes chrétiens ; la famille civile, que ces traditions constantes et communes présenteront au législateur, sera par le fait la famille chré-
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tienne. Et ^cepeudaut, en la constituant avec ce caractère déterminé , le souverain temporel n'aura nullement violé le principe de son incompétence religieuse; il n'aura rien affirma en fait de doctrine, il n'aura porté atteinte à aucune liberté. Il aura laissé, avec une absolue impartialité, les religions diverses s'exercer librement, et les doctrines se disputer l'empire de l'opinion. Il se sera borné à exprimer dans la loi ce qui était déjà un fait social universel.
De cette façon, tous les principes légitimes se trouvent conciliés et tous les droits respectés : La séparation du spirituel et du temporel est réalisée dansles régions du pouvoir ; et, en même temps, l'action des principes religieux s'étant exercée sur tous les éléments de la vie temporelle, et par suite ayant produit ses effets sur l'ensemble de la législation, la religion reste toujours, sous ce régime de liberté, la base de l'ordre social.
Ce mécanisme, si simple en réalité, semble, à première vue, aux yeux de la plupart, d'une complication extrême, et même d'une applicationjimpossible, tant est grande la for ce de l'habitude et du préjugé. Outre le peu de confiance qu'on a dans la liberté pour produire cette merveille de l'harmonie sociale par la religion, on croit voir des difficultés inextricables quand il s'agit de mettre le souverain politique à l'œuvre, afin de saisir les faits purement temporels, et d'en faire l'objet de la loi civile, tout en laissant