LE CATHOLICISME EST-IL INCONCILIABLE AVEC LA DÉMOCRATIE
En théorie, c'est donc un point bien acquis que rÉglise catholique est une société purement spirituelle, que cette société ne professe qu une doctrine religieuse, que les questions scientifiques et les questions politiques sont entièrement hors de son domaine. Par là même semble résolue cette question, objet de nos recherches : rÉglise catholique est-elle compatible avec la société moderne? L'Église étant reconnue incompétente en matière politique, et le pouvoir politique incompétent en matière religieuse, en quoi les deux sociétés pourraient-elles se gêner mutuellement? Le chrétien, sortant du temple, n est-il pas, comme citoyen, absolument maître de ses actes? Le citoyen, une fois ses devoirs temporels accomplis, ne jouit-il pas, dans le
temple, de la liberté absolue d'adorer Dieu comme il lentend?
Si maintenant nous supposons, de plus, que la théorie devienne une réalité, c'est à dire que rÉglise renonce sincèrement et à tout jamais à l'appui du bras séculier, et que le principe de la séparation du spirituel et du temporel soit définitivement accepté par elle, toutes les objections de nos adversaires ne sa trouvent-elles pas écartées?
Non , nous sommes obligé de reconnaître que tout n'est pas dit encore. Nous avons assurément fait un grand pas en éclaircissant ces questions de compétence, à la fois au profit de la liberté et à la décharge de TËglise. Ce serait surtout avoir fait une conquête décisive, que d'avoir réalisé, du consentement de l'Eglise, la séparation sincère et complète du spirituel et du temporel. Mais notre thèse de la conciliation de la Révolution et du catholicisme ne serait pas prouvée. Des doutes subsistent encore, à un double point de vue : au point de vue de la constitution de l'Église ; au point de vue de sa
doctrine.
Quelle que soit l'incompétence respective des deux souverainetés et l'indépendance respective des deux sociétés, n'y a-t-il pas, dans le mode d'organisation et dans le fonctionnement de la société catholique, des éléments essentiellement incompatibles avec la constitution démocratique
LA CONSTIT. DE L'ÉGLISE NON ANTIDÉîlOCRAT. 199
des sociétés temporelles? Et quant à la doctrine, ny a-t-il pas dans quelqu*un des dogmes admis par le chrétien, quelque chose d'inconciliable avec le droit démocratique ; de telle sorte que le chrétien, soumis à Tinfluence de ce dogme, apportât nécessairement dans la vie publique des dispositions hostiles aux principes de la société moderne ?
Si, en effet, il en était ainsi, on aurait beau dire qu'une fois sorti du temple, le citoyen est entièrement maître de ses actes, il n'en serait pas moins vrai qu'il pourrait être considéré, au fond, à cause de l'esprit dont il serait animé, comme un adversaire, et un adversaire redoutable, par les partisans de la démocratie, et qu'on serait autorisé à soutenir qu'il y a deux forces opposées en présence, l'Eglise et la Révolution .
Cette question vaut la peine qu'on l'examine de près.