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CHAPITRE PREMIER

LES ÉLÉMENTS CONSTITUTIFS DE l'ÉGLTSE

Ces définitions, vraies au fond, peuvent servir de point de départ à la controverse entre les catholiques et les dissidents. Bossuet, par exemple, s'y appuie pour établir contre les protestants que l'Église catholique seule présente les caractères d'une véritable Eglise, réalisant pleinement l'idée et le but de l'association des chrétiens : la profession d'une même doctrine au nom de Jésus-Christ.

Mais il est de fait qu'en outre de la définition générale, commune à tous les chrétiens, les catholiques y ajoutent certains éléments que n'admettent pas les dissidents ; que c'est là-dessus que porte entre eux le débat ; et que c'est aussi sur cette partie de la définition propre à l'institution catholique, que le procès est fait à l'Eglise par les défenseurs du droit moderne.

Quand on veut en effet sortir du vague des

(1) La Liberté religieuse^ pag. 91 .

17« LA REVOLUTION ET L*EGrLISB.

définitions qui ne se rapportent qu'à l'esprit de l'Église, et présenter l'Eglise catholique, non par ce qui lui est commun avec toutes les sectes chrétiennes, mais par ce qui l'en distingue, on arrive à des termes plus précis :

« L'Eglise est une société de personnes unies entre elles, par la profession d'une même, foi et par la communication aux mêmes sacrements, sous le gouvernement des premiers pasteurs, et surtout du pape qui en est le chef (1). » Bergier donne une définition identique : « Les théologiens catholiques, dit-il, définissent TEglise, la société de tous les fidèles, réunis par la profession d'une même foi, par la participation aux mêmes sacrements, et par la soumission aux pasteurs légitimes, principalement au pontife romain (2). Cœtus eorum qui veram Christi fidem profitentur, Christi sacramentis utuntur, et pastoribus legitimis, imprimis Romano pontifici sub-jiciuntur (3). »

Précisant encore davantage, et empruntant leurs définitions au concile de Nicée, qui a définitivement fixé l'objet de la croyance, ces théologiens notent les caractères qui distinguent l'Eglise.

Selon le symbole adopté par le concile de

(1) Pey, De V autorité des deux puissances, t. Il, pag. 20.

(2) Dictionnaire de Théologie, t. III, pag. 2.

(3) Oours complet de Théologie, t. IV, pag. 27.

Nicée et par celui de Constantinople, le premier caractère de l'Église, c'est Yunité : « Un bercail sous un même pasteur. » Nous avons été baptisés pour former un seul corps, et former un même esprit, soit Juifs, soit Gentils, soit esclaves, soit libres. »... « Vous êtes le corps de Jésus-Christ, etmembresles uns des autres(l). » ^ Il n'y a qu'un Seigneur, une foi, un baptême, et dans ce but Dieu a établi des apôtres, des pasteurs et des docteur s (2).»...» Dieunous adonné des apôtres, des prophètes, des évangélistes, des pasteurs et des docteurs , afin que nous ne soyons pas comme des enfants, flottants et emportés à tout vent de doctrine par la malice et l'habileté des hommes qui sèment l'erreur autour de nous (3). »

A cet apostolat il fallait un centre ; il fallait un chef unique aux apôtres et aux évêques leurs successeurs : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. » « Quoi, un seul chef à tout l'univers?... Constituer l'unité sur une tête qu'un coup d'épée peut faire tomber ! Cela était neuf, hardi, impossible, et cependant cela est. Non loin du lieu où siégèrent par la force des armes les dominateurs du monde ancien, siège un vieillard dont la voix commande et est res-

(1) Saint Paul. Épit. aux Corint., chap. xii, v. 13 et 14.

(2) Idem. ÉpUre aux Éphésiens, chap. iv, v. é, 11 et 13.

(3) Ijd£M. lèid.

pectée non pas seulement dans les limites du plus grand empire humain qui ait jamais existé, mais en deçà et au delà de toutes les mers. Il a traversé non pas un siècle, mais dix-huit siècles. Il a vu s'élever contre lui des schismes, des hérésies, des rois, des républiques, et il est demeuré ferme sur le tombeau qui fait sa puissance (1). »

Avec un chef, un épiscopat partageant avec ce chef la souveraineté et la juridiction spirituelle, un presbytérat chargé, sous l'autorité des évêques, de répandre la parole évangélique, d'offrir le sacrifice et de distribuer une partie des sacrements, puis un diaconat pour aider les prêtres dans leur ministère, l'Eglise cesse d'être une abstraction insaisissable, pour être un organisme vivant et agissant ; c'est « une société organique, où l'idée doctrinale a pris corps sous un gouvernement hiérarchique, législatif, judiciaire et administratif, c'est à dire sous un pouvoir jouissant de la totalité des attributs nécessaires à la vie réelle d'une société (2). »

Ainsi constituée, une dans sa foi, une dans son gouvernement, dont toutes les parties convergent autour d'un centre unique, indépendante d'ailleurs de toute société temporelle, l'Église peut ouvrir son sein aux hommes de

(1) Lacobdairb, t. II, pag. 36 .

(2) Ibid,, t. II, pag. 50.

tous les pays et de tous les temps ; elle forme ce corps mystique, dont parle saint Paul, comprenant, sous un même baptême, Juifs et Gentils, esclaves et hommes libres; elle est bien la société universelle des êimes.

Qu'on y réfléchisse, s'il entrait dans le plan divin qu'il y eût sur la terre une société des âmes, une société spirituelle, il fallait que cette société fût universelle. « La vérité, dit avec un grand sens le père Lacordaire, étant le premier bien, et l'on peut dire le seul bien des hommes, et nul ne devant être privé de ce bien, sans lequel il n'y en a point d'autre, il s'ensuit que le premier soin de Dieu devait être de rendre son Eglise universelle, en sorte qu elle pût, comme la lumière du soleil, éclairer tout homme venant en ce monde (1). » Et comme il est également vrai qu'il ne peut y avoir d'universalité sans unité, l'Eglise groupée autour du pontife romain, présentant seule des conditions d'unité ^ a pu seule s'appeler universelle.

L'universalité, tel est son second caractère, et son titre le plus distinctif, on peut le dire; seule, elle a pu prendre ce titre de catholique; aucune autre Eglise ou école n'a songé même à le lui disputer. « Le nom de catholique ne réveille pas seulement l'idée de l'unité intellectuelle dans un corps organique et vivant, mais de plus il signi-

(1) Lacobdaibe, t. II, pag. 32.

fie rexpansion universelle de cette unité : prodige si grand, que TÉglise, inspirée de Dieu et dédaignant tous les autres titres, tels que ceux d'une, de sainte, à* apostolique, qu elle tenait aussi du premier concile œcuménique de Nicée, aretenu le nom de catholique, comme le nom qui lui appartient par excellence, et qui, souverainement incommunicable, exprime le mieux cette force divine et créatrice qui, après lavoir douée de lumière, de sainteté, d'unité, d'organisation, a fini par la pousser dans le monde avec cette dernière couronne de l'universalité (1). »

Avec l'unité et l'universalité, il fallait à l'Eglise la permanence , l'universalité dans le temps comme dans l'espace. Qu'eût signifié cette grande association des âmes, apparaissant un jour sur la terre, acclamant une même doctrine au nom de Jésus-Christ, pour s'évanouir le lendemain, abandonnée à tous les éléments de dissolution? Pour que l'établissement de l'Eglise ne soit pas une œuvre vaine, il faut qu'elle reste, à travers les siècles, toujours vmftte dans les mêmes conditions organiques, invariable dans sa doctrine, et par conséquent infaillible dans son autorité.

Ainsi, l'unité, l'universalité, la permanence, et, par suite, la constitution hiérarchique des fidèles et des pasteurs sous un même chef visi-

(1) Lacoedaike. Edit. in-12, t. II, pag. 50.

ble, rinvariabilité doctrinale et Finfaillibilité de l'Eglise, tels sont les caractères qui distinguent l'institution catholique de toutes les Eglises et de toutes les écoles, et qui lui font, depuis dixhuit siècles, une place à part dans Thumanité. Nous n'avons pas à discuter ici ces divers titres que s'attribue l'Église catholique ; contestés de tout temps par les sectes dissidentes, mais surtout depuis la réforme du seizième siècle, ils ne peuvent être l'objet du présent traité. Notre but, qu'on ne le perde pas de vue, n'est pas de faire la démonstration de la doctrine catholique et d'établir la légitimité de la constitution de l'Eglise, mais, prenant cette Eglise en ce qu'elle est véritablement et essentiellement, de rechercher si elle contient dans son organisme quelque élément qui la rende inconciliable avec le droit moderne.

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