L'ÉGLISE CONTRAIRE A CES PRATIQUES
pleinement le principe chrétien de la liberté, n'aurons-nous pas le droit de dire que ce régime est le seul qui logiquement soit conforme à l'esprit du christianisme?
Mais cet argument ne détruit pas ce fait énorme de l'affirmation contraire et de la pratique constante de l'Église. Nous sommes bien ici au nœud de la difficulté. Cette affirmation constante de l'Eglise lie-t-elle les catholiques, et engage-t-elle l'Eglise elle môme? Ce qui revient à demander si cette opinion constitue un principe essentiel dans la doctrine chrétienne, si ce principe est au nombre des points qui forment les articles de foi, de telle sorte qu'il faille le professer pour être catholique, absolument comme s'il faisait partie du symbole religieux de l'Église.
Si la réponse à ces questions est affirmative, évidemment notre entreprise doit s'arrêter ici, le débat est clos, le catholicisme et le droit moderne sont reconnus inconciliables ; car la liberté absolue de la conscience et des cultes devant l'Etat est non seulement un des principes du droit moderne, mais son principe fondamental, la Révolution, ainsi que nous l'avons dit ailleurs, à sa racine.
Or, à ces questions nous répondons négativement, malgré Bossuet et le cortège imposant des autorités qui l'ont précédé et suivi, malgré les dernières encyoliques et Topinion, restée I* Si
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constante, de la plus grande partie du clergé. Nous soutenons : P que cette opinion est erronée en elle-même et contraire à l'esprit du christianisme et à l'institution même de l'Eglise; qu'elle a été la continuation de l'erreur païenne sur les religions nationales, ainsi que sur la nature des sociétés temporelles et sur les droits et le rôle des pouvoirs politiques ; 2** que cette question n'est nullement une question dogmatique, appartenant au domaine de la foi ; que les docteurs catholiques pouvaient, comme citoyens, avoir une préférence pour ce principe, comme ils pouvaient avoir leur préférence pour tel régime politique ou telle forme de gouvernement ; mais qu'il ne fallait pas en faire l'objet d'une affirmation doctrinale et l'imposer à la croyance des fidèles ; que, dans tous les cas, si par suite de l'état peu avancé de la civilisation, des traditions politiques et sociales du paganisme, et, il faut le dire aussi, des illusions et des préjugés produits par les alliances intéressées entre l'autel et le trône, le clergé catholique a eu le tort de professer ce principe, lequel, nous le répétons, n'a jamais porté sur une question de foi, aujourd'hui, plus éclairé par les événements et par les progrés naturels et légitimes des sociétés chrétiennes, il doit reconnaître son erreur, abandonner ce principe et proclamer la liberté, afin de rentrer dans l'esprit de la doctrine évangéUque.