QUELQUES TENTATIVES LIBÉRALES
Depuis que la Révolution a posé ce redoutable problème entre la société nouvelle et l'Église, que d'efforts n'ont pas été faits, et toujours en vain, pour réconcilier la papauté avec l'esprit moderne! La plus mémorable de ces tentatives est celle qu'essayèrent les rédacteurs du journal l'Avenir, au lendemain de cette révolu-
lOe LA RÉVOLUTION ET Ltl^LlSB.
tion de 1830 qui avait montré combien sont fataies à l'Eglise ses alliances avec les pouvoirs politiques. Il est vrai qua la tête de ce petit groupe de catholiques libéraux se trouvait l'homme le moins propre à opérer une œuvre de conciliation : esprit absolu, porté aux extrêmes en toutes choses, passionné jusqu'à la violence, et que la moindre résistance irritait, Lamennais portait avec lui le souvenir d'une doctrine et d'une conduite très récentes, qui devait inévitablement amoindrir l'autorité de ses opinions nouvelles et de ses conseils; ses premiers ouvrages n'avaient pas peu contribué à entretenir le clergé dans ses sentiments d'hostilité contre la Révolution, qu'il jugeait alors à travers les préjugés du parti ultramontain ; et l'on n'avait pas oublié son ardente polémique contre les libéraux qui tâchaient de tirer tout le parti possible de la charte de 1814. Maintenant que le voile était tombé, et qu'il épousait la cause des peuples, il mettait la même ardeur et la même impatience à convertir à la liberté ceux qui l'avaient naguère suivi dans ses idées d'absolutisme; et ses adresses au saint-siége prirent aussitôt le caractère d'une sommation. Le résultat n'était pas douteux. La cour romaine ne put tolérer que le disciple parlât en maître, et, plus obstinée que jamais, elle renouvela ses anathèmes contre les tendances modernes.
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Quoi qu'il en soit de la position personnelle de l'illustre auteur de VEssai sur Findifférence, l'œuvre tentée par lui et ses disciples n'en était pas moins excellente, et ce fut un malheur quelle ne pût aboutir. C'était très bien comprendre son pays et son siècle que d'aflBirmer que la seule attitude qui convînt désormais à l'Église, c'était d'en finir avec les alliances politiques, de se suffire à elle-même, et de ne plus chercher sa force que dans l'amour et la vénération des peuples. « Vous avez, disait Lamennais, régné sur les rois, puis les rois vous ont asservie. Séparez-vous des rois, tendez la main aux peuples, ils vous soutiendront de leur robuste bras, et, ce qui vaut mieux, de leur amour... votre force n'est point dans l'éclat extérieur, elle est en vous, elle est dans le sentiment profond de vos devoirs paternels, de votre mission civilisatrice (1). » Et plus loin : « L'instiiution catholique, née de l'Évangile, et en reproduisant le caractère, dut être et fut en effet, lorsqu'elle conquit le monde, souverainement populaire, puisqu'elle reposait sur le principe de l'égalité des hommes devant Dieu et de la fraternité universelle. Languissante et privée des sympathies des peuples, depuis qu'elle s'était rendue l'auxiliaire des dominateurs des peuples, il fallait donc que retrempée à la source d'où
(1) Jffàires de Bom&, pag. 27.
elle émanait, elle redevînt populaire pour recouvrer sa puissance perdue (1). »
Et dans le mémoire adressé à Grégoire XVI par les rédacteurs de F Avenir, on lisait ces paroles : « En renonçant à toute alliance avec l'Etat et avec les partis, l'Eglise devenait inviolable pour tous ; elle choisissait au dessus des passions sa vraie place ; elle accomplissait aussi le long désir des peuples (2). » Le régime qu'ils proposaient à la papauté était donc la séparation de l'Eglise et de TEtat, rappelant que « du reste, aucun principe de théologie, aucun canon de l'Eglise, aucune tradition apostolique ne s'opposaient à ce système (3) », et que « la religion catholique n'est incompatible, ni avec la liberté des cultes, ni avec la liberté d'enseignement, ni avec la liberté de la presse, ni avec aucune forme de gouvernement (4). »
Bien loin de se rendre à ces conseils, la cour romaine condamna les doctrines professées par les rédacteurs de l'Avenir, dans l'encyclique Mirari vos du 15 août 1832. « De cette source infecte de l'indifférentisme, y est-il dit, découle cette maxime absurde et erronée, pu plutôt ce délire, qu'il faut assurer à qui que ce soit la H-
(1) Affaires de Rome, pag. 27 et 28.
(2) Ihid., pag. 48.
(3) Ihid., pag. 58.
(4) IbH., pag. 60.
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berté de conscience. » Et le cardinal Pacca, dans une lettre écrite à Lamennais au nom de Grégoire XVI, blâme de nouveau les doctrines de r Avenir sur la liberté des cultes et la liberté de la presse; ajoutant que « si, dans certaines circonstances, la prudence exige de les tolérer comme un moindre mal, de telles doctrines ne peuvent jamais être présentées par un catholique comme un bien ou comme une chose désirable. »
On sait que, depuis, ces anathèmes ont été vingt foii^ renouvelés et ont pris un caractère plus solennel encore et une forme en quelque sorte définitive dans lency clique du 8 décembre 1864 et dans le syllabus.